Albert Memmi sur la condition juive en pays arabe

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Cet intervention en anglais, traduite, date de 1975 et me semble terriblement pertinente, 44 ans plus tard, rien n'a changé, l'analyse est plus que jamais d'actualité, je vous invite à découvrir cette reflexion du grand écrivain juif tunisien, Albert Memmi :

Le terme "juifs arabes" n'est évidemment pas bon. Je l'ai adopté pour plus de commodité. Je tiens simplement à souligner qu'en tant que natifs de ces pays appelés arabes et autochtones de ces pays bien avant l'arrivée des Arabes, nous avons partagé avec eux, dans une large mesure, les langues, les traditions et les cultures. Si l'on se fonde sur cette légitimité, et non sur la force et le nombre, alors nous avons les mêmes droits à notre part dans ces terres - ni plus ni moins - que les musulmans arabes. Mais il faut se rappeler en même temps que le terme "arabe" n'est pas adéquat lorsqu'il est appliqué à des populations si diverses, y compris même celles qui se disent arabes.

Le chef d'un État arabe (Muammar Ghadaffi) nous a récemment fait une offre généreuse et originale. "Retournez, nous dit-il, retournez au pays de votre naissance" ! Il semble que cela a impressionné beaucoup de gens qui, emportés par leurs émotions, ont cru le problème résolu. Tant et si bien qu'ils ne comprenaient pas quel était le prix à payer en échange : une fois réinstallés dans nos anciens pays, Israël n'aurait plus aucune raison d'exister. Les autres Juifs, ces "terribles usurpateurs européens", seront également renvoyés "chez eux" pour déblayer les restes des crématoires et reconstruire leurs quartiers ruinés, je suppose. Et s'ils ne choisissent pas d'y retourner de bonne grâce, alors une guerre finale sera menée contre eux. Sur ce point, le chef de l’État a été très franc. Il semble aussi qu'une de ses remarques ait profondément impressionné les personnes présentes : N'êtes-vous pas arabes comme nous,  vous les juifs arabes ?

Quelles belles paroles! Nous leur faisions revivre une nostalgie secrète : oui, en effet, nous étions des Juifs arabes, dans nos habitudes, notre culture, notre musique et notre cuisine. Mais faut-il rester un Juif arabe si, en retour, on doit trembler pour la vie et l'avenir de ses enfants et qu'on nous refuse toujours une existence normale?

Il y a aussi, il est vrai, les chrétiens arabes. Ce qui n'est pas suffisamment connu c'est  le prix honteusement exorbitant qu'ils doivent payer pour le droit de simplement survivre. Nous, nous aurions aimé être juifs arabes.

Si nous en avons abandonné l'idée, c'est parce que, au cours des siècles, les Arabes musulmans ont systématiquement empêché sa réalisation par leur mépris et leur cruauté.

Il est maintenant trop tard pour nous de devenir des Juifs arabes. Comme  les maisons des Juifs en Allemagne et en Pologne, nos maisons ont aussi été détruites et dispersées aux quatre vents, démolies. Objectivement parlant, il n'y a plus de communautés juives dans aucun pays arabe, et vous ne trouverez pas un seul juif arabe qui accepterait de retourner dans son pays natal.

Je dois être plus clair: la vie idyllique tant vantée des Juifs dans les pays arabes est un mythe ! La vérité, puisque je suis obligé d'y revenir, c'est que dès le début nous étions une minorité dans un milieu hostile; En tant que tels, nous avons subi toutes les peurs, les angoisses, le sentiment constant de la fragilité des trop faibles.

Dès mes souvenirs d'enfance avec les récits de mon père, de mes grands-parents, de mes tantes et de mes oncles, la coexistence avec les Arabes n'était pas seulement inconfortable, elle était marquée par des menaces revenant périodiquement.

Nous devons nous souvenir d'un fait très significatif : la situation des Juifs pendant la période coloniale était plus sûre, parce qu'elle était plus légalisée. Cela explique la prudence, l'hésitation entre les différentes options politiques, de la majorité des juifs dans les pays arabes. Je n'ai pas toujours été d'accord avec ces choix, mais on ne peut reprocher aux dirigeants responsables des communautés, cette ambivalence, ils ne faisaient que refléter la crainte innée de leurs coreligionnaires.

Quant à la période précoloniale, la mémoire collective des juifs tunisiens ne laisse aucun doute. Il suffit de citer quelques histoires et récits relatifs à cette période : elle était sombre.

Les communautés juives vivaient dans l'ombre de l'histoire, sous un régime arbitraire et la peur des monarques tout-puissants, ces souverains absolus qu'étaient les sultans, les beys et les deys.

