7 ans et 7 jours, Catherine Stora

Publié le par danilette's

Comme le temps passe... Dire que ça fait sept ans, déjà. Sept ans et sept jours aujourd'hui que les enfants étaient retrouvés. Morts. On s'en doutait bien un peu, qu'on ne les reverrait pas vivants. Mais on voulait espérer encore.

Lire l'article directement sur le blog de Catherine Stora : https://almamedoubar.blogspot.com/2021/07/7-ans-et-7-jours.html

L'affreuse nouvelle était tombée au journal de 20h, ce lundi-là, 30 juin 2014. Laly, une copine journaliste, avait écrit un post, sur Facebook juste avant, quelqu'un l'avait mise au courant je suppose. Elle écrivait vers 19h que déjà, on devait avoir prévenu les familles des trois disparus, que c'était affreux, qu'elles venaient sans doute d'être averties de l'horrible découverte. Ils venaient d'être retrouvés, à moitié enterrés dans un sac poubelle, dans un champ, pŕès de Hévron.

Gilad, Naftali et Elad étaient étudiants dans une yéshiva du Goush Etzion. Le Goush Etzion, vous savez, cette belle région d'Israël qui ressemble à la Provence, qui m'évoque à moi les collines de Florence et se trouve au sud de Jérusalem. Les journalistes français persistent à l'appeler ''Cisjordanie occupée.''

Les deux premiers avaient 16 ans,  le troisième, 19. Ils rentraient chez eux, un jeudi soir. Leur tort ? Avoir fait du stop à une trampiada, ou station d'auto-stop. Il y en a beaucoup en Israël. C'est une pratique très répandue, les gens s'arrêtent spontanément à l'arrêt de bus, pour proposer aux gens qui attendent une place ou deux, voire, trois.   

... Ils étaient trois et ils rentraient chez eux, ce soir du 12 juin 2014. Ils sont montés dans une voiture, tous les trois, à la trampiada d'Alon Shvout. Et nul ne les revit jamais.

Leur disparition causa un vif émoi dans la population. Depuis le soir du 12 juin, leurs mères n'avaient pas perdu espoir. Certes ils n'avaient plus donné de nouvelles, mais c'est parce qu'ils avaient été enlevés par le Hamas, ou alors, par le Jihad islamique. On leur donnerait ce qu'ils voudraient et ils leurs seraient rendus. Comme pour Gilad Shalit. On les échangerait contre des milliers de prisonniers palestiniais. 

Il suffisait d'attendre et d'espérer.

C'était le ramadan, je me souviens. Je me disais : pourvu qu'ils leur donnent à manger, qu'ils ne s'amusent pas à les faire jeûner, ou crever de soif !

Crever de soif... Tu parles. Ils étaient morts, déjà, tous les trois, tués à l'arme automatique, dans la voiture qui les avait emmenés. Le Shin Bet, le service de sécurité, en hébreu ''sherout habitaron'', (ש'' ב) avait retrouvé la voiture, brûlée. Et des impacts de balles avaient été décelés à l'intérieur, ainsi que des traces de sang, ce qui avait conduit les enquêteurs à conclure que les chances de retrouver les trois ados vivants étaient très faibles. L'opération Gardiens de nos frères avait été lancée deux jours après l'enlèvement, mais après des fouilles méthodiques et des centaines d'arrestations dans les villages arabes autour de Hévron, impossible de retrouver trace d'eux. L'espoir s'amenuisait de jour en jour. Mais les trois mères s'accrochaient désespérément à cet espoir, même faible, et si petit soit-il. Elles étaient même allées, toutes les trois, jusqu'à l'ONU pour réclamer que leurs enfants leur soit rendus...

Le pays entier sombra dans le chagrin et le deuil, ce soir du 30 juin 2014. Les funérailles avaient lieu le lendemain, au cimetière de Modiin, entre Tel Aviv et Jerusalem. Je décidai d'y aller, pour ne pas pleurer seule. Nous nous retrouvâmes là-bas à près d'un million de personnes, le mardi 1er juillet, en fin d'après-midi.

La foule était réellement impressionnante. Un service de navettes avait été mis en place pour emmener les gens en bus jusqu'au lieu de l'enterrement des trois corps, situé en haut d'une montagne. Une fois là-bas, il fallait marcher encore un bon moment, ça grimpait, il faisait terriblement chaud et des volontaires distribuaient des bouteilles d'eau à chaque carrefour. Triste rallye. Il m'a fallu environ une heure pour atteindre l'endroit, d'une beauté à couper le souffle.

 

Une chaine de montagnes bleutées, dans le soleil couchant, des prairies paisibles s'étalant à perte de vue, des collines ensoleillées, des arbres, des fleurs, et le gouvernement au complet ou quasiment, debout, récitant des paroles convenues au micro, répercutées par des haut-parleurs, les familles recueillies, les mères défaillant de chagrin, devant les trois cercueils recouverts du drapeau bleu et blanc. Beaucoup de très jeunes, des enfants, des ados, et puis des moins jeunes, tous se taisant ou pleurant, les uns consolant les autres... Je me souviens de ces filles qui sanglotaient à fendre l'âme. Le coeur navré j'ai croisé des regards douloureux, des mines livides, posé ma main sur des épaules secouées de sanglots.

La cérémonie a duré longtemps. Le soleil était couché quand on est redescendus dans la vallée, laissant les trois garçons dormir côte à côte et pour toujours.

Le  jeudi 3 juillet, une amie me téléphona pour me demander si je voulais venir écouter avec elle le Requiem de Mozart, qui se donnait le lendemain au Conservatoire. J'ai dit oui, en me disant que vraiment cette oeuvre était de circonstance... Je l'aime beaucoup. Je l'ai chanté au moins une demi-douzaine de fois, tantôt alto, tantôt soprane, si bien que je le connais quasiment par coeur. Lire la suite

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