L'affaire al-Dura, 20 ans plus tard, Catherine Stora

Publié le par danilette's

Je me souviens, ça commençait comme une Histoire extraordinaire de Pierre Bellemare... La voix était grave, chaude, avec des inflexions onctueuses, et celui auquel elle appartenait savait ménager le suspense : " Il est trois heures, cet après-midi au carrefour de Netsarim…'' Voilà le décor planté. On sent une menace imprécise planer lourdement dans l'air… Il est bientôt question d'Israéliens ayant ''tiré à balles réelles'', et d'un enfant qui ne bouge plus… Diable... - L'enfant est mort, conclut la voix grave d'un ton soucieux. C'est une voix-off commentant les images filmées d'un père réfugié derrière un baril de béton avec son fils, un enfant de douze ans nous dit-on, qui se cache derrière le dos de son père, et qui semble terrifié. Il crie, il pleure et il s'écroule à la fin de la séquence filmée. Mais la voix que l'on entend n'est pas celle de Pierre Bellemare narrant quelque fait divers horrible survenu dans un petit village de la France profonde, non, c'est celle de Charles Enderlin, correspondant permanent pour France 2. Il commente, il explique ce qu'il y a à voir. Mais il ne se trouve pas sur les lieux au moment du drame. Il est à Ramallah. C'est son caméraman qui lui a fourni ces images d'une scène de guerre, tournée à Gaza. En réalité une scène jouée, comme le montrera dès 2003 le regretté Gérard Huber, écrivain et psychanalyste, dans son ouvrage Contre-expertise d'une Mise en Scène.

D'ailleurs, personne n'en a voulu, de cette scène de guerre. C'était tellement énorme... Alors, après avoir fait le tour de toutes les rédactions, y compris celle de CNN, sans succès, Charles Enderlin finit par les proposer à France 2… qui les accepte ! Et les diffuse aux Journal de 20h. Je ne reviendrai pas sur les faits, qui sont connus, ni sur l'enquête, longue et minutieuse… ni sur la bataille judiciaire qui opposa Philippe Karsenty à Charles Enderlin jusqu'en 2013. Ils sont été suffisamment exposés par le documentaire allemand très complet et minutieux d'Esther Shapira - qui n'est pas juive, comme elle tient à le préciser- et par un fleuve d'articles et de livres consacrés à l'Affaire al-Dura. Je veux seulement dire qu'il me semble c'est à partir de la diffusion de ces images que la situation a commencé à sérieusement se dégrader, je crois, pour les Juifs de France. Cette affaire al Dura a changé ma vie. J'ai quitté la France quelques mois plus tard, définitivement. J'ai compris confusément mais immédiatement que rien ne serait jamais plus comme avant, qu'il y aurait un avant et un après… J'ai su que, cette fois, quelque chose avait été atteint, irrémédiablement. L'honneur de l'armée israélienne ? Des journalistes de France 2? Des journalistes tout court, et d'un en particulier. Ils avaient commis un ''crime médiatique presque parfait''. L'expression est de Luc Rosensweig, ancien directeur du journal Le Monde... Comme c'est loin, déjà... Dire qu'aujourd'hui 30 septembre 2020, je vis en Israël. Il y a 20 ans, j'habitais Paris, près de la mairie du XVIIIème. Je me souviens que l'homme avec lequel je vivais à l'époque m'avait accueillie le soir de ce fameux 30 septembre avec un ''Tu ne sais pas ce qu'ils ont fait, tes amis…?'' tout en allumant la télé pour que je voie de mes propres yeux ce que lesdits amis avaient été capables de faire… Je me rappelle aussi que les gens, autour de moi, amis, collègues, disaient en évoquant cette sombre affaire que c'était ''mon armée'' qui avait commis ce carnage. Je suis française, ce n'est pas mon armée mais l'armée israélienne, tentais-je de rectifier. Peine perdue, j'étais juive, donc sioniste et donc je soutenais Israël : c'était mon armée. CQFD. Au début on a tous cru que c'était vrai, que des soldats de l'armée israélienne étaient capables d'avoir visé intentionnellement des civils innocents… Puisque c'était la télévision qui le disait ! Enfin, France 2 le disait, par la voix de Charles Enderlin accusant explicitement les soldats d'avoir visé le père et l'enfant et d'avoir tué ce dernier… Mais enfin, faut-il qu'ils aient été mauvais tireurs ces soldats, pour s'obstiner sur une cible fixe pendant trois quarts d'heure, non ? Les Israéliens ne sont pas connus comme des gens coutumiers de ce genre de choses, comme rater un éléphant dans un couloir.

