Israël : un modèle pour la gestion de l'eau

Publié le par Sacha

Comment Israël est devenu une superpuissance de l’eau ?

Seth M. Siegel, auteur de « Qu’il y ait de l’eau », espère que les pratiques hors pair d’Israël sur la gestion de l’eau créeront un effet d’entraînement sur la paix

Des randonneurs surplombant la mer de Galilée (Crédit : Flash 90)
La seule "réserve en eau" d'Israël : le lac de Tibériade
 

Quand Seth M. Siegel, auteur de « Qu’il y ait de l’eau : solution israélienne pour un monde en pénurie d’eau » a débuté sa tournée, il attendait beaucoup de questions sur Israël et les Palestiniens. Il n’avait même pas écarté la possibilité que des activistes pro-palestiniens, énervés par le message du livre qu’Israël est un leader mondial dans la gestion et la conservation de l’eau, puissent manifester à ses conférences.

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Mais ce n’est pas arrivé.

A la place, « j’ai été sidéré par la réponse ».

M. Siegel a voyagé autour des Etats-Unis, parlant sur des campus universitaires à des groupes juifs, des groupes politiques, à l’ONU et à des groupes de dirigeants exécutifs et des ingénieurs hydrauliques.

Il estime que le nombre d’interviews et de conférences qu’il a données depuis la parution du livre en septembre est d’au moins une centaine, et il est toujours en tournée, avec des dates programmées jusqu’en octobre prochain.

De plus, le livre est entré dans la liste des meilleures ventes du New York Times et du Los Angeles Times. « Les gens sont enthousiastes par le message du livre : il y a une solution à la crise mondiale de l’eau qui arrive, et ils viennent me voir après. Je ne veux pas dire un ou deux, mais un nombre significatif de personnes. Ils me disent qu’ils veulent venir en Israël et apprendre d’Israël. Ce qu’ils veulent apprendre, explique M. Siegel, c’est comment un pays qui est à 60 % désertique et dont la population a décuplé depuis 1948 a non seulement assez d’eau pour lui-même, mais a en fait un surplus, et exporte même de l’eau chez ces voisins.

Dans les années 30, les économistes britanniques ont prédit que toute la Palestine (incluant Gaza, Israël et la Cisjordanie) a assez d’eau pour supporter deux millions d’habitants.

Aujourd’hui, la région abrite plus de 12 millions de personnes, un exploit que M. Siegel attribue en large partie à la planification et à la gestion de l’eau hors pair d’Israël.

« De plus, écrit M. Siegel, Israël fournit de larges quantités d’eau de ses propres exploitations à la fois aux Palestiniens et au Royaume de Jordanie, et exporte même pour des milliards de dollars chaque année de poivrons, tomates, melons et d’autres produits nécessitant beaucoup d’eau. Donc les économistes britanniques se trompaient, cela va sans dire » résume-t-il.

Comment Israël a-t-il fait ça ?

Même avant l’établissement de l’état, les leaders comme David Ben-Gurion et Levi Eshkol ont réalisé que le sionisme ne réussirait que s’il y avait assez d’eau pour pourvoir aux besoins de la masse d’immigrants et pour pouvoir étendre l’économie.

Avec les années, Israël a mis en place une planification centralisée de l’eau, ajusté les prix, nommé des régulateurs, éduqué les citoyens à conserver l’eau, désalinisé l’eau de mer, utilisé un système d’irrigation en goutte-à-goutte, et traité quasiment toutes ses eaux usées, les recyclant pour les cultures.

Le résultat, a déclaré M. Siegel au Times of Israel, est qu’alors qu’Israël a beaucoup de problèmes, « dans ce domaine particulier, c’est un leader mondial ».

Fréquemment confronté à l’incrédulité des Israéliens qui pensent que cela est trop beau pour être vrai, il ajoute que « certains Israéliens ne prennent pas un oui pour une réponse. Israël célèbre son armée et son processus d’intégration des immigrants. Il devrait ajouter à cela une célébration de son eau ».

De la nation start-up à la nation ‘eau’ ?

M. Siegel maintient que la réussite hydraulique d’Israël est plus exceptionnelle et fait plus profondément partie de ce que cela signifie d’être Israélien que son identité en tant que centrale du high-tech.

En effet, l’on pourrait argumenter que l’ancienne nation d’Israël a été forgée de l’insécurité de l’eau. Dans le Deutéronome 11 :10-12, Dieu explique qu’il n’y a pas de grande rivière dans le pays d’Israël pour que la nation arrose ses cultures, et qu’à la place il faudra compter sur les chutes de pluie.

Illustration d'un système d'irrigation au goutte à goutte israélien (Crédit : Facebook)

Illustration d’un système d’irrigation au goutte à goutte israélien (Crédit : Facebook)

« C’est que le pays où tu vas entrer pour le posséder n’est pas comme le pays d’Egypte d’où vous êtes sortis, dans lequel tu ensemençais tes semences et que tu arrosais à l’aide de ton pied, comme un jardin potager. Le pays où vous allez passer pour le posséder est un pays de montagnes et de vallées, qui boit les eaux de la pluie des cieux. »

En effet, cette insécurité de l’eau a préoccupé les rabbins pendant toutes les ères mishnaïques et talmudiques, et ils ont développé un corpus de loi sur l’eau détaillé qui spécifie la propriété des puits, les règles régissant les canalisations, canaux et réservoirs d’eau publique, les droits des voyageurs sur les trous d’eau, une interdiction de la pollution des sources d’eau, et des règles détaillées pour maintenir les eaux usées à l’écart de l’eau potable.

