De grands auteurs « nuls » en islamisme, Daniel Sibony

Publié le

De grands auteurs « nuls » en islamisme, Daniel Sibony

Psychanalyste et théologien, auteur de Islam, phobie, culpabilité, Odile Jacob

Beaucoup d'auteurs cherchent encore à expliquer la montée de l'islamisme par des rapports de classe. Le psychanalyste Daniel Sibony dénonce ces ignorants de l'islam qui se contenten de décrire la réalité qui se passe dans leur tête, plutôt que d'observer le monde.

Source de l'article : http://www.marianne.net/agora-grands-auteurs-nuls-islamisme-100231598.html

Face à l'islamisme violent, des auteurs ignorants de l'islam mais sûrs du schéma qu'ils ont en tête, n'aident pas les gens à comprendre la réalité. Ils la remplacent par celle qu'ils décrivent, avec leurs concepts, leurs repères, qui leur donnent un vrai confort, mais qui n'éclairent rien. Ainsi M. Rosanvallon, nous dit (sur France Culture) que si des parents retirent les enfants d'une classe où il y a trop de musulmans, c'est « à cause des préjugés ». Je sais par de nombreux témoignages que c'est à cause des agressions, et du fait que l'école dit qu'elle ne garantit pas leur sécurité. C'est donc à cause d'un constat et non d'un préjugé. Si cet homme avait eu ses enfants dans de telles classes, et s'il avait été juif, il aurait fait la même chose. Mais ces auteurs honorables n’entrent pas dans le détail de ce qu'apprennent ces jeunes, dans leur culture islamique, sur les juifs et les chrétiens.

D'autres auteurs, comme M. Badiou, nous affirment que les djihadistes d’ici expriment un « fascisme » de lumpen prolétariat, de gens élevés dans la misère culturelle des banlieues, et dont la pente naturelle est le fascisme. Aucune des enquêtes n’a confirmé ce schéma des années 1920 ou 30 ; elles ont plutôt montré que la radicalisation islamique concerne souvent des couches aisées, où l'on est bien dans sa peau jusqu'à ce qu'on soit saisi par la « pulsion textuelle ». De fait, les tueurs de Charlie avaient un travail, un salaire, un bon logement (bien des jeunes, aujourd'hui, diraient que « c'est le top » ; en tout cas, c'est appréciable). D'autres jeunes ont fait des études à la fac, etc. On comprend que ces auteurs écartent l'islam, ils ne sauraient pas quoi en faire. Et à l'instar des dirigeants politiques, ils doivent rester proches de la masse musulmane, dont le refrain est double : rien à voir avec l'islam et bien fait pour eux, ils n'avaient qu'à pas toucher au Prophète. Le fait que dans la grande manif pour Charlie Hebdo, les musulmans étaient largement sous représentés, le prouve, ainsi que les réactions des jeunes dans les écoles et les lycées. Seuls quelques rares « musulmans laïques » réclament qu'on écarte les versets tueurs comme inapplicables aujourd'hui.

On peut comprendre les auteurs ignorants ou effrayés que j'évoque : leur système n'intègre pas que des jeunes puissent tuer non par désespérance, mais par idéal, pour exalter une idéologie (l'islamisme), par espoir héroïque d'un monde meilleur (islamisé), et par l’idée d'aller droit au paradis. Que peut faire de ce »truc« une « analyse de classe » rigoureuse ? Va-t-elle fouiller dans le Coran, que ces jeunes s'injectent à haute dose avant de passer à l'action ? Peut-elle descendre de son piédestal rationaliste ?

Les analyses de ces auteurs décrivent la réalité qui se passe dans leur tête mais pas celle que tout le monde observe. L'écart en devient sidérant : des djihadistes entrent dans une école juive ou une boutique juive, parfois modeste, pour tirer dans le tas ? c’est qu'étant des fascistes, ils imitent les nazis. Et au Moyen-Orient, les lumpen d'Irak, qui sont riches et bien armés, vont tuer en Syrie des gens souvent moins riches voire démunis. Voilà qui éclaire tout. Ce genre d'analyse risque d'être aussi fausse pour ces djihads que pour ceux du Hezbollah ou du Hamas.

