La façon dont un pays traite ses soldats en dit long sur sa santé morale, Sonia Mabrouk reçoit Alexandra Laignel-Lavastine

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Sonia Mabrouk : mon invitée ce soir est philosophe, historienne des idées, auteur de nombreux ouvrages et elle vient de publier ce livre : "Pour quoi serions-nous encore prêts à mourir ?" [...] Est-ce qu'on est encore prêt à mourir pour des idéaux ?

Alexandra Laignel-Lavastine : il me semble qu'en cette période d'élections présidentielles, il y aurait une question capitale à se poser peut-être même la seule, qu'est-ce qu'un homme véritablement vivant et debout ? Il me semble que c'est un homme ou une femme qui est capable de se demander pour quoi, pour quelles valeurs il est encore prêt à se battre et le cas échéant à mourir ? Une guerre se gagne d'abord dans les esprits et je suis convaincue que beaucoup de nos compatriotes l'ont compris et donc cette question ne me paraît ni radicale ni martiale, elle me semble minimale d'autant que nous avons affaire à un ennemi qui lui sait pour quoi... [...]

Sonia Mabrouk : qui meurt aujourd'hui pour une idée, pour protéger la nation, le pays, ce sont les soldats qui sont les seuls aujourd'hui, j'en parle parce que je crois que votre fils est parachutiste ?

Alexandra Laignel-Lavastine : mon fils est parachutiste, j'en suis très fière et je connais mieux maintenant ces jeunes gens que je trouve absolument remarquables, d'ailleurs je trouve qu'on a tendance à célébrer tout azimut la France de la diversité mais jamais là où elle se trouve, or parmi les soldats du rang, ils sont tous blacks beurs et de toutes origines, plus français que français bien sûr tous, et cette France-là de la diversité se tient vraiment debout

Sonia Mabrouk : alors ces jeunes gens et votre fils en particulier, qu'est-ce qu'il peut répondre ? 

Alexandra Laignel-Lavastine : oui bien sûr, cette question eux se la posent tous les jours, ils savent parfaitement pour quoi ils seraient éventuellement prêts et je trouve que ce pays honore bien mal ses combattants, c'est à dire qu'on a l'impression que justement  le soldat et les valeurs qu'il incarne, les vertus, l'abnégation, le courage, la capacité aussi à faire abstraction de soi, le dévouement,  tout ça fait que le soldat est un peu devenu l'impensé de notre société, comme s'il était devenu impossible, comme si les vertus dont il est l'expression ne sont plus accessibles à un certain nombre de nos contemporains ou plutôt au petit monde médiatique, intellectuel et politique... la façon dont un pays traite ses soldats en dit long sur sa santé morale...

Sonia Mabrouk dans son émission "On va plus loin" sur Public Sénat

Sonia Mabrouk dans son émission "On va plus loin" sur Public Sénat

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