Le roi est nu par Ygal Carmon, président de Memri

Publié le par danilette

Illustration du conte d'Andersen par Duncan Carse, 1923

Illustration du conte d'Andersen par Duncan Carse, 1923

Traduction : Norbert Lipszyc, lire l'article en entier sur www.france-israel.info

 

Ce qui est perçu, à tort, comme un accord sur le nucléaire iranien, sous le titre de « Joint Comprehensive Plan of Action » (JCPOA), ou « Plan d’action conjoint », a été conclu le 14 juillet 2015 à Vienne et célébré par la Maison Blanche comme un accord historique. En réalité, ce n’est ni un contrat, ni même un accord véritable entre l’Iran et les P5+1. C’est un ensemble de convergences et divergences rassemblées en un même document.

Par exemple, le JCPOA dit qu’en cas de violations par l’Iran, des sanctions seront remises en place (snapback ou retour instantané à la situation antérieure). Toutefois, la position de l’Iran, qui rejette toute sanction, est incluse dans le même document. En décrivant le retour des sanctions, l’Article 37 stipule également :

« L’Iran a déclaré que si des sanctions sont à nouveau imposées en tout ou en partie, l’Iran considérera cela comme une raison suffisante pour cesser de remplir ses obligations selon le JCPOA en tout ou en partie. » [1]

Ce n’est pas simplement une réserve iranienne exprimée hors de la salle de négociation, elle est intégrée dans le texte même du document, contredisant totalement les articles précédents et leurs provisions. Du fait que les parties ne sont pas arrivées à se mettre d’accord durant les deux années de discussions, elles ont décidé de résoudre le problème en incorporant tout désaccord dans le document lui-même.

Le JCPOA est décrit le mieux par des grondements et gémissements : des interdictions fermes pour l’Iran, qui tournent court par des qualificatifs tels que « à moins que »,  « sauf si », etc.

Pourquoi le JCPOA n’est-il pas un contrat ?

Parce que l’Iran n’aurait jamais signé un contrat, quel qu’il soit, avec les Etats-Unis, « le Grand Satan », dont il cherche la disparition, pas plus qu’il n’aurait signé un contrat avec n’importe quel pays participant aux négociations, vu qu’il considérait toute sanction à son encontre, imposée par le Conseil de sécurité des Nations-Unies, l’UE ou l’AIEA comme une injustice grave. Un signant un tel accord l’Iran aurait légitimé rétroactivement ces torts envers lui.

Comme le répète le Guide suprême iranien Ali Khamenei, l’Iran a surtout accepté les négociations pour obtenir la levée de ces sanctions. En conséquence, pour l’Iran, le seul nom acceptable pour cette entreprise est le « Plan d’action conjoint », selon lequel chaque camp s’engage pour une action spécifique le concernant. C’est un plan commun, pas un contrat. [2]

L’Iran a-t-il rempli son obligation initiale d’approuver le JCPOA du 14 juillet à Vienne ?

Le JCPOA inclut un calendrier et des obligations s’appliquant aux deux parties. Selon ce calendrier, chaque partie a 90 jours, à partir du 14 juillet, pour obtenir la ratification de l’accord par leurs institutions respectives. Le « jour de l’adoption », fixé le 19 octobre, est maintenant passé, et donc l’accord aurait dû être ratifié par les deux côtés. L’Union Européenne aurait dû annoncer la levée de ses sanctions et le président Obama, pour le compte des Etats-Unis, aurait dû annoncer la levée des sanctions imposées par le pouvoir exécutif américain ainsi que la suspension des sanctions imposées par le pouvoir législatif car le président ne peut pas les lever sans un vote du parlement.

Avant le « Jour d’adoption », il y eu la farce de la ratification de l’accord/désaccord par le Conseil de sécurité de l’ONU, qu’exigeait l’Iran. Les Etats-Unis furent volontaires pour servir de garçons de courses pour cette entreprise. Le Conseil de sécurité évita tout débat et entérina en moins de 30 minutes la résolution historique n°2231. [3]

Le camp occidental montra son assentiment bien avant le 19 octobre ; les très discrets membres de l’Union Européenne ne débâtirent même pas du document dans leurs parlements respectifs, confirmant ainsi leur statut de non-entités. Et, bien que le Congrès américain mena des débats sérieux sur le document, le processus fut autorisé à progresser par des moyens très tordus, mais néanmoins légaux et contraignants.