Philippe Karsenty s'est mis à faire des tournées de conférences dans le monde entier avec un powerpoint et j'ai assisté à l'une de ses conférences en Israël, en 2011. Il relevait de nombreuses incohérences, et à la fin, l'enfant qui était censé être mort levait le coude en regardant le caméraman…sur les rushes récupérés suite au procès. Et puis, chose curieuse, la victime mourait sans qu'une seule goutte de sang n'ait été relevée après le carnage… Bizarre aussi, ça, non ? A la fin de chacune de ses démonstrations magistrales (je suis allée l'écouter plusieurs fois) j'étais convaincue, moi et tout l'auditoire, qu'il s'agissait évidemment de scènes jouées et d'une tricherie évidente, à des fins de manipulation. C'est l'armée israélienne qui a semé la confusion en présentant tout d'abord ses excuses pour la mort de Mohamed al-Dura; il faut dire cette mort avait provoqué instantanément une émotion considérable dans le monde arabe, et qu'il s'agissait de calmer le jeu. C'est peu de dire que ces excuses furent contre-productives.

Deux jours avant, il y avait eu cette visite de Sharon, sur cet endroit que les journalistes français persistent à appeler Esplanade des mosquées et qui est en réalité le Mont du temple. Surtout à France 2, Télé 5 mondes, Arte et France Inter… En fait à peu près tout le monde feint d'ignorer qu'à l'origine c'est le Mont du Temple, et que donc c'est sur l'endroit le plus sacré pour les Juifs que Sharon, qui était Premier ministre à l'époque, s'est pointé, ce 28 septembre 2000. On a coutume de faire remonter la vague d'attentats terroristes aveugles contre les civils israéliens appelée "Deuxième Intifada" à la visite de Sharon sur le Mont du Temple. Mais la mort supposée du petit Mohamed provoqua une émotion intense dans le monde arabo-musulman, laquelle se manifesta par une série de mises à mort, celle horrible et révoltante, quelques jours plus tard, de deux jeunes réservistes égarés à Ramallah et qui furent mis en pièces sous les vivats enthousiastes de la foule arabe… Ou comme celle du journaliste Daniel Pearl, décapité au Pakistan devant un portrait du ''petit Mohamed''. La Tunisie sortit un timbre à l'effigie de ce petit Mohamed, des places des rues des avenues des écoles des monuments furent nommés en son honneur, partout dans le monde, il était la victime musulmane sacrifiée par les méchants sionistes colonisateurs, il devenait post mortem le héros du monde musulman, l'enfant-martyr de la cause palestiniaise.