Il ne vient pas à l'idée de ces grands penseurs que les musulmans radicaux ne sont pas des idiots, qu'ils appliquent une idéologie, laquelle exprime depuis des siècles sa vindicte anti-juive et anti-chrétienne (depuis des siècles, l'islamisme? Oui, mais autrefois on ne mettait pas des -ismes, ce n'était pas nécessaire). Cela les obligerait à voir que cette vindicte anti-juive en terre d'islam ne date pas de l'Etat hébreu, que le peuple juif comme tel attire la vindicte de toute identité qui se veut pleine et qui déteste ce mode d'être avec une identité cassée, entre-deux, marquée de failles. Toute identité totalisante est agacée ou énervée par la différence juive qu'elle n'arrive pas à penser, à réduire, à intégrer ; par cette identité qui maintient, qu'elle le veuille ou non, par sa seule existence, depuis des millénaires, une façon d'être et de penser marquée d'une faille ontologique. Cette pure différence inexplicable, qui symbolise la transmission de la faille humaine essentielle, suscite l'agacement de pensées totalisantes, comme celle de Badiou, lequel, sans être un antisémite, nous demande par exemple d’ « oublier la Shoah ». La Shoah c'est la vérité même du nazisme. Demander qu’on l’oublie (comme si, en face, on réclamait d'y penser jour et nuit, alors qu'on est très mal chaque fois qu'on y pense), demander cet oubli, c'est contresigner l'impuissance à penser le nazisme, et aujourd'hui l'islamisme, qui par rapport aux Juifs est sur des positions voisines. En un sens, cet «il faut oublier la Shoah» est un déni rétroactif: il faut que la Shoah n'ait pas été. C'est différent du déni négationniste pour lequel la Shoah n'a pas eu lieu, ce qui est une insulte à tout un peuple. Mais ici, il n'y a pas de haine, pas d'agressivité apparente, juste le désir que la Shoah n'ait pas eu lieu. Car du fait qu'elle a eu lieu, chacun sait qu'elle irradie ses effets sur les générations suivantes. «Il faut oublier la Shoah» ne peut signifier que ceci : il faut faire comme si elle n'avait pas été, car, si on admet qu'elle a été, ses causes étant virtuellement présentes, cela oblige à les penser dans l’actuel ; et c’est ce à quoi on résiste.

D’autant que l’agacement touche à son comble puisqu’une partie du peuple juif récupère sa souveraineté sous forme d'Etat hébreu. Il est alors le symbole du capitalisme, de l'impérialisme, du mépris des masses révolutionnaires (islamistes...) C’est plus pratique, et surtout plus conforme à l’analyse « de classe ».

 

Daniel Sibony est psychanalyste et théologien, auteur de Islam, phobie, culpabilité, Odile Jacob

voir aussi : 

http://www.causeur.fr/alain-badiou-etienne-balibar-terrorisme-31311.html

http://danilette.over-blog.com/article-islam-phobie-culpabilite-un-livre-de-daniel-sibony-analyse-par-mireille-valette-121379227.html

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Franck Melka 15/03/2015 10:29

Attention, sur votre page en haut et au milieu une pub demande de faire une mise à jour vers Media Player ...pour regarder ce contenu, c'est une forme de virus qui va s'installer si les lecteurs téléchargent le pack.

Plus de détails sur mon blog http://techtoolgeek.blogspot.fr/2013/06/comment-se-debarrasser-de-env9com.html et comment s'en débarrasser . Je suis surpris qu'overblog tolère ce genre de malware en vous mettant dans l'embarras.

danilette 15/03/2015 11:03

Merci beaucoup, je ne savais même pas qu'il y avait des pubs sur mon blog, j'utilise adblock