Lettre ouverte à l'université Paris VIII, Miriam Nataf

Publié le

Voici une lettre que je vous conseille de lire pour comprendre comment ce qu'on appelle pudiquement l'antisionisme imprègne et empoisonne l'esprit des universités françaises à travers ses enseignants. Vous pouvez lire l'article intégral sur : www.terredisrael.com/infos/miriam-nataf-lettre-ouverte-a-luniversite-paris-viii/
 

Chère université Paris VIII,
J’attendais de recevoir ce diplôme de licence pour te dire toute ma déception et toute mon amertume. Tu vois, je trouvais que c’était une bonne idée de permettre à des étudiants francophones vivant en Israël d’étudier par correspondance dans une université française. Mais j’en suis revenue. Non. Ça n’est pas une bonne idée. C’est un défi trop élevé pour toi, et tu ne t’es pas montré à la hauteur de relever. Et je vais tout de suite t’expliquer pourquoi. Il s’est passé tant de choses, au travers de mots, au travers de notes. Franchement, j’avais parfois l’impression d’être un étudiant juif en France, dans les sombres années de la France occupée. Un professeur, du nom d’IB me met 3 à un examen, que j’étais sure pourtant d’avoir réussie. Abasourdie par la note, je demande une confirmation. Et le « professeur » répond: « Oui, oui, c’est bien ça, il n’y a pas d’erreur, je suis absolument sure de ma notation ». Alors je demande une seconde correction. Et là, comme par on se sait par quel coup de baguette magique, avant même que la copie ne passe chez un autre professeur, le 3 se transforme en 10.
Commentaire du prof: « Ah, je n’avais pas lu la réponse à cette question. Ladite question sur la copie était entièrement barrée au stylo rouge. Face à un comportement aussi peu fiable, je tiens malgré tout à une seconde correction.

Et la, elle m’écrit : « C’est parce que le système vous le permet. C’est très bien de savoir profiter du système… » Comme c’est étrange… Cette remarque m’a fait penser a quelque chose que je ne parviens pas vraiment à identifier… Je trouve… qu’elle a des relents d’accusation de crime rituel, tu ne trouves pas ? Et elle est d’autant plus étrange sous la plume d’un professeur de psycho sociale, qui est censée enseigner les croyances, et les différences entre les préjugés et les stéréotypes… Mais bon, qu’elle se rassure, Mme B. Nous n’avons pas besoin du sang d’un enfant chrétien pour fabriquer notre pain azyme. Toujours pas. Mais quand même, cher Paris VIII, reconnais que les gens se trahissent de façon si évidente et si stupide parfois, quand ils sont aveuglés justement par leurs croyances et leurs préjugés.
Autre exemple, chère Paris VIII. J’ai écrit mon rapport de stage sur le travail que j’ai fait dans ce centre pour autistes, situé dans une petite ville à proximité de Jérusalem. J’ai adoré cette équipe, le travail réalisé avec ces jeunes adultes autistes, l’atmosphère de respect qui régnait dans cet endroit. Il a d’ailleurs fait l’objet plusieurs fois d’articles très élogieux dans la presse. J’ai relaté dans mon rapport de stage le travail pratiqué bien sûr, mais aussi l’esprit qui règne dans cet endroit incroyable, qui au quotidien relève tant de défis. Et j’ai eu 8. Encore une fois abasourdie, naïvement, j’ai demandé une explication de la correction. Et je reçois de la part du professeur quelque chose d’absolument injustifié et incompréhensible, du style: « Vos personnages n’ont pas d’histoire, ils semblent venir de nulle part… » Des pages entières d’explication sur l’origine des personnages, leur passé, leur famille déportées, leurs parents. Alors peut-être que l’on ne tient pas compte de cela? Avoir des parents déportés signifie ne pas avoir d’histoire? Serions-nous face à une réalité révisionniste?

Toujours avec la même naïveté, je demande une seconde correction. Quelqu’un, je ne peux pas qualifier cette personne de professeur, me met 8 évidement, écrit tout un tas de commentaires, en se débrouillant pour que le barème de notes partielles arrive a la fameuse note de 8. Un peu à la manière de quelqu’un qui tire une flèche et trace la cible autour. Puis elle écrit : »votre devoir semble mythique ». Mythique? Qui relève du mythe, donc. Après réflexion, je pense qu’elle voulait dire mystique. Être chargée de correction de devoir de licence et faire des erreurs de français aussi grossières? Bien sûr, il n’y avait absolument rien de mystique là-dedans. Mais comment veux-tu que j’accorde une quelconque crédibilité à ce type de correction? Comment ces personnes, diplômées pourtant, laissent apparaitre leur hostilité de façon aussi grossière et naïve, finalement? La haine a donc un pouvoir d’aveuglement si intense qu’elle laisse les gens sacrifier leur statut et leur crédibilité de professeur avec tant de facilité ? Évidemment, je ne m’en suis pas tenue là. J’ai donné mon rapport de stage à corriger à trois autres personnes, ici et en France: un directeur du département de psychologie dans une université française, une personne chargée de correction des devoirs de master II dans une université parisienne, et un docteur en psychologie qui exerce sur Jérusalem. Je ne leur ai pas parlé du 8. Et ils m’ont unanimement donné 14 ou 15. Evidemment, je ne te décrirai pas leur visage figé par la surprise lorsque je leur ai annoncé la façon dont tes professeurs à toi m’ont notée. Ni même leurs remarques acerbes.  » Ça ne mérite pas du tout 8. C’est vraiment du sabrage ».