En Iran, toutefois, après des débats intenses au Majlis et dans le Conseil des gardiens de la Constitution, le JCPOA, tel qu’approuvé et annoncé le 14 juillet, ne fut pas approuvé. Le Majlis ratifia autre chose : un ensemble de recommandations au gouvernement de l’Iran concernant la manière dont il devra mettre en œuvre le JCPOA. Cela peut difficilement passer pour une ratification du document originel. Le Conseil des gardiens dela Constitution, de son côté, approuva ce que le Majlis avait fait. Son secrétaire général, l’Ayatollah Jannati, déclara à la télévision iranienne que le conseil avait approuvé, non le JCPOA, mais un plan pour le gouvernement de préserver les intérêts de l’Iran en le mettant en œuvre. [4] Le Président du Majlis, Ali Larijani, fit la même déclaration. [5]

L’Iran avait-il rempli ses obligations prévues dans le JCPOA ? Non, bien évidemment. L’administration américaine a-t-elle exigé que l’Iran ratifie le JCPOA, comme cela avait été décidé et annoncé à Vienne le 14 juillet ? Non ! Est-ce que les Etats-Unis réalisent qu’en Iran l’autorité finale qui doit entériner les lois est le Guide suprême Khamenei, qu’il n’a toujours pas ratifié le JCPOA ? Non ! Pourtant les Etats-Unis et l’Europe ont choisi de faire comme si l’Iran avait ratifié le document, afin de ne pas stopper le processus de paix.

Les Etats-Unis et l’Europe sont donc passés à la première phase post-adoption dans le calendrier du JCPOA. l’Union Européenne a annoncé qu’elle mettrait fin à ses sanctions. Le président Obama a annoncé que les sanctions décidées par le pouvoir exécutif américain serait levées et celles imposées par le pouvoir législatif suspendues ; cette annonce n’était pas applicable immédiatement mais une annonce préalable pour des mesures qui deviendraient effectives le 15 décembre, à condition que l’AIEA déclare dans son rapport que l’Iran a bien rempli ses obligations définies dans le JCPOA.

Que sont ces obligations que l’Iran doit remplir entre le « jour de l’adoption » et le 15 décembre afin de mériter la levée des sanctions ? L’Association pour le contrôle des armes, partisan de l’Iran et du JCPOA, en a donné la liste sur son site web : [6]

  1. réduire le nombre de centrifuges à Natanz, qui doit passer de plus de 16 000 à 5 060 machines de type IR-1, qui enrichiront l’uranium à 3,67 % seulement, et supprimer leurs infrastructures ;
  2. réduire le nombre de machines centrifuges IR-1 à Fordow à 1000 (dont 328 seulement en opération) et transformer le site en centre de production de radio-isotopes ;
  3. mettre fin aux tests de centrifugeuses avancées sauf une machine pour tests avec uranium de chacun des types suivants: IR-4, IR-5, IR-6 et IR-8 ;
  4. stocker toutes les centrifugeuses démontées sous sceau de l’AIEA ;
  5. réduire le stock d’uranium enrichi à moins de 300 kilos ;
  6. retirer le cœur du réacteur d’Arak et le mettre hors service ;
  7. mettre en place les mécanismes nécessaires de transparence et de surveillance du protocole additionnel de l’Iran et surveillance en continu des installations clés.

L’Iran s’est-il empressé de remplir ses obligations ? Non ! Expliquons en quoi.

Pourquoi personne n’a-t-il rien dit à propos de cette non-conformité de l’Iran ?

Depuis le jour de l’adoption officielle, personne en Occident, ni les médias, ni le Capitole (administration et congrès), ni Israël, n’a parlé de cette tromperie qu’est cette soi-disant « ratification » du JCPOA par l’Iran. Les agences de renseignement occidentales et les think tanks sont restés bouche cousue. Tous ont gobé le mensonge dans un esprit de bon-vouloir, afin de permettre au JCPOA de continuer, avec comme objectif « la paix pour notre temps ».