M. Siegel met en évidence que les Sionistes étaient démesurément laïcs mais sont arrivés avec une familiarité de la Bible et des traditions juives. Cela a sans aucun doute contribué à leur obsession de la sécurité de l’eau.

M. Siegel, 61 ans, est le petit-fils d’immigrants juifs venus des Etats-Unis, « dont aucun n’avait eu du succès économiquement ».

Ses parents avaient « une vie dure, mais décente ». Mais M. Siegel a eu un répit quand il a été accepté à l’université Cornell et a ensuite reçu son diplôme de droit là-bas. Il a commencé une affaire de licence de marques déposées, qui s’est révélée exceptionnellement fructueuse et comptait Coca-Cola et des célébrités comme Paris Hilton parmi ses clients.

M. Siegel a aussi produit des spectacles à Broadway, dont une reprise de Don Quichotte. Depuis qu’il a vendu son entreprise il y a plus d’une dizaine d’années, il s’est impliqué dans le service public et à l’étranger, y compris en prenant part au comité de l’AIPAC.

L’idée de son livre est venue quand M. Siegel assistait à une réunion du conseil des relations étrangères. Il a entendu des membres de l’administration américaine dire aux membres du conseil que le monde était sur le point d’entrer dans une période prolongée de pénurie d’eau.

« Je suis parti avec un sentiment de ‘Oh mon Dieu, pourquoi ne sais-je rien de ça ?’. J’ai demandé aux sénateurs et aux députés qui étaient mes amis, et ils ne savaient rien non plus. »

M. Siegel a commencé à se former par lui-même au sujet de l’eau, et a vite réalisé qu’Israël, son autre passion, avait une gestion de l’eau atypique.

Il a interrogé plus de 220 personnes, principalement dans différents aspects du secteur de l’eau, mais aussi des directeurs d’ONG, des Palestiniens, et autres, pour comprendre l’histoire. « Israël a surmonté des obstacles apparemment insurmontables. Aucun autre pays avec une population croissante, une économie croissante et des chutes d’eaux en diminution n’a été capable de réussir quelque chose qui ressemblerait à ce qu’Israël a fait » dit-il.

Dalia Tal, directrice de campagnes pour Zalul, une ONG environnementale en Israël, se montre quelque peu moins enthousiaste.

« En terme de faits bruts, Israël est un pays leader sur la gestion de l’eau. Nous sommes un pays semi-aride et nous n’avons pas de crise de l’eau comme nos voisins. Nous avons un fort pourcentage de purification des eaux usées, de réutilisation de l’eau et de désalinisation. Nous avons la sécurité de l’eau et la qualité de notre eau est bonne. Mais d’un point de vue environnemental, la plupart des sources sont utilisées pour l’agriculture et les maisons. Malgré le fait que nous avons la désalinisation et la réutilisation des eaux usées, l’eau ne retourne pas dans la nature comme elle devrait. J’étais à Nahal Betzet hier : c’était aussi sec qu’un ruisseau dans le désert. Il y a des platanes géants là-bas, et pas une goutte d’eau ».

Une autre peur, d’après Mme Tal, est que quand les eaux usées traitées retournent dans les champs, elles rendent la terre plus salée, et cela peut réduire les rendements agricoles avec le temps.

Des écoliers israéliens écoutent des explications sur les techniques israéliennes relatives à l'eau (Crédit : Facebook)

Des écoliers israéliens écoutent des explications sur les techniques israéliennes relatives à l’eau (Crédit : Facebook)

La diplomatie de l’eau

Israël exporte chaque année 2,2 milliards de dollars de technologies et savoir-faire liés à l’eau. M. Siegel cite une source industrielle qui prédit que ce montant atteindra dix milliards de dollars dans quelques années.

Non seulement c’est une bonne affaire, mais cela a permis à Israël de surmonter en partie son isolement diplomatique. Pendant des années, le régime communiste chinois a refusé d’avoir des contacts avec Israël. Mais durant les années 80, le pays a réalisé qu’il avait besoin d’aide pour combattre des fuites d’eau massives et la pollution.

Au début, les ingénieurs hydrauliques israéliens n’étaient autorisés à entrer dans le pays qu’en secret. Ensuite, la Chine a accepté d’acheter des systèmes d’irrigation en goutte-à-goutte et des graines à Israël, mais a insisté pour que toutes les étiquettes « Made in Israël » soient enlevées. En 1991, la Chine à invité Israël à envoyer un expert sur l’eau de renom résider en Chine et à entraîner le personnel chinois à de meilleures pratiques. Un an plus tard, les deux pays établissaient des relations diplomatiques.

