Dieudonné et Desproges ou comment passer du premier au troisième degré, Yéochoua Sultan

Publié le par danilette's

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L'humoriste est sous un certain angle un penseur ou un philosophe qui, par son grain de sable, vient mettre en difficulté les rouages de la pensée prémâchée et ingurgitée aux cerveaux des masses sous ses multiples ramifications. Il remet en question, d'entre les idées reçues, les plus critiquables, mais qui passent inaperçues et devraient, dépouillées de leur enrobage, se heurter à une fin de non-recevoir ; tandis que ses critiques acerbes seront perceptibles auprès d'un auditoire bien ciblé dont seront sollicités le rire ou l'offuscation.

Et ce rire sera déclenché par l'humoriste qui fera appel aux mécanismes gérant les phénomènes sociaux préétablis de son auditoire, fragmentant et mettant en pièce la façade de vastes comédies de mœurs ou de caractère passées au crible de son analyse dont toute la hauteur résulte des distances qu'il sait prendre du sujet traité sans en avoir l'air.

En d'autres termes, si un humoriste ne vous fait pas rire, c'est que soit vous ne comprenez pas les règles et préjugés du microcosme auquel il s'attaque, soit il n'est vraiment pas très fin. Il faut bien entendu que le cadrage soit rehaussé au-dessus du niveau de la ceinture, et éviter les lieux communs comme le dénigrement constant d'un comique qui feint de faire semblant de se placer largement au-dessus de l'adversaire sur lequel il jette son dévolu sarcastique.

L'un des thèmes brûlants, depuis que le spectacle en général s'est largement imposé, en matière d'humour, est sans aucun doute l'antisémitisme, ou, plus neutralement, tout ce qui tourne autour du Juif. Il n'est cependant pas toujours évident de tracer une ligne droite entre la pitrerie antisémite et les fines mises en exergue et remises en question de ce qui lui sert de carcan.

Desproges et Dieudonné, une nuance subtile les sépare et fait toute la différence

Dans un sketch sur les Juifs écrit environ quatre décennies après la seconde guerre mondiale, Desproges, presque cinquantenaire, tient devant son public le discours suivant :

«On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle… Vous pouvez rester, hein. N'empêche que, on ne m'ôtera pas de l'idée que pendant la dernière Guerre mondiale, de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l'égard du régime nazi… Il est vrai que les Allemands de leur côté ne cachaient pas une certaine antipathie à l'égard des Juifs. Mais enfin ce n'était pas une raison pour exacerber cette antipathie en arborant une étoile à sa veste pour montrer qu'on n'est pas n'importe qui… On est le peuple élu. Et pourquoi j'irais pointer au Vélodrome d'Hiver… Mais qu'est-ce que c'est que ces wagons sans banquettes… et j'irai aux douches si je veux…Quelle suffisance!... Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je n'ai rien contre ces gens-là, bien au contraire. Je suis fier d'être citoyen de ce beau pays de France, où les Juifs courent toujours… Je me méfie des rumeurs, vous savez. Quand on me dit que les Juifs allaient en si grand nombre à Auschwitz c'est parce que c'était gratuit, je pouffe… Et puis d'abord il y a Juifs et Juifs. Oui, il y a deux sortes de Juifs. Il y a le Juif assimilé puis le Juif juif. C'est pas pareil du tout, non. Le Juif assimilé il fait aussi n'importe quand. Etc. »

Deux antisémitismes : l'un proscrit, l'autre prescrit

Bien entendu, Desproges a été bien conscient du risque encouru d'être perçu ou compris au premier degré, c'est-à-dire de passer pour un antisémite, et pas de n'importe quelle forme, la plus instable étant encore aujourd'hui relative à la seconde Guerre mondiale. D'autres formes, qui reprendraient les thèmes plus classiques et anciens des contaminations, épidémies, empoisonnements, ou encore du déicisme, choquaient déjà moins un public non concerné ou interpelé. LIRE L'ARTICLE EN ENTIER SUR : http://vu-sous-cet-angle.over-blog.com

Pierre Desproges
Pierre Desproges

Pierre Desproges

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Yéochoua 05/06/2016 09:26

En effet, pour qui ne prête pas attention, la confusion est aisée. Certains s'insurgent, comme s'il était question de deux poids deux mesures, quand on apprécie Desproges et disqualifie Dieudonné. Les deux semblent dire la même chose, à la différence près que Desproges critiquaient les antijuifs, alors que DIeudonné s'en prend aux Juifs.
Le second aspect de cet article consiste effectivement dans ce troisième degré, quand les Israéliens s'imaginent qu'une supposée attitude hostile de leur part serait la cause de l'antisémitisme de l'autre.