Les Républicains auraient dû se souvenir de leur leader tant admiré, Abraham Lincoln, évoqué par Barack Obama en 2007, lorsqu’il annonça sa candidature à la présidence au même endroit où Lincoln avait annoncé la sienne 150 ans auparavant. Après tout, c’est Lincoln qui avait dit : « Vous ne pouvez pas tromper tout le monde, tout le temps ».

Les médias politiques pro-JCPOA ont, ben sûr, induit en erreur le public en disant que l’Iran avait ratifié le JCPOA. Mais même les médias anti-JCPOA n’ont pas dénoncé ce mensonge. Pourquoi ? Par ignorance, manque de professionnalisme, haine du Président Obama qui les aurait aveuglés ?  Il est probable qu’ils pensaient qu’Obama avait tout cédé à l’Iran, et donc que l’Iran devait approuver cette capitulation totale de l’Occident.

Toutefois, l’Iran n’avait pas obtenu absolument tout ce qu’il exigeait, Obama ne lui avait pas donné absolument tout : il avait résisté sur une toute petite portion de demandes initiales des  Etats-Unis (voir ci-dessous). C’est pourquoi l’Iran ne ratifiait pas le JCPOA : pour l’Iran, moins de 100 % de toutes ses exigences représente une injustice.

Pourquoi l’Iran ne se précipite-t-il pas pour remplir ses obligations afin d’obtenir la levée des sanctions le 15 décembre ?

A ce stade, les évènements suivent une trajectoire absurde. L’Iran a commencé à trainer des pieds : au lieu de se dépêcher de remplir ses obligations dans le JCPOA, il s’est mis au point mort. Or, il reste peu de temps et beaucoup de choses à faire d’ici le 15 décembre. Il faut démonter des milliers de centrifugeuses et les transférer à  la garde de l’AIEA et sous la surveillance de ses caméras. Il doit expédier 9000 kg d’uranium enrichi vers un pays tiers, ne conservant que 300 kg. Il doit démonter le cœur du réacteur à plutonium d’Arak et y couler du béton, et transformer le site en réacteur à eau lourde. L’Iran doit notifier à l’AIEA qu’il accepte volontairement le Protocole Additionnel NPT. Et bien d’autres choses encore.

Mais les dirigeants iraniens se passent la responsabilité l’un à l’autre, aucun ne voulant prendre l’initiative de remplir ses obligations, ce qui a parfois des résultats comiques. Par exemple, le président Hassan Rohani a envoyé une lettre au président de l’organisme de l’énergie atomique iranien IAEO, Ali Akbar Salehi, lui ordonnant de commencer à prendre les premières mesures appropriées. Salehi a confirmé qu’il a reçu le message de Rohani, mais il a déclaré que le message ne lui disait pas quand commencer à prendre ces mesures. Personne ne veut remuer le petit doigt sans une autorisation explicite du Guide suprême Khamenei. [7]

Khamenei publie 9 nouvelles conditions, bloquant ainsi la mise en œuvre du JCPOA

Le secret est maintenant éventé. Khamenei n’a pas ratifié le JCPOA. Ceux qui prétendent qu’il a été approuvé, le président Rohani, le ministre des Affaires étrangères et négociateur Javad Zarif, et leurs assistants, sont en sursis. Ils peuvent mentir impunément à l’Occident, au président Obama, au secrétaire d’État Kerry et aux ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne, disant qu’ils peuvent continuer, ils savaient depuis toujours que Khamenei était contre le JCPOA. Maintenant, au moment de vérité, ils ont peur de continuer.

Il était logique pour Khamenei d’autoriser les négociateurs iraniens de participer à la démarche des P5+1, afin de voir ce qu’il pourrait obtenir sans rien donner en échange, vu qu’il était clair que le président Obama voulait à toute force un accord. Mais dès qu’il fut évident pour Khamenei qu’Obama tiendrait bon sur le dernier fragment de la position américaine originelle, qu’il soit réticent à capituler ou incapable d’aller plus loin, Khamenei rompit son silence. Intervenant dans la dernière étape, il dicta, dans son style de deus ex machina, dans une lettre au président Rohani, 9 nouvelles conditions pour le JCPOA et déclara que si celles-ci n’étaient pas remplies, l’Iran arrêterait l’accord. [8]