Le monde criait vengeance. La seconde intifada fit des milliers de morts et de blessés en Israël et dans le monde entier. En 2012, un professeur était abattu avec ses deux jeunes fils dans une école à Toulouse par un tueur fou, venu à scooter ''venger les enfants palestiniens''… La petite Myriam Monsonégo, huit ans, était saisie par sa queue de cheval tandis qu'elle courait dans le préau pour chercher son cartable, et était tuée à bout portant sous les yeux de son père, le directeur de l'école Otsar Hatora. Et tout ça pour une "fake niews" comme on dit maintenant. Des images montées par un caméraman palestinien qui entendait faire œuvre utile et fabriqua une arme de propagande, comme il le reconnut d'ailleurs lui-même. Cette fabrication prit corps grâce à un commentaire, grâce à la voix d'un conteur atteint d'une telle haine de soi juive et d'Israël qu'il ne recula pas devant l'énormité, plus c'est gros plus ça passe comme dit l'autre. Charles Enderlin, en diffusant ces images, mais surtout, en les commentant, ne faisait pas son travail de journaliste, il faisait œuvre de faussaire. En livrant sa version des faits, c'est à dire, en l'imposant, "l'enfant est mort" il a manipulé son auditoire. Mais comme ce n'était pas sur une scène de music-hall mais dans un journal télévisé, la portée et les dégâts ont été immenses. Pourquoi l'armée israélienne ne se rétracta-t-elle, après avoir mené sa propre enquête, que 13 ans plus tard ? Pourquoi avoir gardé le silence pendant si longtemps, voilà qui est difficile à concevoir. Mais évidemment Israël va de l'avant et n'a sans doute pas jugé utile de revenir sur cette vieille et triste histoire donnée en pâture à tous les antisémites de la planète ! Le mensonge était énorme mais il fût bel et bien gobé. Plus c'est gros, plus ça passe… Et c'est toujours valable aujourd'hui… Le mensonge, au sujet de l'épidémie de Corona, baptisée au départ " pandémie" est énorme; la manipulation médiatique est, certes, criante ! Mais nous sommes pris, une fois encore, en otage par la caste des journalistes dont Serge Halimi dit dans Les Nouveaux Chiens de Garde qu'il ''préfèrent déjeuner avec les décideurs''… Il nous expliquait en 1997, soit trois ans avant les faits dont nous parlons, dans ce petit livre d'une centaine de pages, que ''les médias sont de plus en plus présents et les journalistes de plus en plus dociles.'' (p102) Il nous montre, exemples à l'appui, comment les journalistes sont devenus les alliés objectifs du pouvoir. Ces jours-ci, je le relis. Il est passionnant. En fait cette vidéo qui tourna en boucle et ralluma le vieil incendie de la haine anti-juive donna à voir un spectacle insoutenable, la mise à mort de l'innocence personnifiée, l'enfant arabe, par le Mal absolu, les soldats israéliens. Il pourrait venir aujourd'hui d'un portable... Le spectacle est partout, disait l'écrivain-prophète Guy Debord dans son petit livre La Société du Spectacle il y a plus de cinquante ans. Il s'y livre à une critique radicale des médias. En 221 petits paragraphes aphoristiques, il porte un diagnostic implacable et sans appel sur ce qu'il appelle la marchandisation et sur nos sociétés malades du spectacle, peste moderne et omniprésente. On peut dire qu'en ce 30 septembre 2000, le spectacle atteignit l'apogée de sa puissance maléfique… Ce que cette affaire nous a appris finalement c'est que c'est par haine d'Israël et des Juifs que France 2 avait sciemment choisi de montrer ces images, cette scène jouée. Non pour révéler des faits, pour informer, mais par idéologie anti-israélienne, et surtout, que l'on voit ce qu'on croit, et non l'inverse. Que les journalistes sont une caste et qu'ils se soutiennent les uns les autres, comme les membres d'une confrérie ou d'une secte. Et qu'ils sont aux ordres du pouvoir: d'ailleurs ils touchent de plus en plus de subventions étatiques, pour compenser la perte de leur lectorat, car le public les boude et c'est bien normal ! J'ai compris pour ma part jusqu'où ces journalistes ou prétendus tels sont allés pour un scoop, on dit aujourd'hui pour ''faire le buzz''… Ces gens n'ont pas hésité à diffuser somme toute de la pornographie avec ces images de la mort d'un enfant; le succès ayant dépassé les espérances de ceux qui avaient conçu et diffusé cette mise en scène, ils ont alors recommencé avec la photo de l'enfant syrien mort sur la plage en septembre 2015, qui a ''ému le monde entier''. France 2 est décidément de tous les bons coups, après le reportage bidon sur la vraie-fausse mort de l'enfant tué au carrefour de Netsarim le 30 septembre 2000, ils ont tourné en février 2016 un autre sujet sur un autre enfant mort… Un enfant, ce petit enfant syrien allongé sur une plage et qui semblait dormir… Ce petit enfant mort noyé est devenu un symbole, celui du "drame des migrants"; elle a servi à nous attendrir, nous et ''ceux qui ont les cœurs les plus durs'' déclare le père de l'enfant-martyr, (commentaire de France 2) en clair ceux qui rechignent à recevoir les bateaux de migrants et demandent un encadrement plus ferme de l'immigration. On se retrouve avec cette photo dans de la fabrication, de la production industrielle de compassion.

Cette histoire de reportage bidonné faisant le tour de la planète m'avait collé la nausée à l'époque. 20 ans plus tard, c'est dur d'avoir à réaliser à quel point nous sommes devenus sensibles aux images, si facilement manipulables, et que l'écrit, réduit à une "légende" en dessous des photos, dans le journal, a perdu son statut dominant au profit de ces dernières. Que les gens lisent de moins en moins, leur cerveau étant continuellement noyé sous un flot ininterrompu de photos et de vidéos. Grâce à cette manipulation médiatique, j'ai réalisé qu'il y a un discours officiel servi par les journalistes, et qu'il est absolument interdit de le remettre en question. La télé le dit, donc c'est vrai. Ne pas croire ce que dit la télé c'est de l'hérésie, c'est comme de critiquer les vaccins, c'est interdit, c'est sacrilège... Impossible de mettre en cause le dogme vaccinal. Les gens y croient dur comme fer. Et Pasteur, bien qu'escroc notoire, est indéboulonnable. D'ailleurs la course au vaccin est lancée et rien ne doit l'arrêter, rien, et surtout pas un remède ! C'est ainsi que le journal scientifique de référence, The Lancet, s'est lui-même et pour longtemps décrédibilisé en publiant cet été une fausse étude contre un vieux médicament, l'hydroxy-chloroquine, laquelle a fait ses preuves depuis 70 ans, administrée comme antipaludique un peu partout sur la planète. Autrement dit, une tentative de manipulation. Se prévalant de cette "étude" produite par des chercheurs soudoyés par l'industrie pharmaceutique, le Ministère de la santé a interdit ce traitement en France. Aussi en Israël. Du moins, en ce qui concerne les Koupot holim. Nous voilà en route vers un autre scandale médical et médiatique…

