A quoi servent les mots face au massacre d'Alep ?

Publié le par danilette

Par Jean-Philippe Rémy et Laurent Van Der Stockt (envoyés spéciaux à Alep, Syrie)

Extraits :

Les bombardements sont tellement intenses qu'on ramasse pêle-mêle, dans les rues, des cadavres, des gens choqués et des oiseaux morts. Chaque jour, désormais, les bombes gouvernementales tuent, blessent, mutilent la moitié d'Alep. Le degré de destruction est tel que les mots, pour le définir, ont commencé à nous faire défaut. A quel moment a-t-on atteint ce seuil, cette impression que toutes les règles avaient volé en éclats ?

Etait-ce devant un hôpital où arrivaient des enfants en charpie comme leurs mères, déchirées par les mêmes bombes ? Ou face à cet immeuble de cinq étages, annihilé par une seule explosion, avec ses habitants enterrés sous les décombres et les survivants en train de devenir fous ? Ou en regardant, médusés depuis un bout de trottoir, des avions larguer leurs bombes là-bas, au bout de la rue, petit fuseau noir glissant dans l'air d'Alep, comme à l'exercice, pour y faire exploser d'autres gens, d'autres appartements ?

[...] Voici donc le stade ultime de la répression conçue par le pouvoir syrien. Pendant des mois, les manifestants sont descendus dans la rue. Pendant des mois, ils ont été tués ou torturés. Et certains ont fini par prendre les armes. L'armée syrienne libre (ASL) a fini par prendre la moitié d'Alep, fin juillet. Depuis, on se bat dans la capitale économique. La punition est-elle conçue pour être à la mesure de l'affront ?

On ne pourra prétendre qu'il s'agit d'un effet logique de la bataille en cours, dans laquelle l'ASL affronte les forces gouvernementales du sud-ouest au nord-est de la ville sur plusieurs lignes de front. A moins de considérer que l'armée loyaliste est engagée sur un front d'une autre nature, situé dans la troisième dimension de l'espace aérien, et lui donne la liberté d'écraser sous les bombes la moitié d'Alep.

Pour ce combat-là, l'armée régulière consacre le soin qu'on réserve aux grands crimes, comme seuls les Etats parviennent à en échafauder et à en commettre. Il faut un certain calme d'esprit, beaucoup de logistique et de détermination pour détruire bombe après bombe la moitié d'une ville de plus de deux millions d'habitants, parce qu'un petit nombre de rebelles (ils affirment être 9 000, cela semble déjà exagéré) s'y trouvent, et parce que, chaque vendredi, des manifestants continuent d'y appeler le président Bachar Al-Assad à quitter lepouvoir.

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Le Monde.fr via http://israel-chronique-en-ligne.over-blog.com/

Publié dans Syrie

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