En fait, Khamenei avait déjà mis en garde dans son discours du 3 septembre, [9] dans lequel il annonçait que toutes les sanctions devaient être abolies, pas suspendues, et que sans cela, il n’y aurait pas d’accord, ou l’Iran « suspendrait » également ses obligations. Mais le président Obama ne céda pas, car il ne peut pas outrepasser les sanctions décidées par le Congrès. Il ne peut que suspendre leur application via une dispense. Politiquement cela pourrait lui coûter trop cher de rompre sa promesse pour un mécanisme de sécurité intégré dans le JCPOA, le retour automatique aux sanctions. Bien évidemment, l’automaticité de ce retour n’est possible que si les sanctions restent en place n’étant que suspendues. Khamenei, réalisant que les sanctions seraient maintenues  en vigueur, a aussi tenu sa promesse de bloquer l’accord en lui imposant de nouvelles conditions, l’une d’entre elles la levée définitive des sanctions et non leur suspension, qu’il savait ne pouvoir être remplies.

Les médias américains décrivent-ils les 9 nouvelles conditions de Khamenei ?

La publication de la lettre de Khamenei à Rohani, avec ses conditions pour mettre en œuvre le JCPOA, coïncida avec les jours de l’Ashura, qui symbolise la résistance aux forces du mal, si importants nationalement et religieusement pour l’Iran. La lettre fut délibérément designée comme « approbation conditionnelle », en lettres rouges, et fut postée sur le site web de Khamenei en persan, diffusée par son compte Twitter, postée sur sa page Facebook en anglais et publiée en anglais par IRIB, l’autorité officielle des télécommunications de la République islamique d’Iran.

Mais au lieu de rendre compte qu’à ce stade, l’approbation de Khamenei est soumise aux conditions posées par Khamenei, les médias américains ont annoncé que le JCPOA avait été approuvé par Khamenei. Ces journalistes américains considèrent-ils aussi qu’un achat est conclu même si le prix n’en a pas été payé ? La totalité des médias américains sans exception, à gauche, à droite, au centre, ainsi que toutes les agences de renseignement américaines et tous les think tanks, ont affirmé que Khamenei avait ratifié l’accord. Seuls deux journaux occidentaux se sont posé la question des vêtements que porte l’empereur, mais même eux n’ont pas reconnu que « l’empereur était nu » !  Ils ont seulement dit qu’il lui manquait quelques accessoires.

Khamenei a parlé, interdisant la mise en œuvre directe du JCPOA par l’Iran jusqu’à ce que ses nouvelles conditions soient remplies. Tout le système  politique iranien piaffe sur la ligne de départ, le président Rohani, le ministre des Affaires étrangères Zarif, le président du Majlis Larijani, une majorité de 166 membres du Majlis et bien d’autres (voir annexe 1).

Tous sauf un : Ali Akbar Hashemi Rafsanjani, le rival politique de Khamenei, dirigeant du camp iranien des pragmatiques qui, dans une interview publiée récemment par MEMRI, a challengé de manière ouverte Khamenei et déclaré que l’Iran devrait respecter ce à quoi il s’était engagé dans le JCPOA. [10]

Ceci ne se produira pas tant que Khamenei tient les rênes.

Les medias ont-ils rendu compte de l’interview de Rafsanjani ? Non ! Sauf les médias en Iran (voir annexe 2). Cela n’empêcha pas le rédacteur en chef du journal israélien Haaretz d’affirmer que l’interview était truquée.

C’est une réaction humaine bien connue : quand des individus voient l’ensemble de ce en quoi ils croient s’effondrer, ils entrent dans un état de déni.

Que se passera-t-il maintenant ?

Que peut faire le président Obama, maintenant que tout ce pour quoi il s’est battu dans l’accord avec l’Iran s’effondre si lamentablement ? A sa droite, on affirme qu’il va continuer à capituler. Dans leur ignorance et à cause de la haine qu’ils ont pour lui, ils ne réalisent pas qu’il ne peut pas capituler plus. Ok, disent-ils, alors l’AIEA fournira à Obama la confirmation nécessaire d’ici le 15 décembre que les Iraniens ont rempli leurs obligations. Mais cela aussi est impossible. Ce qui est exigé de l’Iran est gigantesque et il sera d’autant plus difficile pour l’AIEA de truquer une confirmation que les Iraniens eux-mêmes déclarent à qui veut bien l’entendre qu’ils ne vont pas le faire.

