Entretien avec Patrice Franceschi, grand défenseur de la cause kurde par Alexis Feertchak

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Patrice Franceschi : explorateur, écrivain, cinéaste, marin, aviateur...

Patrice Franceschi : explorateur, écrivain, cinéaste, marin, aviateur...

Patrice Franceschi est un écrivain français. Il est également cinéaste, aviateur, marin et officier de réserve. Il a reçu en 2015 le prix Goncourt de la nouvelle pour son livre Première personne au singulier. Militant de la cause kurde depuis près de trente ans, il se rend en Syrie auprès d'eux depuis le début du conflit. Auteur de Mourir pour Kobané(éd. des Equateurs, 2015), il est à l'origine du projet de création d'un Centre culturel français au Rojava, le territoire kurde au Nord de la syrie, aujourd'hui largement autonome, qui combat en première ligne l'État islamique.

Patrice FRANCESCHI. L'énergie des combattants des Unités de protection du peuple (YPG en kurde) et des combattantes des Unités de protection de la femme (YPJ) vient d'une chose relativement simple. Ils savent pertinemment pourquoi ils se battent et acceptent pour cela de souffrir et de mourir. Ils se battent pour leur liberté afin d'en finir avec des siècles d'oppression arabe, ils se battent pour la démocratie, l'égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité et le respect des minorités. Ce sont des points d'incandescence pour les djihadistes! Leur énergie provient aussi d'une jeunesse qui refuse de migrer. Les jeunes Kurdes veulent se battre et s'investissent complètement dans la construction d'un nouvel État qui sera un exemple pour le Moyen-Orient.

Dans un village qui venait d'être libéré autour de Manbij, je voyais des slogans de Daech écrits en arabe: «Nous ne voulons pas de la démocratie des mécréants, ni de leur laïcité maligne, nous voulons vivre sous la gouvernance d'Allah». Les Kurdes à côté avaient écrit: «Je ne migrerai pas, je n'abandonnerai pas mon pays à l'ennemi». Voilà ce qui les motive. Le combat est idéologique. Les Kurdes, c'est la démocratie contre la théocratie, la laïcité contre les religieux, le Code civil contre la charia. Ils mènent une guerre existentielle. [...]

Ce qui m'a frappé, c'est qu'il n'y avait aucun journaliste étranger pendant la bataille de Manbij. Une telle bataille était un enjeu majeur de civilisation en plus d'être un objectif stratégique considérable - la prise d'une ville de 100 000 habitants par encerclement. Ce tournant de la guerre aurait mérité un récit au quotidien. Si les djihadistes avaient gagné, le verrou vers leur capitale, Raqqa, n'aurait pas sauté. Avec la perte de Manbij, ils ont perdu et leur capitale finira par tomber.

Comment les populations arabes sunnites des régions contrôlées par les Kurdes considèrent la création de ce Rojava?

La question nécessite d'abord de connaître l'histoire. Dans les trois cantons historiquement kurdes du Nord de la Syrie, les populations arabes sont parfois extrêmement nombreuses, comme dans la zone de Manbij, mais leur implantation est récente. La politique d'arabisation de Bachar el-Assad et de son père Hafez depuis une cinquantaine d'années a consisté à coloniser les zones kurdes avec des centaines de milliers d'arabes. Le régime de Damas confisquait les terres d'un village kurde et bâtissait en face une colonie arabe. Il faut avoir cette politique de colonisation à l'esprit quand on se demande ce qu'en pensent les arabes du coin. Les colons arabes sont des illégaux qui ont confisqué les terres des Kurdes.

Malgré cela, les Kurdes se refusent à les exproprier en récupérant leurs actes de propriété parce que le respect des minorités fait partie de leur constitution. Ils sont néanmoins bien embarrassés. Dans la population arabe, il y a deux catégories distinctes. D'un côté, il y a ceux qui sont très violemment anti-islamistes et qui ont rejoint depuis longtemps les Kurdes parce que ces derniers sont les seuls capables de les défendre. Les Chrétiens, notamment syriaques, font le même raisonnement. De l'autre côté, il y a ceux qui ne sont pas forcément islamistes, mais qui refusent le fait que les Kurdes, leurs anciens soumis, leurs valets qu'ils méprisaient, puissent gagner et diriger demain un État. Ceci leur est même insupportable.

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Publié dans Kurdes, Syrie, Tikoun Olam

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