A propos des émigrés clandestins en Israël (1ère partie)

Publié le par danilette

sur le site un écho d'Israëlhttp://www.un-echo-israel.net/A-propos-des-emigres-clandestins

dimanche 9 janvier 2011, par Suzanne Millet

Quatre lieux de regroupement des émigrés clandestins

Tel-Aviv : 17 000 émigrés clandestins sont concentrés surtout autour de l’ancienne gare routière de la ville.
« L’immeuble des émigrés », surnom d’un bâtiment de quatre étages avec 25 appartements que les propriétaires vivant à Holon ou Bat Yam louent sans s’inquiéter du reste, précise un habitant natif du quartier Hatikva (espérance). « Avant je me promenais à 4h du matin, sans crainte, aujourd’hui j’ai peur même le jour dans la rue » dit une femme habitant le quartier. « Autrefois il y avait ici des Chinois, des Nigériens, ils étaient tranquilles. Maintenant avec ces réfugiés, c’est autre chose. »

Quant aux émigrés soudanais et érythréens ils ne comprennent pas ce qu’on a contre eux. « Une manifestation contre nous ? Je n’ai rien entendu là-dessus. En quoi gênons-nous ? Nous travaillons toute la journée en dehors du quartier. Nous revenons le soir pour dormir » dit l’un d’eux. « Je ne peux retourner dans mon pays, on me tuerait, et ici, avec les Israéliens, c’est difficile. »

Les habitants d’origine ont abandonné ce quartier, et les locations ont beaucoup baissé. Celui qui peut quitter, quitte. Ce n’est plus le quartier Hatikva d’autrefois mais c’est plutôt un quartier sans espérance.

Eilat : 6 000. Les touristes qui viennent à Eilat ne voient pas ces émigrés d’Afrique, « transparents » pour eux : ils lavent la vaisselle dans la cuisine des restaurants, nettoient les chambres d’hôtels, vident les ordures. Mais, pour les habitants d’Eilat, c’est un vrai problème. Ils représentent 10% de la population de la ville « 1 habitant sur 10 est un émigré d’Afrique aux prochaines élections, ils auront une représentation dans le conseil local » dit un élu municipal inquiet.
Ils sont concentrés dans deux quartiers de la ville, Le palmier et le quartier Alef. Dans un bâtiment de la rue des Dattes surnommé Sinag Sinag, comme la prison renommée, habitent des centaines de réfugiés du Soudan, des infiltrés d’autres pays d’Afrique et des ouvriers étrangers légaux. Dans cet immeuble, 200 appartements, en général de deux pièces, et dans chacun cinq à six personnes.

Un des réfugiés soudanais a pris l’initiative de créer un club dans une maison privée louée. C’est là que lui et ses amis viennent aux heures libres, fument le narguilé, jouent et discutent. « L’essentiel, dit-il, c’est qu’ils ne traînent pas dans la rue et ne boivent pas. »

« Ils font des travaux au noir que personne ne veut faire » dit un habitant de la ville. « Autrefois c’étaient des ouvriers nigériens puis des Yougoslaves. Maintenant ce sont des Soudanais. Le travail dans l’hôtellerie est mal payé et les Israéliens ne veulent pas le faire. » Le maire de la ville Meïr Itzhak Halevi est à la tête du mouvement de protestation des habitants : « La situation est insupportable, il faut agir. Que peut-on faire ? Si la barrière à la frontière égyptienne n’avance pas, on fermera la ville ou bien nous construirons une barrière et des portes autour d’Eilat pour empêcher à d’autres émigrés d’entrer. »

Arad : 400 réfugiés et immigrés clandestins. Depuis que l’on a supprimé la loi leur interdisant d’aller dans le centre du pays, beaucoup sont partis pour Tel.Aviv où il leur est plus facile de trouver du travail, si bien qu’il ne reste dans cette ville que quelques centaines d’émigrés clandestins et quelques réfugiés du Soudan. « Si je retourne au pays, ils me tueront » dit Martin, 28 ans, marié, père de trois enfants. Il se promène inactif à côté du centre commercial avec son ami Mao, 27 ans, marié, père de deux enfants. La femme de Martin travaille dans un hôtel de la Mer Morte et gagne la vie de la famille avec 3 000 shekels par mois. « J’aime Arad, c’est une petite ville sympathique mais je ne m’y sens pas bien car ils ne me veulent pas ici. » Certains enfants israéliens d’Arad ont peur de cette population africaine.

