Pogrom anti-juif dans l'Etat d'Israël, Shmuel Trigano

Publié le par danilette's

Ce que j'ai vu à la télévision israélienne ces deux derniers jours ne me quitte pas un instant. Jamais je n'aurais cru que je verrai un pogrom anti-juif se produire dans l'État d'Israël souverain, dans le pays créé par le sionisme. Jamais je n'aurais pensé être envahi d'une angoisse archaïque, celle dont nous avons hérité de nos ancêtres dans les pays arabes, celle qui a étreint physiquement et moralement l'adolescent que j'étais en Algérie quand l'État français a abandonné un million de ses citoyens à la tourbe lyncheuse qui s'apprêtait à les assaillir, une menace si puissante et un abandon du pouvoir si grand que cette énorme population s'est volatilisée en une quinzaine de jours, en une sorte de foudroyant nettoyage ethnique laissant derrière elle les cent vingt mille Harkis et des milliers de Français promis à une mort certaine, et dont le sort fut scellé réellement au lendemain du jour fatidique de l'Indépendance...

Source de l'article : https://www.lefigaro.fr/vox/monde/violences-contre-des-juifs-en-israel-il-n-y-a-rien-de-pire-que-ce-sentiment-d-abandon-20210514

En entendant en direct à la télévision les témoignages des habitants juifs de Lod, j'ai cru revivre ces deux jours funestes de fuite éperdue qui ont détruit ma vie d'avant. Des «petites» choses qui émanent des témoignages de Lod me plongent dans des souvenirs charnels : la voisine qui indique aux émeutiers, en quête de destruction, l'adresse de ses voisins juifs; le voisin qui dit à une locataire juive que ce soir verra sa fin, autant de comportements vécus il y a 60 ans.

Dans toutes les villes où la population est mixte, des scènes semblables de violence anti-juive se sont produites: Lod, en premier, Yafo, Akko, Haifa, Ramleh, Jérusalem et jusqu'au Negev où les Bédouins ont détruit un grand nombre de lampadaires sur une route d'accès à la ville d'Arad faisant obstacle à toute circulation sous une pluie de pierres.

À Lod, les dégâts sont considérables: un grand nombre de voitures, un musée, des magasins, le mobilier urbain ont été incendiés, autant de stations dans le parcours systématique de la ville par des groupuscules d'émeutiers en quête de Juifs à attaquer et de maisons à brûler. Des scènes de fin des temps nous montrent un quarteron de policiers exfiltrer des familles juives entières qui n'ont pu emporter de chez elles que le strict nécessaire, pour fuir avant d'être attaquées, voire tuées, laissant leur appartement à l'encan pour le retrouver saccagé à leur retour; scènes de Juifs emportant leur Sifre Torah pour qu'ils ne soient pas brûlés comme le sera leur synagogue.

Et pire que tout, la police qu'on appelle et qui ne répond pas et ne vient pas malgré les appels répétés. On a pu entendre en direct le poignant appel au secours du maire de Lod à la police, à l'armée. Sans réponse. Il n'y a rien de pire que ce sentiment d'abandon, cette exposition à une mort possible qu'on attend sans ne pouvoir rien faire. Ce sentiment ne m'a jamais quitté depuis l'exode d'Algérie. Et voir tout cela aujourd'hui ravive une expérience vécue dans ma chair.

C'est une guerre de religion qui se mène: trois synagogues, un Beit Midrach incendiés, le mufti de la mosquée encourageant les émeutiers à partir à l'assaut des Juifs, le cimetière juif de Ramleh incendié.... Les Juifs sont clairement attaqués au cri de guerre du djihad: «Khyber O Juifs, l'armée de Mohamad est de retour», «Allah Akar», «Nous rédimerons la mosquée El Aqsa»...

Tout avait commencé quelques jours auparavant. Des Juifs étaient alors agressés et battus par des Arabes: un rabbin à Jaffa, un jeune enfant ultraorthodoxe dans le tramway de Jérusalem (dont le film a fait le tour des réseaux sociaux ), des passants juifs agressés en se rendant au Mur dans la vieille ville, sans raison, si ce n'est qu'ils avaient des signes les identifiant comme Juifs. Les gens qui ont vécu dans les pays arabes savent que le Ramadan est un mois dangereux pour les non-musulmans, durant lequel ils étaient souvent victimes de violences, sinon plus. Mais que la situation des pays arabes d'antan se reproduise dans l'État d'Israël, cela restait pour moi inimaginable. Si les drapeaux palestiniens de l'OLP flottaient parmi la foule lyncheuse des manifestants arabes israéliens, au moment même ou le pays dont ils sont les citoyens égaux, est attaqué par l'ennemi, le facteur djihadique de leur violence reste décisif. Tout est parti en effet de Jérusalem où le Hamas a voulu s'illustrer pour emporter l'adhésion des masses au moment même où le chef de l'Autorité palestinienne (du Fatakh et pas du Hamas) annulait une énième fois les élections, en provoquant des émeutes et en faisant courir le bruit que «les Juifs profanent El Aqsa», «mettent le feu à El Aksa» ou «vont monter sur l'esplanade des mosquées», des mensonges très classiques - qui ont toujours enflammé les émeutes à Jérusalem. Il n'en fallait pas plus pour provoquer l'embrasement attisé par les autorités religieuses, le Mufti, les députés arabes de la Knesset et les islamistes israéliens. En revanche, aucun appel au calme des instances musulmanes israéliennes, ni des députés des listes arabe et islamique. Derrière leurs discours de façade, cette attitude montre de quel côté ces partis se tiennent.

Que se passera-t-il ce soir? Il circule quantité d'armes illégales dans le secteur arabe. Mais aussi à quoi ressemblera la société israélienne de demain? La guerre pour Jérusalem a-t-elle commencé?

Publié dans Shmuel Trigano

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