Mais qui est exactement Hassan Rouhani? Jean-Pierre Bensimon

Publié le par Sacha

La France reçoit mercredi le président de la République islamique d'Iran. Qui est-il vraiment et que représente-t-il ?

Le président de la République islamique d'Iran, Hassan Rouhani, est reçu à Paris cette semaine. Sa visite intervient dans une conjoncture précise, celle de la levée des principales sanctions internationales qui frappaient Téhéran depuis la découverte de son programme nucléaire clandestin à vocation militaire. Pour les observateurs optimistes, très majoritaires en France, l'établissement de liens entre l'Iran et la France à des avantages considérables, qui s'étendent bien au-delà des marchés qui seront vraisemblablement conclus dans les jours qui viennent.

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En effet, l'Iran se présente comme un pôle de stabilité dans le chaos moyen-oriental, avec des institutions, si ce n'est démocratiques du moins solides. Il devrait contribuer à résoudre la lancinante équation syrienne et à écarter le péril du terrorisme sunnite aujourd'hui incarné par Daech, qui est désormais une menace majeure pour l'Europe, y compris sur son sol. De plus, ce pays de grande tradition et riche d'une population nombreuse, entreprenante et bien formée, pourrait devenir le moteur du développement régional.

Le rôle historique de Hassan Rouhani, représentant de l'aile "modérée" du régime des mollahs, serait de négocier un grand virage, le retour de la révolution khomeyniste au sein de la communauté internationale. Dans l'ordre interne, on attend de lui un "adoucissement" progressif de la férule théocratique et des efforts de modernisation de l'économie aboutissant à l'élévation du niveau de vie. Dans l'ordre international, après la résolution pacifique de l'épineux dossier nucléaire, on est fondé à espérer que l'Iran normalise ses relations avec ses voisins sunnites, contribuant à la chute de Daech et au rétablissement de la concorde entre la majorité chiite et les sunnites arabes et kurdes d'Irak.

Ce tableau a de quoi séduire de nombreux "géopolitologues" français et les experts de l'Iran au Quai d'Orsay et à l'Élysée. Sauf qu'il relève du "wishful thinking", l'expression anglo-saxonne pour désigner l'art de prendre ses désirs pour des réalités.

Les média occidentaux ont peut-être trouvé quelque chose d'avenant dans le sourire de Hassan Rouhani, mais loin d'être un "modéré" il appartient au noyau des "durs" du premier cercle du régime.

Au plus fort de la guerre Iran-Irak, il est membre du Conseil suprême de défense, puis président de son instance exécutive. Il trempe alors dans l'affaire des "contra." Il assume ensuite le secrétariat général du Conseil de sécurité nationale, puis prend en charge le dossier nucléaire, allouant la majeure partie de la rente pétrolière à la construction des imposantes infrastructures nucléaires clandestines et des laboratoires secrets chargé de la militarisation (usinage hémisphérique du combustible nucléaire, détonateurs multipoints).

Son accès à la présidence s'est réalisée dans la pure tradition du régime. A l'instar de son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad, son élection comme président de la République islamique en juin 2013 est truquée comme l'a démontré Marie Ladier-Foulani (Confluences méditerranée N° 88). Il est l'homme idoine désigné par le Guide Suprême Khamenei et il reste à sa main comme le prévoit la constitution khomeyniste. L'élection régulière d'un modéré à la tête de l'État iranien est une fable.

Sous la férule de Rouhani, le rythme des exécutions capitales est loin de s'apaiser; il progresse. Avec au moins 700 exécutions prouvées en 2015, plus de 1.000 en fait, l'Iran se place en seconde position dans le monde derrière la Chine mais en première position per capita. L'indignation exprimée lors des 47 exécutions perpétrées par l'Arabie saoudite au début janvier 2016 était du théâtre aussi bien de la part des Iraniens que des Occidentaux qui font les yeux doux à Rouhani tout en sachant qu'il est le plus grand auteur d'exécutions au monde. Mieux, en Iran, on envoie des citoyens à la potence pour des crimes commis au cours de l'enfance. La loi permet de condamner les garçons à mort dès 15 ans et les filles à partir de 9 ans seulement, car c'est la puberté qui est prise en compte ! Ainsi quatre mises à mort de 2015 résultaient de ce genre de condamnation (73 depuis 2005), et 160 jeunes attendent d'avoir 18 ans, l'âge de rencontrer le bourreau, au fond des geôles de Rouhani. Les condamnations sanctionnent des meurtres, l'usage de drogues, mais aussi les "offenses à Dieu".

L'Iran a signé la Convention sur les Droit de l'enfant depuis 20 ans, mais sous Rouhani, outre les condamnations à mort d'enfants, on a légalisé la pédophilie en 2013. Il suffit pour cela au pédophile d'adopter une enfant. Le mariage avec sa fille adoptive à partir de 13 ans est désormais légal. Quitte avec la charia, l'adoptée est alors dispensée de l'obligation de porter le voile à la maison.

