Alexandra Laignel-Lavastine : la fin de la récréation a sonné

Publié le par Sacha

Voici l'ITW d'Alexandra Laignel-Lavastine par Sonia Mabrouk sur Public Sénat le 14 décembre 2015

"Je mets les pieds dans le plat, ça ne fait rien"...

Sonia Mabrouk : Alexandra Laignel-Lavastine, quel est votre regard, votre analyse sur ce second tour d'hier ?
-Alexandra Laignel-Lavastine : je pense que l'heure n'est vraiment pas au triomphalisme, le Front national ne cesse de progresser depuis des années, c'est ça la réalité à laquelle nous sommes confrontés et je crois que nous en sommes arrivés là parce que nous autres, politiques, journalistes, faiseurs d'opinion au sens large, nous avons eu très coupablement tendance au cours de toutes ces 15 dernières années à lui abandonner littéralement le monde et ses réalités déplaisantes, puisque tout de même une guerre vient de nous être déclarée, en se refusant à nommer l'ennemi, c'est à dire l'islamisme, en capitulant devant le communautarisme et tout ce qu'il implique de sexisme, d'antisémitisme, de vision complètement rétrograde de l'homme et de la société [...] comment à force de lâcheté et comment à force de s'enfoncer dans ce véritable déni idéologique du réel, nous avons aujourd'hui 15 ans de retard à l'allumage face à la menace islamiste comme face à la progression du Front national.

On va en parler, on dirait dans votre discours que vous les mettez sur le même plan ? C'est une critique froide et sans concession des élites, élites politiques, élites médiatiques, élites intellectuelles, est-ce que vous dites que l'ascension de Marine Le Pen c'est en partie notre oeuvre ?
-oui tout à fait, ce qui m'a fait le dire aussi c'est un intellectuel d'origine musulmane laic et démocrate, je pense que les dissidents du XXIème siècle ce sont eux, c'est à dire ces hommes et ces femmes, il ne faut pas les oublier, qui se battent pour leur liberté et pour la notre et qui ne cessent depuis 10 ans de tirer la sonnette d'alarme sans qu'on les entende, je rappelle tout de même que l'intellectuel musulman préféré des plateaux de télévision pendant 10 ans c'était Taril Ramadan, alors qu'ils sont remarquablement courageux, et cet intellectuel me disait quoi, déjà au printemps, quelques mois après Charlie, il me disait qu'un certain nombre d'intellectuels européens progressistes ou qui se croient encore progressistes sont effrayants, ils se comportent comme des collabos, envers l'islam radical et l'islamisme, moyennant quoi ils pavent la voie à la droite extrême [...]
Je crois que la distinction entre vrai et faux islam n'a pas de sens, une religion c'est ce que les hommes en font à un moment donné de l'histoire [...] il faudrait aussi, c'est d'ailleurs ce que les intellectuels musulmans éclairés nous disent du matin au soir que les musulmans notamment les responsables musulmans français se posent aussi la question de savoir comment il se fait qu'il y a autant de branches pourries dans l'islam qui pourrissent le monde musulman et qui pourrissent le monde, on aimerait bien que cette question soit clairement posée [...] il faudrait que l'islam et les musulmans eux-mêmes arrivent à réinsuffler une bonne dose de lumière dans un modèle culturel parce que les causes ne sont pas seulement économiques et sociales et là je crois qu'à répéter cela, cela revient à se tirer une balle dans le pied, les causes sont aussi culturelles et c'est cela qu'il faut nommer clairement

Vous dites aux élites : "stop, stop à l'aveuglement, stop au somnambulisme, il en va de notre survie"
-oui, il y va de notre survie, il y va de notre capacité à gagner la guerre et je crois vraiment qu'après Charlie et qu'après les tueries du 13 novembre, la fin de la récréation a sonné, on ne peut plus faire dans ce discours politiquement correct qui s'aveugle sur tout qui s'enfonce dans une folle spirale du déni et qui ne fait qu'une chose c'est faire monter le politiquement abject, c'est en ce sens que je dis qu'une partie de la gauche, non seulement n'a pas fait le jeu du Front national mais elle a fait bien pire : elle a fait campagne à la place de Marine Le Pen d'une certaine manière, parce que les gens sont exaspérés par cet aveuglement et c'est pour ça qu'ils se mettent à voter pour le Front national [...]
Je ne mets pas le danger frontiste sur le même plan que le danger islamiste, les islamistes tuent, massacrent et il faut bien comprendre aussi que ce ne sont pas ni des loups solitaires, ni des déséquilibrés, ni une poignée de psychopathes comme on a tellement aimé se le répéter pour se rassurer, ni des victimes du racisme et des discriminations, cela revient à inverser, pas de culture de l'excuse qui frise vraiment l'indécence qui consiste à cracher sur les victimes, à cracher sur les morts et en plus à cracher aussi sur les vrais pauvres, sur les vrais défavorisés, ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on ne peut pas faire autrement que de tuer son prochain, j'aimerais bien qu'on les respecte aussi un peu, ce discours-là me parait d'une condescendance post-coloniale absolument insupportable, je ne les mets pas sur le même plan d'autant que le Front national joue le jeu démocratique, l'islam pas du tout qui est animé par un projet de société et c'est très important de le dire, notre ennemi c'est une idéologie totalitaire et meurtrière animé par un projet de société et par un projet de conquête et de destruction de l'Europe donc ce n'est pas sur le même plan mais la logique est celle de l'engendrement, plus on s'aveugle et plus on sert la soupe en quelque sorte au Front national et ce n'est pas la peine à chaque scrutin puisqu'il progresse inéluctablement jusqu'à présent, de pousser des hi et des ha et de se demander comment on en est arrivé là.

Alexandra Laignel-Lavastine, copie d'écran sur Public Sénat

Alexandra Laignel-Lavastine, copie d'écran sur Public Sénat

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