Chaque jour qui passe, l’Iran est de plus en plus en violation du JCPOA. Mais ni les Républicains, ni les Démocrates, ni les médias, ni quiconque ne veut le reconnaitre car les implications en seraient dévastatrices. L’accord n’est effectivement plus en effet. La montre s’est arrêtée. Mais les semaines vont passer, les médias comme les politiques seront bien forcés de constater que c’est le cas. En tout dernier ressort, personne ne voudra forcer l’Iran à remplir ses obligations. Ainsi, il apparait que le président Obama n’aura qu’une option, aussi honteuse soit-elle, que de redémarrer les négociations avec les Iraniens et discuter avec eux des nouvelles conditions posées par leur chef. Il est connu que cette administration est avant tout partisane de la diplomatie, ce qui garantit qu’il ne peut y avoir d’avancée dans l’avenir proche.

Or c’est exactement ce qui rend le meilleur service au président Obama. Tout ce dont il a besoin est de gagner du temps afin d’atteindre la fin de son mandat avec un accord, même s’il est virtuel, des négociations, sans fin, étant en cours. Il passera la dossier à la prochaine administration. Le succès sera le sien, tout échec sera celui de son successeur. Les medias protégeront jalousement la réputation d’Obama et son successeur, qu’il soit républicain ou démocrate, manquera tellement d’information qu’il ou elle ne pourra pas se protéger de la  manipulation historique. Et ils le méritent.

Yigal Carmon, 30 octobre 2015

Yigal Carmon est président et fondateur de MEMRI.

Traduction : Norbert Lipszyc

Publication originale : http://www.memri.org/report/en/0/0/0/0/0/0/8833.htm


Annexe 1 – Des dirigeants iraniens de premier plan acceptent les instructions de Khamenei concernant la mise en œuvre du JCPOA.

Le 10 octobre 2015, le président du Majlis, Ali Larijani a declaré lors d’une conférence sur la guerre et la paix en Syrie :

« Les décisions du Guide [Khamenei], la décision du Majlis et du Conseil suprême de sécurité nationale vont éclairer les représentants du gouvernement sur leur chemin vers la mise en œuvre du JCPOA. […] Je remercie le Guide de tout mon cœur. » [11]

Le président Rohani, réagissant aux lettres du Guide suprême lui donnant ses directives pour la mise en œuvre du JCPOA (22 octobre 2015) a écrit :

« Votre lettre historique du 21 octobre 2015 concernant l’approbation de la décision numéro 634 du Conseil Suprême de la Sécurité Nationale, a causé une grande joie dans le peuple iranien et a réchauffé le cœur des fonctionnaires du gouvernement. […] Le gouvernement obéira à vos critiques et obligations [que vous avez imposées] et, plein de bonnes intentions, il prendra les mesures concernant la mise en œuvre complète de la décision du Conseil Suprême de la Sécurité Nationale et du Majlis. Nous ferons preuve d’une constante vigilance dans la mise en œuvre des obligations de l’autre partie et nous prendrons les décisions nécessaires dans le Conseil Suprême de la Sécurité Nationale pour réagir comme il se doit. » [12]

Le 26 octobre 2015, le ministre des affaires étrangères Zarif fit référence au Majlis en réaction à la lettre du Guide suprême sur la mise en œuvre du JCPOA et nota :

« Je suis reconnaissant au Guide pour sa lettre éclairante définissant la politique à suivre pour la mise en œuvre du JCPOA. Son opinion a toujours illuminé le chemin de l’équipe de négociateurs nucléaires au ministère des affaires étrangères. Désormais, nous devons nous efforcer de mettre en oeuvre les documents du JCPOA d’une manière juste et en suivant les recommandations du Guide. » [13]

Le 27 octobre 2015, Zarif a déclaré que la transformation du réacteur nucléaire d’Arak ne devait être réalisée qu’après que le dossier PMD ait été clos à l’AIEA. Il a expliqué :

« Nous avons calculé les détails pour replanifier le réacteur suite aux instructions du Guide, à la décision du Conseil suprême de sécurité nationale et du Majlis. […] Nous coordonnerons ce qui s’avèrera nécessaire afin d’échanger les stocks d’uranium et ce sera réalisé de la manière que le Guide a élaborée et qui a été approuvée précédemment par le Conseil suprême de sécurité nationale et le Comité nucléaire du Majlis. » [14]