Mettre en cause la version officielle servie par les médias vous vaut invariablement d'être traité de complotiste. Et si l'on vous dit par exemple que l'incendie de la cathédrale Notre-Dame est un accident, thèse du pouvoir relayée par les médias, on doit le croire. S'interroger sur le fait somme toute étonnant que deux heures après l'incident, l'hypothèse d'un incendie criminel était a priori écartée par l'ensemble de la presse écrite et audiovisuelle, cela fait de vous un complotiste. On doit croire la seule version des journalistes qui couvrent l'événement, il est interdit de penser par soi-même et de contester le narratif des journalistes. De même, concernant le virus, seuls les médecins ont le droit d'avoir ou d'émettre une opinion. Se demander si l'épidémie de corona ne serait pas une technique de détournement d'attention, une tentative du pouvoir pour camoufler une crise économique profonde et globale, qui dure depuis longtemps, en crise sanitaire offrant commodément l'avantage d'inverser cause et conséquence, la crise économique devenant une conséquence de l'épidémie, c'est forcément du complotisme. Mais les médecins commencent à parler, à expliquer que le virus n'est plus aussi dangereux qu'au début et même que, comparé à la grippe, il a fait peu de morts. Que les mesures prises pour endiguer l'épidémie sont disproportionnées et inefficaces. Qu'il n'y a pas lieu d'affoler ainsi les gens… Les lanceurs d'alerte expliquent que c'est pour être sûres d'écouler les doses de vaccin que les autorités sanitaires, acoquinées avec les labos pharmaceutiques, ont décrété les mesures autoritaires auxquelles nous sommes soumis, confinement-fermetures des lieux publics-fermetures des écoles-interdictions diverses et port du masque obligatoire partout, sous peine d'amendes et d'arrestations. Il est devenu pour moi évident que les médias entretiennent quotidiennement la peur dans les esprits à grands renforts de bombardements de chiffres et d'effets d'annonces. Que la panique est rationnellement organisée.

Car évidemment la peur fait vendre, et la peur de se noyer fera s'accrocher un naufragé à n'importe quelle planche de bois pourrie, à n'importe quelle bouée trouée : il sera prêt à payer pour avoir le droit de s'y cramponner.

Mais si je dis que le port du masque est ridicule, absurde, et contre-productif, alors je fais évidemment partie des complotistes dont la parole est, d'entrée, disqualifiée. C'est pourtant mon sentiment et celui de bien des gens. Nous ne sommes pas médecins mais nous savons la taille d'un virus, beaucoup plus petite que celle d'une bactérie. Le masque chirurgical protège sans doute des microbes, dans le cadre d'une intervention chirurgicale, mais sûrement pas d'un virus ; prétendre l'imposer en tous lieux aux populations constitue évidemment un abus de pouvoir flagrant : la vie quotidienne n'est pas un champ opératoire. Mais, comme dans l'Affaire al-Dura, il y a une version des faits qu'il est interdit de mettre en doute. Et cette version officielle est que le masque protège des virus. La vérité bien que connue, révélée, mise en lumière, ne passe toujours pas. Et, en janvier 2014, après un deuxième appel et de multiples pourvois en cassation, Philippe Karsenty a perdu. Je n'ai jamais compris la décision de justice qui a été rendue. La télévision publique d'état, payée par les impôts des Français, a diffusé un faux reportage qui n'était qu'un blood libel, qu'une énième accusation de crime rituel envers les Juifs, elle a répandu des calomnies et des mensonges, mais c'est Karsenty qu'on a attaqué et condamné pour diffamation…

C'est à lui que je pense aujourd'hui, 20 ans après le début de l'Affaire al-Dura, aussi à Emile Zola, mort un 29 septembre, asphyxié par sa propre cheminée… il y aura toujours des gens pour se dresser contre les abus, l'injustice, et les mensonges. Pour tenter de nous ouvrir les yeux sur la vérité, de toutes leurs forces. Au péril de leur vie parfois. Mais la tâche devient de plus en plus difficile à cause de la généralisation - j'allais écrire de la banalisation - du mensonge et de la corruption. Médecins, juges, journalistes, tous sont devenus les alliés objectifs du pouvoir et ceux qui s'obstinent à trouver la vérité et à la dire s'exposent aux pires ennuis. Mais n'avons-nous pas, aujourd'hui plus que jamais, besoin d'eux ?

Beersheva, 30 septembre 2020

 

Timbre tunisien, le journaliste Daniel Pearl Timbre tunisien, le journaliste Daniel Pearl

Timbre tunisien, le journaliste Daniel Pearl

Dernière mise à jour : 7/10/20 19h30

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Hélène 07/10/2020 14:18

Merci pour cet article admirable ! Puisse, un jour, la Vérité éclater !