Ashdod : 1 000 dans le « quartier soudanais ». Dans sa boutique, Moshe connaît très bien les boissons préférées de ces Africains. « Je leur vends les boissons du soir au petit matin, mais je leur demande d’aller plus loin pour consommer. Je ne veux pas qu’ils se saoulent devant ma boutique et fasse du « balagan » (désordre). » Ces dernières années, le quartier s’est rempli de réfugiés soudanais. Ils habitent dans les rues centrales, parfois dix par appartement. « Ma mère, mon père, mon frère et ma sœur ont tous été tués au Darfour » raconte Hassan Armad Moussa, 25 ans. « Si je retourne au Soudan, ils m’abattent. » Moussa habite un appartement avec cinq autres réfugiés. « Je n’ai pas de lieu où aller. J’aime Israël. Je n’ai jamais eu de problèmes avec la police. Si seulement on me permettait de rester là toute ma vie. »

« Si, pour le moment, aucun délit grave n’est à signaler, on a cependant l’impression que tout peut exploser, » dit un policier. En effet, il y a quelques temps, un pneu enflammé avait été posé à l’entrée d’un appartement où logeaient sept réfugiés soudanais.
Moshe raconte que les enfants du quartier ne sortent plus de leur maison le soir. « C’est vrai que ces étrangers ne font de mal à personne, et finalement ce sont des gens bien, » reconnaît-il, « mais leur présence ici n’est pas agréable. »

Les émigrés sont-ils dangereux ? Cela dépend à qui l’on pose la question

Pour le commandant en chef de police Doudi Cohen, les émigrés sont une menace. « En plus du problème national et démographique, cette population présente des risques de criminalité : violence et drogue, meurtres et viols. » Par contre, un chercheur à la Knesset faisait remarquer que, au contraire, il y avait une baisse des dossiers criminels chez les immigrés. La recherche faite par Guilad Natan au Centre de Recherche et de Science de la Knesset, se base sur des données officielles qui montrent que les accusations portées contre cette population n’a pas de fondement. La fréquence de délinquance parmi les réfugiés est plus faible que dans l’ensemble de la population.

« Vous aussi vous étiez réfugiés. » lettre de Antony Dedor aux Israéliens

« Je suis un réfugié clandestin du Sud Soudan. Je vis dans le pays avec vous depuis quatre ans. Vous n’avez rien à craindre de moi. J’habite dans le quartier Hatikva à Tel-Aviv avec mon amie du Ghana, travailleuse illégale. Hier j’ai vu la grande manifestation des habitants contre les réfugiés clandestins et les travailleurs étrangers, tous ces gens qu’ils ne veulent pas dans leur quartier. D’un côté, je pense qu’ils ont raison parce qu’il y a trop d’étrangers dans le quartier. D’un autre côté, ils devraient penser que ces gens ont de graves problèmes avec leur pays d’origine. Je n’ai pas peur des habitants, mais il semble qu’ils oublient que, eux aussi, il n’y a pas si longtemps, étaient réfugiés en Europe, et il y a des milliers d’années le peuple hébreu était réfugié en Egypte. Pourquoi avez vous peur de nous ?

Je suis arrivé ici pas l’Egypte. J’ai fui le sud du Soudan où il y avait une guerre terrible avec le nord Soudan. C’était très dangereux de rester là-bas et ce n’était pas facile d’être en Egypte. On n’avait aucun droit, on nous haïssait parce que nous étions noirs. Quand j’ai entendu qu’on pouvait monter en Israël, je savais que c’était un Etat démocratique qui, comme nous, avait des problèmes avec les Arabes. J’ai pensé qu’on nous aiderait. Mais en fait, jusqu’à maintenant on ne nous a pas aidés. On m’a mis en prison deux ans, on m’en a libéré avec une carte d’identité sur laquelle il est écrit que je suis libéré sous conditions. Sans statut, sans argent, sans droit de travailler et de gagner ma vie, et avec un tampon de réfugié clandestin.

Je ne suis pas venu ici pour travailler. Je viens d’un pays riche mais qui est en guerre. J’ai pensé pouvoir étudier ici, avoir un diplôme, revenir au pays et travailler dans la profession dans laquelle je me serais formé. Maintenant je fais tous les travaux qui se présentent pour survivre : dans les restaurants (laver la vaisselle), dans la construction, tout ce que les Israéliens ne veulent pas faire. Quand nous partirons, qui nous remplacera ? Les employeurs d’ici sont sympathiques : ils nous traitent bien et payent 21 shekels l’heure, soit 4 000 shekels par mois, mais cela ne suffit pas pour louer un appartement et pour faire la licence à laquelle je rêve.

Bientôt le Sud Soudan aura son indépendance et nous pourrons y retourner. Je n’ai pas peur d’être renvoyé, mais là-bas que dirons nous sur Israël ? Je voudrais que les relations entre nos deux pays soient bonnes, que le Soudan soit un ami d’Israël. Nous aimons votre pays, et nous aimerions pouvoir dire que c’était bien ici. Alors donnez-nous la possibilité d’étudier, un visa pour trois ans afin d’acquérir un diplôme universitaire, et nous vous promettons que nous quitterons alors le pays et raconterons partout qu’Israël est le meilleur Etat du monde. »

Source : Yediot Aharonot du 23. 12. 2010

Publié dans Israël

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