Quelque chose de similaire est arrivé en Inde, déclare M. Siegel, et l’assistance pour l’eau a aussi aidé à cimenter les relations entre Israël et l’Iran avant la révolution islamique.

En fait, selon M. Siegel, la technologie de l’eau israélienne est utilisée par plus de 150 pays, y compris certains qui n’ont pas de liens officiels avec Israël. Pour les Palestiniens, l’Autorité palestinienne a signé des traités sur l’eau avec Israël dans le cadre des accords Oslo II, qu’Israël non seulement continue à honorer, mais en plus, avec le temps, Israël a augmenté la quantité d’eau fournie aux Palestiniens au-delà des obligations du traité.

Même ainsi, nombreux sont ceux qui affirment qu’Israël prend plus que sa juste part. M.Siegel indique qu’en juin 1967, seulement 10 % de la Cisjordanie était connectée à une plomberie moderne, tandis qu’aujourd’hui 96 % des Palestiniens de Cisjordanie ont de l’eau courante, propre et sûre, même si, comme il le souligne dans son livre, plus d’eau et de meilleure qualité est nécessaire.

Il se lamente que ce qu’il appelle la « politisation » de l’Autorité palestinienne de l’eau et ses politiques récentes de non coopération avec Israël sur les sujets liés à l’eau dans une tentative de marquer des points électoraux.

A Gaza, contrôlée par le groupe terroriste du Hamas, la situation de l’eau est bien plus terrible, dit M. Siegel. Gaza n’est qu’à quelques années d’une crise de l’eau si sévère que la population pourrait ne rien avoir à boire.

« Les problèmes d’eau ne sont qu’une image de la mauvaise gouvernance, » affirme-t-il, et depuis sa prise de pouvoir dans la bande de Gaza en 2007, le Hamas a mal géré les ressources d’eau de la région, permettant aux résidents de construire beaucoup trop de puits, polluer l’aquifère et relarguer les eaux usées non traitées dans la mer Méditerranée.

L’analyste des affaires arabes Pinhas Inbari a déclaré au Times of Israel qu’il pense que les Palestiniens de Gaza meurent déjà d’une bactérie vivant dans les eaux saumâtres mais que le Hamas préfère laisser sa population mourir plutôt que de demander de l’aide à Israël.

A un certain point, M. Inbari croit qu’Israël devrait intervenir, mais il espère qu’Israël rendrait cette assistance dépendante du démantèlement des infrastructures de missiles du Hamas. « L’eau est une question stratégique, dit-il, nous ne pouvons pas leur donner de l’eau pendant qu’il continue à nous tirer dessus ».

Transformer les armes en tuyaux d’eau

M. Siegel pense que l’eau permet de construire des ponts. L’entretien le plus émouvant de son livre, dit-il, est avec le dirigeant retraité d’une compagnie de construction et d’ingénierie hydraulique TAHAL, Moshé Gablinger, qui a mis en place des projets sur l’eau dans les pays sous-développés.

« C’était un honneur d’avoir pu aider des personnes pauvres et des pays pauvres, et d’améliorer la qualité de leurs vies » déclare-t-il dans le livre de M. Siegel. « C’était presque comme un commandement de la Bible, ce sentiment que nous avions de vouloir aider les gens tout autour du monde ».

M. Siegel dit que parfois, un pro-Israélien en colère l’interpelle dans une de ses conférences et demande pourquoi Israël n’utilise pas l’eau comme une arme. « Je réponds que les origines et l’héritage d’Israël sont d’être la lumière parmi les nations. Le désir d’être juste fait partie de l’héritage d’Israël. Mais, dans les faits, Israël a vu à maintes et maintes fois que son intelligence de l’eau aide à ouvrir des portes ».

M. Siegel reconnaît que son expérience de réussite en tant que juif américain a pu influencer l’écriture de son livre, concédant que “je crois profondément que le travail, le comportement éthique et un service à valeur ajoutée paieront avec le temps ».

Mais « Qu’il y ait de l’eau », qui raconte l’histoire de beaucoup de planificateurs d’eau israéliens travailleurs et plein de ressources, est « aussi une pure histoire israélienne et sioniste » dit-il.

« Regardez ces ingénieurs hydrauliques qui sont entrés dans la carrière en n’imaginant pas que quiconque connaitrait leurs noms. Regardez David Yogev, qui a transformé Israël avec sa vision du retraitement des eaux usées. Ou Simcha Blass, qui a donné au monde le système d’irrigation au goutte-à-goutte. Ou Sidnay Loeb, qui a conçu la désalinisation. Dans mon livre, le lecteur rencontre beaucoup de personnages comme eux, des personnes sans gros égos, des personnes injustement oubliées par l’Histoire. Leur crédo était ‘je suis là pour servir’. Et Israël, et maintenant le monde, sont devenus meilleurs grâce à leurs visions et à leurs sacrifices ».

Transporteur national de l'eau d'Israël (Crédit : Facebook)

Transporteur national de l’eau d’Israël (Crédit : Facebook)

Des randonneurs surplombant la mer de Galilée (Crédit : Flash 90

Des randonneurs surplombant la mer de Galilée (Crédit : Flash 90

Publié dans Tikoun Olam, Israël

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