Les Juifs étaient à la merci non seulement du monarque, mais aussi de l'homme de la rue. Mon grand-père portait encore le costume juif obligatoire et discriminatoire, et à son époque, tout Juif pouvait s'attendre à être frappé à la tête par un musulman qui passait. Ce rituel agréable avait un nom : la chteka qui était accompagnée d'une formule sacramentelle que j'ai oubliée. [Note du traducteur, qui se rappelle exactement cette formule en Arabe "Ya yehoudi hédi Shtaqet bouq ou jeddeq". En Français "Toi le juif, cette chteka est celle que recevaient ton père et ton grand père".]

Un orientaliste français m'a répondu une fois lors d'une réunion: "Dans les pays islamiques, les chrétiens n'étaient pas mieux lotis" !  C'est vrai, et alors ?  C'est un argument à double tranchant : il signifie en effet qu'aucun membre d'une minorité n'a vécu dans la paix et la dignité dans les pays à majorité arabe ! Pourtant il y avait une différence marquée tout de même : les Chrétiens étaient, en règle générale, des étrangers et protégés comme tels par leurs pays d'origine. Si un pirate barbare ou un émir voulait asservir un missionnaire, il devait prendre en compte le gouvernement du pays d'origine du missionnaire, peut-être même le Vatican ou l'Ordre des Chevaliers de Malte.

Mais personne ne vint au secours des Juifs, parce que les Juifs étaient des indigènes et donc des victimes de la volonté de leurs "souverains".

Jamais, je le répète, jamais, à l'exception possible de deux ou trois intervalles très précis tels que la période andalouse, et pas même alors, les Juifs vivant dans des pays arabes ne vivaient autrement qu'une situation  d'humilié, de vulnérable et régulièrement maltraité et assassiné. Car ils devaient se rappeler quelle était leur place.

Pendant la période coloniale, la vie des juifs bénéficiait d'une relative sécurité, même parmi les classes les plus pauvres, alors que traditionnellement seuls les riches Juifs, ceux de la partie européenne de la ville, pouvaient vivre raisonnablement bien. Dans ces quartiers, la population était mixte, et les Juifs, français et italiens étaient, en général, moins en contact avec la population arabe. Ils restaient quand même des citoyens de seconde classe, en proie de temps en temps à des éclats de colère populaire que le pouvoir colonial français, anglais ou italien ne réprimait pas toujours sur le moment, par indifférence ou pour des raisons tactiques.

J'ai vécu les alarmes du ghetto: les portes et les fenêtres barricadées rapidement, mon père rentrant chez lui après avoir brusquement fermé son magasin, à cause des rumeurs d'un pogrom imminent. Mes parents stockaient de la nourriture dans l'attente d'un siège, qui ne se matérialisait pas toujours, mais cela donne la mesure de notre angoisse, notre insécurité permanente.

Nous nous sommes sentis abandonnés alors par le monde entier, y compris, hélas, les responsables du protectorat français.

Si ces fonctionnaires ont sciemment exploité ces événements pour des raisons politiques internes, par exemple détourner une éventuelle révolte contre le régime colonial, je n'en ai aucune preuve. Mais c'était certainement le sentiment des Juifs des quartiers pauvres. Mon propre père était convaincu que lorsque les Tireurs Tunisiens étaient partis pour le front pendant la guerre, la population juive avait été livrée entre leurs mains. Tout au moins, nous pensions que les autorités françaises et tunisiennes avaient fermé les yeux sur les déprédations des soldats ou des mécontents qui attaquaient  le ghetto. Comme les carabinieri dans la chanson, la police n'est jamais venue, ou si elle est venue c'est seulement quelques heures après que tout soit fini.

Peu avant la fin de la période coloniale, nous avons subi une épreuve commune à l'Europe : l'occupation allemande.  J'ai décrit dans "La Statue de Sel" comment les autorités françaises nous ont laissés sans scrupule aux mains des Allemands. Mais je dois ajouter que nous baignions dans une population arabe hostile, c'est pourquoi si peu d'entre nous ont pu franchir les lignes et rejoindre les Alliés. Certains ont réussi malgré tout, mais dans la plupart des cas ils ont été dénoncés et pris.

