Mon fils : le Juif est mort, vive le Juif ! Catherine Stora

Publié le

J'ai regardé hier soir sur Arte un film intitulé Mon fils.

 

Il a fallu que je m'accroche, pour regarder jusqu'à la fin, tant le simplisme et le côté partisan du film étaient décourageants. Les premières scènes sont en effet pleines de clichés et d'un parti-pris évidemment très anti-israélien.

Par exemple, le film montre un petit copain juif terrorisé, qui refuse de manger, et qui malgré la gentillesse de la maman arabe qui cherche à lui faire plaisir persiste à refuser le poulet qu'on lui offre : savoir qu'il se trouve dans la maison d'un terroriste (son fils a présenté fièrement son père comme responsable d'un attentat en Israël juste avant le repas du soir, auquel il a convié son camarade) lui coupe manifestement l'appétit. Le jeune acteur qui joue le copain juif est un petit garçon rondouillard, au visage tout à fait quelconque et sa panique est comique... ou en tout cas montrée comme telle. Regardez-moi ce grand poltron de Juif terrorisé par un terroriste, comme il est mort de peur !

La suite est du même tonneau : le jeune Lyad est accepté dans un lycée israélien où bien sûr tous les élèves juifs se moquent de son accent et de ses manières. Il tombe amoureux d'une élève de sa classe, Naomi, qui lui rapporte les propos de sa mère apprenant leur histoire d'amour : "Dis-moi que tu es devenue lesbienne, ou que tu te drogues, dis-moi même que tu as le cancer, mais pas que tu as un petit ami arabe !"

No comment.

L'intransigeance de la famille de son amoureuse, qui interdit à Naomi de remettre les pieds à Jérusalem (où se trouve le lycée) conduit le jeune Lyad, pourtant excellent élève, à cesser de fréquenter les cours, afin de permettre à Naomi de retourner en classe. Furieux de sa décision, son père le jette dehors. Il passe le bac en candidat libre, et, profitant de sa ressemblance avec son ami Jonathan, avec lequel il s'est lié d'amitié et chez  qui il révise, repasse les épreuves, cette fois, en tant que Jonathan, que la maladie cloue à son fauteuil roulant : il réussit brillamment les épreuves, qu'il passe en trichant sur son identité, en présentant la carte de Jonathan au surveillant : l'usurpation d'identité commence.

Profitant de sa ressemblance frappante avec son copain il utilise un soir la carte d'identité de celui-ci pour passer un check-point. Puis il se sert de la même carte d'identité pour s'ouvrir un compte bancaire au nom de Jonathan, chez qui la maladie progresse...

 

En apparence, il s'agit d'un film optimiste sur des rapports possibles entre Juifs et Arabes en Israël : les Arabes sont montrés comme des gens charmants, plein d'humour et d'esprit et donc ce devrait être facile... Si ça ne marche pas, c'est évidemment la faute aux Juifs.

 

En apparence seulement, car en réalité, il s'agit d'un film très pessimiste sur l'identité, le rejet de la différence, le racisme. Il décrit la vie d'un jeune arabe israélien qui ne parvient à s'intégrer en Israël qu'en usurpant l'identité de son camarade de lycée,  Jonathan. Comme si pour un Arabe israélien la seule façon d'exister, de vivre pleinement sa vie, était de...devenir quelqu'un d'autre, d'emprunter l'identité de quelqu'un d'autre. D'un Juif.

 

Le Juif est malade

On ne sait pas grand chose de la maladie de Yonathan : cloué dans un fauteuil roulant dès le début du film, il doit renoncer à la guitare, puis aux filles, aux études... Il n'a pas "choisi d'être paralysé, tout comme Lyad n'a pas choisi d'être arabe"...sic, Yonathan, au début de leur rencontre. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il s'agit d'une maladie génétique, qui aboutit à une sorte de dégénérescence musculaire, laquelle m'a fait penser à cette maladie terrible, la sclérose en plaques. L'issue est fatale, et après avoir été placé sous assistance respiratoire, ne pouvant plus parler mais seulement se faire comprendre par des clignements d'yeux, il est mourant. Accouru au chevet de son ami, il a ce geste de pure compassion, lui mettre le casque pour qu'il puisse écouter un morceau d'un disque qu'il a "ramené de Berlin".

