A George Steiner : pourquoi j’aime Israël ? Olivier YPSILANTIS

Publié le par danilette

Je vous propose un magnifique article à méditer et à savourer avec délices, merci Monsieur Olivier Ypsilantis ! Je vous invite à lire l'article en entier sur son site exceptionnel : http://zakhor-online.com

Extraits :

Je vais être direct. Les ennemis d’Israël ne sont pas mes amis. S’ils ne sont pas juifs, je passe vite : j’ai détaillé chaque article de leur catalogue ; je ne m’y attarderai pas ici. L’antisionisme juif, d’une grande diversité, me pose plus de problèmes. Il sait être surprenant dans son argumentation. [...]

Votre pensée est terriblement séduisante, Monsieur George Steiner, et elle vous honore. Vous dites par exemple, dans cette interview, que vous appartenez à un petit peuple dont les membres se considèrent comme des invités sur la planète Terre. J’en conviens, c’est bien une marque de noblesse que de se considérer comme des invités car l’invité qui se respecte s’efforce de laisser la maison où il est reçu plus belle qu’il ne l’a trouvée en arrivant. Je ne puis décidément qu’acquiescer à ce que vous dites. 

Mais j’y pense ! Les Juifs n’ont-ils pas laissé le pays plus beau qu’ils ne l’avaient trouvé en arrivant ? Il est vrai qu’on peut juger le désert plus beau que des terres irriguées et capables de produire les meilleurs produits. Il est vrai qu’on peut préférer le rien au tout. Et je ne donne pas dans l’ironie qui pour l’heure me semble hors de propos. 

Au moment où j’écris ces mots, une lecture me revient : “Nasser tel qu’on le loue” d’Emmanuel Berl, un homme à la pensée non moins délicieuse que la vôtre. J’y relève ce passage : “L’aspect de cette terre (la terre d’Israël) a beaucoup changé. Beaucoup de jeunes Arabes l’ignorent, beaucoup de vieux Arabes l’oublient ; et même l’étranger qui passe, en la voyant, se dit : “Quelle perte ils ont subie !” Mais si on se réfère aux archives d’un kibboutz tel que celui d’Aïn Harshofeth, on lit : “C’est alors – fin 36 – qu’on nous a octroyé un terrain ici… Ces collines du Juara passaient pour être les plus pauvres du pays. Leur stérilité absolue était considérée comme partie intégrante du paysage… Nos femmes, quand nous leur avons montré les photos de notre futur domaine, ont cru qu’il était recouvert de neige… Les enfants arabes nous saluaient au passage, mais un vieillard installé sur un âne, quand il a compris ce à quoi nous nous attaquions, s’est frappé le front du doigt et s’est écrié : “magnuné !”. Ce qui voulait dire que nous étions de pauvres fous. Aujourd’hui, c’est un parc plein d’arbres et de fleurs. Mais ce n’est pas ce parc qu’on a pris aux Arabes, ni les capitalistes américains qui l’ont créé à coups de dollars”. Et n’étant pas préposé au cadastre moyen-oriental, je ne vais pas discuter de problèmes de bornage qui ne seraient pas si compliqués si la moitié du monde – pour ne pas dire le monde entier – ne venait y fourrer son nez.

 Permettez-moi de vous dire que les “invités” n’ont pas à rougir de l’état des lieux. Il y a bien sûr encore beaucoup à faire ; mais reconnaissez que les terres cultivées par les Juifs ne valaient pas grand-chose avant leur arrivée. Demander qu’on “les restitue” revient quand même à vouloir considérer comme nul le travail accompli sur elles. [...]

Vous dites que le devoir du Juif est d’apprendre à tous à être les invités les uns des autres et qu’apprendre à être les invités les uns des autres, c’est comprendre que la vérité est toujours dans l’exil, qu’elle est transit, mouvement. Vous nous dites qu’il est merveilleux d’avoir deux jambes, que les racines sont bonnes pour les arbres, les arbres que vous aimez. Vous préférez les jambes aux racines, moi aussi. Mais ne soyez pas trop sévère ! Il est beau le questionnement que propose Israël, l’État d’Israël, l’État le plus questionné au monde et, n’hésitons pas à le dire, le plus remis en question par des individus fort divers. 

Publié dans Olivier Ypsilantis

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