Néanmoins, nous étions enclins à oublier cette terrible période après l'indépendance de la  Tunisie. Il faut reconnaître que peu de Juifs ont pris une part active dans la lutte pour l'indépendance, mais pas moins que la masse des tunisiens non-Juifs. Mais parmi nos intellectuels, y compris les communistes, ils étaient nombreux à jouer un rôle actif dans la lutte pour l'indépendance ; Certains d'entre eux se sont battus dans les rangs du Destour. J'étais moi-même membre du petit groupe qui a fondé le journal "Jeune Afrique" en 1956, peu de temps avant l'indépendance, et que je devais payer chèrement plus tard.
En tout cas, après l'indépendance, la bourgeoisie juive, une partie appréciable de la population juive, croyait pouvoir collaborer avec le nouveau régime et coexister avec la population tunisienne. Nous étions des citoyens tunisiens et avions décidé en toute sincérité de "jouer le jeu". Mais qu'ont fait les Tunisiens ? Tout comme les Marocains et les Algériens, ils ont liquidé leurs communautés juives habilement et intelligemment. Ils ne se sont pas livrés à des brutalités ouvertes comme dans d'autres pays arabes, cela aurait été difficile après les services rendus, l'aide donnée par un grand nombre de nos intellectuels et aussi à cause de l'opinion publique mondiale qui suivait de près les événements de notre Région ; Et également en raison de l'aide américaine dont ils avaient un besoin urgent.

Néanmoins, ils ont étranglé économiquement la population juive. C'était facile avec les commerçants : il suffisait de ne pas renouveler leurs licences, de refuser de leur accorder des permis d'importation et, en même temps, de donner la préférence à leurs concurrents musulmans. Dans la fonction publique, ce n'était pas plus compliqué : les juifs n'étaient pas engagés, ou les anciens fonctionnaires juifs étaient confrontés à des difficultés linguistiques insurmontables, qui étaient rarement imposées aux musulmans. Périodiquement, un ingénieur juif ou un haut fonctionnaire était mis en prison sur des accusations mystérieuses, kafkaïennes, qui paniquaient tout le monde.

Et sans parler de l'impact de la proximité relative du conflit arabo-israélien. A chaque crise, à chaque indident, la foule se mettait en colère, incendiant les boutiques juives. Cela s'est même produit pendant la guerre de Yom Kippour. Le président de la Tunisie, Habib Bourguiba n'a probablement jamais été hostile aux Juifs mais il y avait toujours eu ce "retard" notoire, la police n'arrivant sur les lieux qu'après les pillages et incendies. Est-il étonnant que l'exode vers la France et Israël ait continué et même augmenté ?

J'ai moi-même quitté la Tunisie pour des raisons professionnelles, certes, parce que je voulais    retourner dans un cercle littéraire, mais aussi parce que je n'aurais pas pu vivre plus longtemps dans cette atmosphère de discrimination masquée et souvent ouverte.

Il ne s'agit pas de regretter la position de justice historique que nous avons adoptée en faveur des peuples arabes. Je ne regrette rien, ni d'avoir écrit Le Colonisateur et le Colonisé ni mes applaudissements pour l'indépendance des peuples du Maghreb. J'ai continué à défendre les Arabes même en Europe, dans d'innombrables activités, communications, signatures, manifestes. Il faut dire sans équivoque, une fois pour toutes : nous avons défendu les Arabes parce qu'ils étaient opprimés. Mais il y a maintenant des États arabes indépendants, avec des politiques étrangères, des classes sociales, avec des riches et des pauvres. Et s'ils ne sont plus opprimés, s'ils sont à leur tour oppresseurs ou possèdent des régimes politiques injustes, je ne vois pas pourquoi ils ne devraient pas être appelés à rendre des comptes. D'ailleurs, à la différence de la plupart des gens, je n'ai jamais voulu croire (comme le répètent les libéraux naïvement et les communistes habilement) qu'après l'indépendance, il n'y aurait plus de problèmes, que nos pays deviendraient des États laïques où les Européens, les Juifs et les musulmans coexisteraient avec bonheur.

Je savais même qu'il n'y aurait pas beaucoup de place pour nous dans le pays après l'indépendance. Les jeunes nations sont très exclusives; Et de toute façon, les constitutions arabes sont incompatibles avec une idéologie laïque. Et cela, d'ailleurs, a été souligné récemment par le colonel Qadhafi. Il a seulement dit à haute voix ce que les autres pensent à voix basse. J'étais également conscient du problème des "petits" Européens, les Blancs pauvres ; Mais je pensais que tout cela était la fin inévitable d'une situation condamnée par l'histoire. Je pensais, malgré tout, que ce combat en valait la peine. Après tout, nous n'avions jamais occupé une place importante ; Il aurait suffi qu'ils nous permettent de vivre en paix. C'était un drame historique, pas une tragédie ; Des solutions modestes auraient pu exister pour nous. Mais même cela n'était pas possible. Nous avons été tous obligés de partir, chacun à son tour.