La maladie finit par emporter Jonathan. Ce n'est qu'après la mort de celui-ci que le remplacement devient définitif : c'est son propre nom que Lyad donne à l'employé de l'autorité religieuse islamique qui lui demande le nom du défunt. Un coup de tampon, yalla, et c'est Lyad qui est déclaré mort. Epilogue : on passe à la scène de l'enterrement. Le corps enveloppé du linceul est descendu en terre, tandis que la mère sanglote, réconfortée par Lyad devenu Jonathan, son fils.

 

La morale ? Mieux vaut un fils arabe vivant qu'un fils juif mort.

Une petite remarque en passant : c'est la mère qui, dépassée par la maladie de son fils, propose à Lyad de venir s'installer à la maison. Ceci n'est pas sans rappeler l'installation en 1993 des Arabes en Judée et en Samarie, berceau de notre civilisation, à l'instigation des Juifs eux-mêmes, suite au processus d'Oslo.

 

Ce film n'est finalement rien d'autre que la satisfaction sur le plan symbolique d'une pulsion de mort, la satisfaction du fantasme musulman par excellence, celui de tuer le Juif pour pouvoir, enfin, le remplacer.

En apparence, au niveau du pchatt comme disent les Cabbalistes il s'agit d'un film sur une possible histoire d'amour entre Juifs et Arabes, sur le partage de valeurs positives comme l'amitié et l'entraide. Mais au sens caché, un sens cependant aisément décelable c'est la réalisation sur le plan symbolique de ce fantasme, tuer le Juif pour le remplacer, vivre à sa place : et c'est là que le bât blesse… même le dernier des ânes peut voir qu'en réalité le film n'est pas du tout optimiste, et même, qu'il s'achève sur une impasse en présentant comme unique chance d'intégration pour un jeune Arabe israélien l'emprunt de l'identité juive pour pouvoir enfin vivre libre et accepté. Quant à l'histoire d'amour, elle tombe à l'eau, Naomi, entrée à l'armée, et choisissant d'intégrer une unité de renseignement devant renoncer à fréquenter des minorités...

Le film comporte même un message subliminal : il s'agit d'une logique exclusive, c'est soit l'un, soit l'autre, pas de cohabitation possible, il n'y a pas de place pour deux fils et pour que l'Arabe vive, il faut que le Juif meure. Ce c'est ce qui arrive dans le film : le Juif meurt et il est enterré comme musulman, sans kaddish, tandis que des voix psalmodient la profession de foi musulmane.

 

Les Arabes nous aiment mieux morts

Les Arabes aiment bien les Juifs. Morts.

Ils ont cela en commun avec les Européens, qui aiment bien commémorer la Shoah et pleurer la mort des Juifs. Tout en crachant sur ceux, bien vivants, qui vivent en Israël.

 

Mais, et il faut insister là-dessus, ce film a été conçu et réalisé par un Israélien. A partir du livre d'un autre Israélien, Dancing Arabs.

C'est énorme, cela mérite qu'on le fasse savoir car n'est-il pas inquiétant de constater que le désir de mort, la mort fantasmée et le remplacement du Juif mort par le musulman vivant a été introjectée : ici, le fantasme musulman est devenu fantasme israélien.

Ce meurtre, Ismaël en rêve depuis la naissance d'Isaac : ce film le satisfait sur le plan symbolique, en montrant le remplacement d'un fils par un autre, lequel peut enfin devenir le fils préféré de la mère. Le film accomplit le meurtre d'Isaac, à qui on vole même son nom. Isaac est enfin remplacé dans le cœur de Sarah. Pour une fois, Sarah choisit Ismaël, même si pour cela elle doit enterrer Isaac. Le Juif est mort, vive le Juif.

 

Lyad et Yonathan

 

 

 

Dernière mise à jour : 5/8/17

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