Le statut de la femme demeure archaïque dans l'Iran du "modéré" Rouhani, et rien d'indique une inflexion. On prononce toujours, dans la nouvelle Perse, des condamnations à la lapidation, parfois transformées en pendaisons. Les femmes qui ne sont pas assez voilées ont la police des mœurs aux trousses, et l'an dernier l'accumulation des cas de femmes défigurées à l'acide a déclenché des mouvements de protestation. Le premier décembre dernier, l'orchestre symphonique de Téhéran a annulé sa représentation car des femmes musiciennes devaient jouer sur scène. Une mathématicienne iranienne de génie accumule des récompenses, mais elle réside et travaille aux États-Unis.

Les violations des droits de l'homme en Iran, sous Rouhani, dont on a ici un bref échantillon, sont des marqueurs décisifs de l'inaptitude du régime à autoriser la respiration de la société, une condition de son décollage et de sa modernisation.

Un autre marqueur de la dangerosité extrême du régime iranien est la concentration des richesses et des titres de propriété de l'appareil productif entre les mains des détenteurs des leviers de l'État. Les premiers servis sont les ayatollahs du pouvoir, suivis de le bras armé et le pilier de leur pouvoir, le corps des Gardes de la Révolution. Ces derniers contrôleraient un volume d'affaires de 10 à 12 milliards de dollars par an. Ils seraient très actifs dans les télécommunications, la construction, mais aussi dans une pléiade de petites et moyennes entreprises. Ils ne répugnent pas non plus à entrer dans le commerce international, tissant des liens avec la Turquie, Dubaï, mais aussi avec l'ennemi officiel, le Grand Satan, les États-Unis. Le Guide Suprême, quant à lui, a la main sur un organisme créé par son prédécesseur Khomeyni, pour regrouper les biens sans maître de la guerre avec l'Irak, Setad Ejraiye Farmane Hazrate Emam. Le portefeuille immobilier de Setad est énorme: avec ses activités satellites il représenterait un capital 95 milliards de dollars. Khameneï est beaucoup plus riche que ne l'était le Shah!

Les ayatollahs du pouvoir et les Gardes de la Révolution forment une théo-oligarchie omnipotente, prête à tout pour conserver son pouvoir. Le viol quotidien des droits de l'homme, la centralisation du pouvoir et la mainmise sur l'économie sont de puissantes expressions du totalitarisme iranien et des indications capitales sur son inaptitude à se conduire pacifiquement dans le concert international.

Et justement, l'Iran de Rouhani est le premier fauteur de guerre au monde.

La doctrine officielle de l'Iran, le khomeynisme, est expansionniste dans ses gènes. Le régime des mollahs a été conçu dès l'origine comme un produit d'exportation. Par exemple, le 21 avril 2014, le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Ali Jafari affirmait: " Cette révolution n'est pas confinée aux frontières de l'Iran. L'essence de la révolution islamique est la résistance à l'Hégémonie [américaine] et la résistance au nouvel ordre dominé par l'Hégémonie. C'est l'essence de la révolution islamique. ... En d'autres termes, les Gardiens de la Révolution défendent la révolution islamique tout à la fois à l'intérieur de ses frontières et au-delà de ses frontières."

C'est dans une stratégie de long terme que l'Iran impérialiste a créé de toute pièces ou appuyé, toute une série de groupes politico-militaires à ses ordres, ou agissant pour son compte, au Moyen-Orient. Le plus significatif est le Hezbollah libanais. Si l'on veut comprendre les causes du le chaos syro-irakien qui effraie tant l'Occident, et à juste titre, il faut regarder du coté de l'Iran.

Pour s'enfoncer au cœur du monde sunnite, jusqu'au pourtour arabo-musulman de l'Est de la Méditerranée, les mollahs ont joué la carte des Alaouites syriens et des chiites libanais. Les États et Émirats sunnites du Golfe se sont sentis menacés d'emblée par la poussée de Téhéran. Aussi, l'Arabie et le Qatar ont saisi sans barguigner l'opportunité du soulèvement populaire anti-Assad de 2011 pour tenter de briser l'axe de pénétration iranien. Ils ont armé des milices sunnites locales destinées à abattre le régime d'Assad. Il s'agissait de leur point de vue d'une manœuvre défensive. Ils voulaient écarter l'Iran du cœur de l'aire de souveraineté arabe.