J'arrivai donc en France et me trouvai confronté à la légende qui régnait dans les salons parisiens de gauche : les Juifs avaient toujours vécu en parfaite harmonie avec les Arabes. J'ai été presque félicité d'être né dans un pays où la discrimination raciale et la xénophobie étaient inconnues. Ça m'a fait rire. J'ai entendu tant de bêtises sur l'Afrique du Nord par des personnes avec des bonnes intentions que, honnêtement, je n'ai pas du tout réagi.

Ces bavardages ne commencèrent à m'inquiéter que quand ils devinrent un argument politique, c'est-à-dire après 1967. Les Arabes se décidèrent alors à utiliser cette parodie de vérité, tombée dans des oreilles amicales lorsque les réactions à la victoire d'Israël ont commencé.

Il est temps de dénoncer ce mensonge. Pour expliquer le succès de ce mythe, je vais énumérer cinq facteurs convergents.

Le premier est le produit de la propagande arabe: "Les Arabes n'ont jamais fait de mal aux Juifs, alors pourquoi les Juifs viennent-ils les dépouiller de leurs terres, alors que la responsabilité du malheur juif est tout à fait européenne? Toute la responsabilité de la crise du Moyen-Orient est celle des juifs d'Europe : les juifs arabes n'ont jamais voulu créer un pays séparé et ils éprouvent confiance et amitié envers les Arabes musulmans. C'est un double mensonge : les Juifs arabes sont beaucoup plus méfiants vis-à-vis des musulmans que les Juifs européens et ils ont rêvé de la Terre d'Israël depuis bien avant les Juifs russes et polonais.

Le second argument découle des cogitations d'une partie de la gauche européenne: les Arabes étaient opprimés, ils ne pouvaient donc pas être antisémites. C'est ridiculement manichéen, comme si on ne pouvait être opprimé et aussi être raciste ! Comme si les travailleurs ne pouvaient pas être xénophobes! En fait, l'argument n'est pas convaincant : le véritable objectif était de pouvoir, avec la conscience tranquille combattre le sionisme et ainsi servir l'Union soviétique.

Le troisième argument est le fait des historiens contemporains, parmi lesquels, curieusement, certains juifs occidentaux. Après avoir subi l'horrible massacre nazi, ils ne pouvaient pas imaginer une chose semblable se passant ailleurs.

Et pourtant, si l'on excepte les massacres du XXe siècle (comme les pogroms en Russie, Kichinev etc. puis plus tard les assassinats par Staline et les crématoires nazis), le nombre total de victimes juives de pogroms chrétiens au cours des siècles ne dépasse probablement pas le nombre total des victimes des plus petits ou plus grands pogroms périodiques perpétrés dans les pays arabes sous l'Islam au cours du dernier millénaire.

Jusqu'à présent, l'histoire juive a été écrite par les juifs occidentaux; Il n'y a pas eu d'historien juif oriental. C'est pourquoi seuls les aspects "occidentaux" de la souffrance juive sont largement connus. On se souvient de la distinction absurde tracée par Jules Isaac, habituellement mieux inspiré, entre l'antisémitisme "vrai" et "faux", le "vrai" antisémitisme étant le résultat du christianisme. La vérité est que ce n'est pas seulement le christianisme qui a créé l'antisémitisme mais le fait que les juifs appartenaient à une minorité que ce soit dans la chrétienté ou dans l'islam. En faisant de l'antisémitisme une création chrétienne, Isaac, je regrette de le dire, a minimisé la tragédie des Juifs des pays arabes et a contribué à entretenir une confusion.

Le quatrième facteur est que de nombreux Israéliens, troublés par la question de la coexistence avec leurs voisins arabes, souhaitent croire qu'elle a existé dans le passé ; Autrement l'entreprise sioniste pourrait sombrer dans le désespoir ! Mais pour survivre, il serait beaucoup plus sage d'avoir une vue claire de l'environnement réel.

Le cinquième et dernier facteur est notre propre complicité, notre complaisance plus ou moins inconsciente à nous, Juifs des pays arabes, les déracinés qui ont tendance à embellir le passé, qui dans notre désir de notre Orient natal minimisent ou effacent complètement le souvenir des persécutions. Dans nos souvenirs, dans notre imagination, c'était une vie tout à fait merveilleuse, même si nos propres journaux de cette période attestent le contraire.

Comme je voudrais que tout cela fût vrai, que nous ayions joui d'une existence singulière par rapport à la condition juive habituelle ! Malheureusement, c'est un énorme mensonge : les juifs vivaient lamentablement en terre arabe.

L'État d'Israël n'est pas le résultat seulement des souffrances des juifs européens.