Le 26 octobre 2015, 166 membres du Majlis, soit une majorité, exprima son admiration pour le Guide pour sa lettre historique concernant la mise en œuvre du JCPOA :

« Il est certain que les représentants au Majlis agiront comme votre bras puissant et  collaboreront avec les organismes de supervision et avec le Conseil Suprême de la Sécurité Nationale. Ils mettront tous leurs efforts pour garantir qu’après le JCPOA, l’ennemi ne pourra pas pénétrer notre pays Islamique même d’un pouce et ferons en sorte qu’il soit répondu à toute violation des promesses du groupe 5+1. » [15]

Le président de la Cour suprême d’Iran, Sadeq Amoli Larijani, lors d’une conférence des dirigeants du pouvoir judiciaire tenue le 26 octobre 2015, déclara que la lettre de Khamenei sur les conditions de mise en œuvre du JCPOA devrait clore les débats sur le sujet :

« Tous les groupes [en Iran] devrait considérer la lettre du Guide comme explicite, comme l’axe de l’unité et désormais il pourront progresser et penser avec modération au futur et aux prochaines étapes du JCPOA. » [16]

Le représentant du Guide auprès du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), Ali Saidi a déclaré le 21 octobre 2015 :

« Le Guide dirige effectivement le pays selon le Coran et la coutume, il fixe les politiques que les autres exécutent. » [17]

Lors d’une conférence de presse tenue le 27 octobre 2015, le conseiller du Guide, président du Centre de Recherche Stratégique, Ali Akbar Velayati, déclara :

« Dans la dernière lettre du Guide nous avons vu qu’il critique les défauts et manquements dans la mise en œuvre du JCPOA. J’espère que l’accord sera exécuté de manière impeccable dans l’avenir. Le soutien continu du Guide au JCPOA est dépendant de la réaction à la lettre écrite par Khamenei au président [Rohani]. » [18]

Le président du comité nucléaire du Majlis, Ebrahim Karkhanehei, faisant référence à la lettre du Guide sur le JCPOA, a déclaré :

« Cette lettre a apporté une stabilité sociale car, en plus du Guide, le peuple demandait des éléments inclus dans la lettre. La question la plus importante dans cette lettre est celle de la levée des sanctions et le gouvernement doit traiter sérieusement cette question. En plus de la lettre, le Guide a insisté plusieurs fois sur le fait que si les sanctions ne sont pas abolies il n’y aura pas d’accord et donc que les US et l’UE doivent totalement lever celles-ci. La lettre de l’UE et celle du président américain ne son pas jugées comme des garanties suffisamment fortes sur la levée des sanctions. Le Majlis ne sera pas négligent sur toute clause présente dans la lettre du Guide et le gouvernement doit sérieusement superviser et traiter la question de la levée des sanctions.

Le Guide a demandé qu’une équipe professionnelle et sage supervise une implémentation saine du JCPOA et donc que l’équipe comprennent au moins 5 personnes spécialisées dans les questions du droit, nucléaires, techniques, politiques, économiques et sur la question de la structure des sanctions ainsi que des experts en matière de sécurité et de défense. » [19]

Le 25 octobre 2015, l’éditorial de Kayhan titré « Il est interdit de donner des interprétations » disait :

« Le commandement du Guide fixant de nombreux termes pour la mise en œuvre du JCPOA est évident en soi-même. Il décrit un chemin clair pour toutes les questions et tous les soucis selon la jurisprudence religieuse, la loi et les perspectives professionnelles. Il est obligatoire et essentiel de le suivre. Contrairement à certaines impressions, le Guide n’approuve la mise en œuvre du JCPOA que si elle obéit totalement aux termes qu’il a fixés, qui ne causent aucun dégât, par principe. Le Guide n’a pas donné une approbation générale sur le sujet. » [20]

Le 1er novembre 2015, les députés au Majlis ont exhorté l’administration à ne pas mettre en œuvre le JCPOA tant que les sanctions n’auront pas été abolies. Ils ne s’estiment pas liés par les engagements pris dans l’accord avec le groupe de pays P5+1 tant que les Etats-Unis et l’Union Européenne n’ont pas déclaré les sanctions comme « nulles et non avenues ».