Pour conserver ses points d'appui stratégiques offensifs, l'Iran a alors engagé dans la guerre des moyens considérables: le Hezbollah, ses propres troupes régulières, mais aussi des milices chiites irakiennes, afghanes, yéménites, etc. De quelque façon qu'on envisage le problème syrien, on rencontre l'expansionnisme iranien, très loin de ses bases. On le retrouve aussi, avec des fortunes diverses, à Gaza, en Judée Samarie, au Soudan, en Érythrée, au Yémen, au Bahreïn, etc.

Les deux détroits stratégiques des mers du Sud, Bab el Mandel et Ormuz, sont sous la pression iranienne. Si cette pression alarme au plus haut point les pays du Golfe et l'Égypte, elle devrait tenir aussi l'Europe éveillée car ces détroits sont tout aussi stratégiques pour ses propres approvisionnements en énergie et son propre commerce.

Mais l'expansionnisme iranien ne se borne pas au Moyen-Orient. Une collaboration des renseignements mexicains et canadiens signalée par le quotidien pan Arabe Asharq Al-Awsat vient de confirmer la présence d'activités du Hezbollah libanais au Venezuela, au Mexique, au Nicaragua, au Chili, en Colombie, en Bolivie, en Équateur et dans les zones frontalières du Paraguay, de l'Argentine et du Brésil. Deux groupes actifs sont identifiés, l'Unité "Abbas al-Musawi” et l'Unité “Imad Mughniyeh”.

Le bellicisme du régime que Hassan Rouhani incarne malgré son allure bonasse, a donné un échantillon très cru de sa férocité près des iles Farsi dans le Golfe persique la semaine dernière. Deux navires de la marine US ont été arraisonnés dans des circonstances obscures par les Iraniens et leurs équipages publiquement humiliés. Les photographies et les vidéos des Marines agenouillés ont été diffusées séance tenante par les services iraniens pour montrer de quoi la marine iranienne est capable. Les Iraniens envoyaient ainsi un message clair: "nous sommes ici les maîtres et nous avons vaincu l'Amérique." Ce message est parfaitement cohérent avec la doctrine impériale léguée par l'imam Khomeiny. Il a été parfaitement entendu par les Arabes sunnites de la Péninsule arabique. La guerre ne fait que commencer.

Dans le même esprit, juste après la conclusion de l'accord nucléaire de la mi-juillet, l'Iran a déclaré qu'il ne comptait pas respecter la résolution de l'ONU n° 2231 limitant le développement de ses missiles balistiques. Dans la foulée, il a procédé a des essais de nouveaux engins susceptibles de véhiculer des ogives nucléaires.

Un autre aspect de l'hégémonisme perse conquérant d'aujourd'hui est l'antisémitisme. On vient d'apprendre qu'un nouveau concours de caricatures de la Shoah était ouvert pour cette année à Téhéran. Un nouveau festival de haine se prépare. En 2015, plus de 900 "œuvres" avaient été présentées, alimentant toute une culture raciste antisémite. Israël a saisi l'ONU qui n'a dit mot et l'UNESCO qui vient de publier un message prudent de désapprobation. Mais pour la France la question se pose. La pays des droits de l'homme, le chantre de la liberté, peut-il recevoir le représentant officiel de très haut niveau d'un régime qui affiche avec arrogance son négationnisme et qui répète à tous vents son engagement de détruire Israël?

Pour compléter le tableau du redoutable avenir que l'Iran prépare au Moyen-Orient et monde, il faut mentionner l'essentiel, qui a fait déjà l'objet de tant de développements, l'accord nucléaire entre les 6 Etat du P+5 et l'Iran. Sur ce sujet, l'Iran parle de victoire, jamais de compromis, et il a raison.

Obama, flanqué de son inséparable collaboratrice -ou gourou, on ne sait pas-, Valerie Jarett, a décidé de laisser intactes à l'Iran toutes les infrastructures de son programme nucléaire militaire et de son arsenal balistique en l'échange d'un gel temporaire de son "saut nucléaire." Obama ne voulait a aucun prix être contraint d'intervenir militairement pour stopper dans l'œuf la bombe iranienne et son missile porteur. Il a imploré les mollahs de lui donner du temps contre de l'argent qui les aidera à financer leurs guerres et le maintien des bases matérielles d'un énorme arsenal nucléaire.

Le temps va passer, Obama se retirera, et quand il le voudra, le régime de Téhéran aura sa bombe et ses missiles, introduisant un déséquilibre insupportable dans la Région.

Le temps va passer et la prolifération nucléaire va exploser, provoquant l'apparition d'une situation stratégique imprévisible et non maîtrisable. Le cauchemar est pour demain matin: c'est le couplage du terrorisme et de l'arme nucléaire. Au centre de ce cauchemar, le régime khomeyniste.

C'est une figure éminente de cette monstruosité contemporaine, ivre d'armes, de guerres, de pouvoir et de racisme, qui rend visite à Paris à partir ce mercredi.

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