Et puis les examens fixés le jour de Kippour, ce qui est spécifiquement interdit par la loi française. Et puis le bouquet: une moyenne générale de 13.918. Un score de natation aux jeux olympiques me diras-tu? Non. Une note du concours de médecine en P1, alors? Même pas. Seulement une moyenne de licence de psychologie.

Tu vois, il est écrit dans le cours sur l’entretien clinique que si un psychologue doit permettre de tout dire, il doit être capable de tout entendre. Moi, je trouve que cette proposition n’est pas juste. Si un psychologue n’est pas à même de tout entendre, il doit faire preuve d’honnêteté intellectuelle, et d’être à même de dire.  » Excusez-moi, je ne suis pas en mesure de traiter ce cas. Je préfère le confier à un collègue ». Alors toi, tu devrais dire que tu n’es pas à même de recevoir des étudiants israéliens, et peut-être juifs. Pourquoi poursuivre cette collaboration ridicule avec Israël, puisque visiblement elle coûte beaucoup de souffrance à tes professeurs, et est source de beaucoup d’injustice envers les étudiants ? Toi-même, tu ne t’es pas montré à même de tout entendre, loin s’en faut.

Alors Jusqu’à quand, chère Paris VIII? Jusqu’à quand la stupidité humaine va-t-elle sacrifier la connaissance, l’intelligence, l’éthique sur l’autel de son hostilité, de son intolérance et de son obscurantisme ? Jusqu’à quand trouvera-t-elle encore des adeptes ? À ton avis, que serait aujourd’hui la théorie de la résilience, si ce policier de la Gestapo avait tué le petit Boris Cyrulnic, ce matin-là dans son lit? Et que serions-nous aujourd’hui, si la Russie de Staline n’avait pas déclarée « antimarxistes et anti-prolétariens » les écrits de Vigotsky, et n’en avait pas brulé la plus grande partie ? Lev Semionovitch Vygotski, celui qu’on appelle aujourd’hui le Mozart de la psychologie ! Où en serait la psychologie aujourd’hui, si nous avions pu, ne serait-ce que prendre connaissance de ces écrits? Et que serait-elle, aujourd’hui, si ces professeurs qui font partie de ton corps enseignant, avaient eu pour élèves Sigmund Freud, Mélanie Klein, Albert Ellis, Noam Chomsky, Simon Baron Cohen, le prêtre de la recherche sur l’Autisme, et la théorie de l’Esprit ? (Pour ta culture générale qui pèche un peu de ce côté- là, Cohen en hébreu signifie « prêtre »). Où en serait la psychologie aujourd’hui?
Bien sûr, il y a aussi parmi tes enseignants des professeurs formidables, des gens qui honorent et respectent leur profession et leur titre de professeur. Je leur demande pardon pour ne pas les citer ici.
Tu vois, c’est dommage, j’ai adoré apprendre. C’était des années passionnantes, et très enrichissantes. Et j’ai aussi un très bon sujet de Master. J’ai envie de travailler sur la manipulation des foules, tant au niveau médiatique qu’au niveau religieux. Comment les organisations extrémistes arrivent à mobiliser tant de gens, et à leur ôter toute conscience humaine? Par quelle théorie? Et quels processus psychologiques mettent-ils en œuvre pour avoir une telle influence médiatique? Mais ça, ça ne sera pas chez toi. Tu as trop souvent prouvé que tu n’es pas à la hauteur.

Alors maintenant, que vais-je faire de tout ça ? Vais-je en référer à la LICRA, la Ligue contre le Racisme et l’Antisémitisme ? Vais-je le mettre sur Facebook pour que des milliers d’yeux le lisent? Vais-je l’envoyer au grand rabbinat de France? À l’ambassade d’Israël en France ? A l’ambassade de France en Israël ? ? Je ne sais pas encore. Ce que je sais, c’est qu’il faut résolument mettre un terme au fait que depuis longtemps, trop longtemps, l’hostilité et la haine gratuite tuent aveuglement la connaissance. Et parce que je pense aussi qu’il faut mettre en œuvre tous, absolument tous les moyens pour arrêter ce désastre auquel tu prends une part active. Que si le monde avait privilégié la science, le savoir, l’intelligence au détriment de la haine, nous serions ailleurs aujourd’hui.
Je ne veux pas être cruelle, mais il me semble qu’un des auteurs des attentats du mois de novembre à Paris a trouvé refuge dans la ville où tu sièges. Est-ce un hasard? Dis-moi que oui, chère Paris VIII. Dis-moi que la France, où j’ai malgré tout passé une vingtaine d’années n’en est pas arrivée là…

***************************

J'ajoute où en serait la psychologie aujourd'hui sans l'apport de Sigmund Freud, Hélène Deutsch, Léon Festinger, Mélanie Klein, Neal E. Miller, Abraham Maslow, Gordon Allport, Erik Erikson, Eric Berne, Kurt Lewin,
Alfred Adler, Jerome Kagan, Solomon Asch, Jerome Bruner, Laurent Kohlberg, Albert Ellis, Abraham Maslow, René Spitz, Ignace Meyerson, Daniel Kahneman, Elizabeth Loftus, Erwin Straus, Alfred Adler, Aaron Beck, Georges Devereux, Viktor Frankl, Kurt Koffka, Max Wertheimer, Stanley Milgram, David Wechsler,
Paul Ekman, Daniel Goleman et tant et tant d'autres ?

 

Lettre ouverte à l'université Paris VIII, Miriam Nataf

Commenter cet article