Il est évidemment possible, contrairement à la pensée d'une partie de la Gauche européenne, de se libérer de l'oppression et à son tour devenir un oppresseur envers, par exemple, ses propres minorités. En effet, cela arrive très souvent avec de nombreuses nations nouvelles.
 
Et maintenant ?

Maintenant, il ne s'agit plus de retourner dans un pays arabe, comme on nous le demande si mal. Une telle idée serait grotesque pour tous les Juifs qui ont du fuir leurs foyers, les potences irakienne, les viols, sodomie des prisons égyptiennes, l'aliénation politique et culturelle et la suffocation économique des pays les plus modérés. L'attitude des Arabes envers nous ne me paraît guère différente de ce qu'elle a toujours été.

Les Arabes dans le passé ne faisaient que tolérer l'existence de minorités juives, pas plus. Ils ne se sont pas encore remis du choc de voir leurs anciens "protégés" (dhimmis) relever la tête, en essayant même d'obtenir leur indépendance nationale! Ils ne connaissent qu'une réplique : ils  veulent détruire Israël. Ils ont placé de grands espoirs sur le sommet d'Alger. Que demandait cette réunion ? Deux points qui sont un leitmotiv : le retour de tous les territoires occupés par Israël et le rétablissement des "droits nationaux légitimes des Palestiniens". La première dispute peut encore créer une illusion, mais pas la seconde. Qu'est-ce que ça signifie ? Le retour des Palestiniens à Haïfa ou Jaffa ? En d'autres termes, la fin d'Israël ! Et sinon, si ce n'est qu'une question de partage, pourquoi ne le disent-ils pas ? Mais les Palestiniens n'ont jamais cessé de revendiquer l'ensemble de la région et leurs sommets successifs ne changent rien. Le sommet d'Alger est lié à celui de Khartoum (les 3 nons de 1967), il n'y a pas de différence fondamentale.

Même aujourd'hui, la position officielle arabe, implicite ou avouée, brutale ou tactique, n'est qu'une perpétuation de cet antisémitisme que nous avons connu.

Aujourd'hui, comme hier, notre vie est en jeu.

Mais il arrivera un jour où les Arabes musulmans devront admettre que nous, les "juifs arabes" aussi, si c'est ainsi qu'ils veulent nous appeler  avons le droit à l'existence et à la dignité.
 
Source: Comité académique israélien sur le Moyen-Orient, février 1975. Traduction de l'Anglais par Avraham Bar-Shay (Ben-Attia) avec quelques corrections par ©
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Commenter cet article

Assi Jean Marie Yves 28/02/2019 01:01

Je veux lire la Bible des Juiphes

Yéochoua Sultan 18/10/2018 14:42

Très enrichissant. Je ne connaissais pas cet article. Je pensais que Memmi était bêtement gauchiste, mais en réalité, il l'est intelligemment.

danilette's 18/10/2018 21:46

Moi aussi j'ai découvert ! Cela serait intéressant de savoir ce qu'il pense aujourd'hui.

Yéochoua Sultan 18/10/2018 14:39

Je disais dans un article titré "la désinformation dans les manuels scolaires" publié en 2009 et encore en ligne sur Juif.org:
On objectera qu'en Iran, la population n'est pas arabe mais perse. Ce qui est flagrant, c'es que les mêmes personnes bien pensantes, pour qui il apparaît comme évident que les différences de particularités entre toutes ces régions justifient l'existence de plusieurs pays indépendants les uns des autres, n'appliqueront pas leur raisonnement aux caractéristiques ethnoculturelles qui peuvent distinguer également les Juifs d'un endroit à un autre. La rigueur rationnelle et droite aurait dû exiger la création d'Etats juifs à la frontière de chaque Etat musulman. Un Etat iranien juif, un Etat irakien juif, un Etat syrien juif, et, en considérant des régions plus à l'Ouest, un Etat tunisien juif, etc. auraient dû voir le jour aux portes de chacun des Etats musulmans. Le monde n'est-il pas en train de s'acharner pour que les Juifs cèdent une partie des dix pour cent restants de la Palestine pour y voir un Etat palestinien musulman de plus ? En ce qui concerne l'Arabie, le problème se pose différemment en raison du génocide précité.

BANNER Frank 16/10/2018 03:46

Excellent article, n'étant pas juif arabe ni même séfarade, je suis ashkénaze, j'ai tout appris d'une page du judaïsme magrébin que je ne connaissais pas. Je vais maintenant me renseigner d'avantage sur ces communautés séfarades que je connais si mal. Merci encore de m'avoir ouvert l'esprit.
Josué (Frank).