Dans une lettre adressée au président Hassan Rouhani, 213 législateurs déclarent qu’aucune mesure pratique ne devra être prise pour l’implémentation du JCPOA jusqu’à ce que le président Obama et l’Union Européenne déclarent officiellement lever définitivement toute sanction financière et économique à l’encontre de Téhéran.

Ils en ont appelé au gouvernement pour qu’il mette en place un « comité puissant, informé et astucieux » pour superviser l’implémentation du JCPOA.

Leur lettre déclare qu’ils attendent du gouvernement qu’il suive toutes les directives données par le Guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Seyyed Ali Khamenei, sur la mise en œuvre du JCPOA, destinées à protéger les intérêts de la nation iranienne. [21]

Annexe 2 – Couverture sur les sites web iraniens de l’interview de Rafsanjani dans Inhnews.ir

IRNA, ILNA, Hashemirafsanjani.ir.fa, Etemaad, ISNA, Fars, Tnews.ir, Shomaokhabar, Farsi-news, Shafaf.ir


Notes:

[1] For the complete text of the JCPOA see Eeas.europa.eu/statements-eeas/docs/iran_agreement/iran_joint-comprehensive-plan-of-action_en.pdf

[2] See MEMRI Special Dispatch No. 6151, Khamenei Declares That He Will Not Honor The Agreement If Sanctions Are Merely Suspended And Not Lifted, September 4, 2015; and MEMRI TV Clip #5067 – Iranian Supreme Leader Ali Khamenei: The Americans Must Lift the Sanctions, Not Suspend Them, September 3, 2015.

[3] Unscr.com/en/resolutions/doc/2231.

[4] See MEMRI TV Clip #5114 – Iranian Guardian Council Secretary-General Ahmad Jannati: Khamenei Has Not Approved or Signed the JCPOA, October 16, 2015; and MEMRI TV Clip #5117 – Iranian Guardian Council Spokesman Nejatollah Ebrahimian: The JCPOA Was Not Approved by the Majlis or the Guardian Council, October 18, 2015.

[5] Tasnim (Iran), October 18, 2015.

[6] http://www.armscontrol.org/blog/ArmsControlNow/2015-10-15/The-P5-1-and-Iran-Nuclear-Deal-Alert-October-15

[7] ISNA (Iran), October 18, 2015.

[8] On Khamenei’s nine demands, see MEMRI Inquiry & Analysis No. 1196, Iranian Supreme Leader Khamenei’s Letter Of Guidelines To President Rohani On JCPOA Sets Nine Conditions Nullifying Original Agreement Announced July 14, 2015, October 22, 2015.

[9] See MEMRI Special Dispatch No.  6151, Khamenei Declares That He Will Not Honor The Agreement If Sanctions Are Merely Suspended And Not Lifted , September 4, 2015.

[10] MEMRI Special Report No.43, Breaking Report: Challenging Khamenei, Rafsanjani Demands That Iran Fulfill Its Obligations Under The JCPOA, And Reveals: We Had Nuclear Option In Iran-Iraq War, October 28, 2015.

[11] Mehrnews.com, October 23, 2015. [12] President.ir/fa/90172 [13] Isna (Iran), October 26, 2015. [14] Isna (Iran), October 27, 2015. [15] Mehrnews.com, October 26, 2015. [16] Nasimonline.(Iran), October 26, 2015. [17] Snn.(Iran), October 22, 2015. [18] Isna (Iran), October 27, 2015. [19] Mehrnews.com, October 26, 2015. [20] Kayhan (Iran), October 25, 2015. [21] Presstv.com (Iran), 1er novembre 2015

Publié dans Iran, Onu - Ong, USA

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LeRousseau 03/02/2016 01:12

Il faudrait que de vrais journalistes vilipendent ces dirigeants musulmans jusqu'à leurs enfants en viennent à être conscients du caractère dégueulasse de leur père.Ce n'est que cette stratégie qui donnera des résultats concrets et non des voeux pieux. Des psychologues d'exception, eux, monteraient comment à l'aide du conditionnement religieux, l'on est parvenu à créer de tels monstres. Il faut tout faire pour sortir les populations de ces enfers.