Le "mariage à la journée", arrangement très pratique reconnu par les autorités religieuses en Arabie Saoudite

Publié le par danilette

MEMRI Middle East Media Research Institute

 

Dépêche   spéciale n° 3643 

Un chroniqueur saoudien critique le phénomène des mariages de plaisir 

Dans un article satirique du quotidien sauoudien Okaz, le chroniqueur saoudien progressiste Khalaf Al-Harbi (1) dénonce le phénomène des mariages de plaisir, reconnus par les autorités religieuses en Arabie saoudite. (2) Le "mariage à la journée" est un phénomène relativement récent permettant à un homme, célibataire ou marié, d´épouser une ou plusieurs femmes et de les rencontrer pendant ses heures de travail pour des motifs sexuels, dans le cadre d´un arrangement religieux. Extraits :

"Nous, les hommes, traînons à droite et à gauche, jouons et nous amusons, en quête d´une femme secrète envers laquelle nous n´aurons aucune obligation et dont nous pourrons jouir à l´insu de la mère de nos enfants. Nous nous débarrassons d´elle dès qu´elle commence à se prendre pour une femme mariée au sens fort du terme, pour une femme qui a certains droits sur nous. Exploitant sa situation [difficile], sa solitude et son indigence, nous l´approchons avec un cœur de poète, une conscience de bouc, la force brutale d´un bœuf, et la ruse du renard. Nous jouons avec elle, l´épluchons avant de la consommer, ou la consommons intégralement, sans l´éplucher. Nous qualifions cet acte de prédateur demisyar, mifar ou mityar [mariage] (3), ce qui nous permet de dire que nous avons massacré notre jolie proie conformément à la loi islamique. 

L´une des dernières innovations en matière de mariages rapides est le "mariage à la journée". Il s´agit d´un arrangement très pratique, qui nous permet de demander [à quitter] notre lieu de travail une heure ou deux, afin de perpétrer l´attentat béni et de conquérir sa "jolie jeune fille cachée". Il est préférable de louer un appartement à son attention, à proximité de notre lieu de travail. Le mieux est de tenir avec elle des rencontres privées, intenses, où vous aborderez les sujets délicats par tous les angles. Et quand vous rentrerez chez vous, demandant à la mère de vos enfants de faire taire les plus petits parce que vous venez de rentrer du travail et que vous être sur les genoux de fatigue, elle vous dira : "Qu´Allah te donne de la force, père de mes enfants. Par Dieu, si seulement tous les employés travaillaient comme toi, notre situation ne serait pas ce qu´elle est !" 

Il est également conseillé d´imprimer plusieurs exemplaires du contrat du "mariage du jour" pour le cas où, en déplaçant votre "épouse du jour" – blanche comme du labaneh [fromage blanc salé] turc, fraîche comme de la Chatchouka saoudienne [œufs cuisinés dans de la sauce tomate] entre appartements meublés et hôtels, vous croisiez un membre [de la police religieuse saoudienne] qui vous demande l´identité de votre accompagnatrice. Dans un tel cas de figure, il vaut mieux écourter la conversation en lui tendant un exemplaire du contrat de mariage, accompagné d´un exemplaire du décret religieux relatif au "mariage à la journée". Avant qu´il n´en achève la lecture, prenez l´initiative de lui dire : "Qu´Allah nous protège des journalistes qui déforment la foi islamique en essayant de corrompre la femme musulmane." 

Le plus grand défi auquel vous devez faire face dans le cas d´un "mariage à la journée" est de surveiller la montre, vu que vous pourriez tomber dans un lac de miel en un instant. Or se sortir de cette "collante" et délicieuse pagaille nécessite un âpre combat contre soi-même. Même si vous arrivez à vous reprendre et à quitter à temps le lac de miel, réussissant ainsi [à retourner] à votre ennuyeux patron avant la fin de votre pause, votre épouse "du jour" est susceptible de recourir à une ruse en mettant une cassette de chansons [envoûtantes] du chanteur bahreïni Ahmed Aljumairi… 

Un autre défi consiste à supprimer rapidement [toutes] les traces du matin [laissées par l´épouse du jour]. A cette fin, vous devez vous armer d´un téléphone portable exclusivement destiné aux "mariages à la journée" et prêter une attention rigoureuse à la présence de tout parfum entêtant sur vos vêtements. Et si jamais vous avez deux épouses "du jour" – une pour le matin et l´autre pour l´après-midi –, tâchez de ne pas rentrer chez vous en voiture, pour votre sûreté et celle des autres. 

Il va sans dire que vous venez d´une famille respectable et que vous êtes un fervent défenseur de [l´honneur des] femmes de votre famille, aucune d´entre elle n´étant autorisée par vous à devenir l´épouse d´un jour… Le fait que vous voyiez [vos femmes] à tour de rôle ne signifie pas que vous autoriseriez  l´une de vos soeurs ou filles à devenir un journal que l´on lit le matin pour le froisser l´après-midi. 

Un dernier conseil aux [maris] d´un jour ! Vous devriez vous coucher tôt, ne pas oublier de prendre un petit déjeuner, et entretenir de bons rapports avec le marchand de parfums. La vie est un combat de tous les jours. Foncez, lions prédateurs, vers le terrain de bataille, avec détermination et persévérance, et sachez  que tous les espoirs sont permis, vu que nos vies ne sont qu´un parc à attractions. Je vous souhaite une journée rouge [salace]. 

Notes : 

[1] Khalaf Al-Harbi, chroniqueur pour le quotidien saoudien Al-Watan et le quotidien koweïtien Al-Jazirah, s´adonne fréquemment à la critique politique et sociale. Il a également critiqué le phénomène des mariages précoces en Arabie Saoudite. Voir "Saudi Father Weds Daughter, 10, to Octogenarian," 20 octobre 2009, http://www.memri.org/report/en/0/0/0/0/0/0/3733.htm

[2] Voir le clip n° 978 de MEMRI TV Clip : "Bahraini Women´s Rights Activist Ghada Jamshir Attacks Islamic Clerics for Fatwas Authorizing Sexual Abuse of Children", 21 décembre 2005,http://www.memritv.org/clip/en/978.htm : la militante pour les droits des femmes Ghada Jamshir critique les mariages de plaisir (mut´a) et de "visite" (misyar),  religieusement sanctionnés, au motif qu´elles entraînent l´exploitation sexuelle des femmes et des mineures.

[3] Les mariages misyar, misfar et mityar sont permis par l´islam. Dans le mariage misyar, la femme renonce à certains droits que lui confère l´islam, comme le droit au logement et au soutien financier de son mari et, s´il a d´autres épouses, au droit à une part égale du temps et de l´attention de son époux. Le mariage misfar est un mariage temporaire destiné à fournir un tuteur de sexe masculin aux élèves de sexe féminin, ce qui permet à ces dernières de poursuivre des études à l´étranger. Dans le mariagemityar, destiné à servir les besoins des membres d´un équipage se trouvant loin de leurs foyers pendant de longues périodes de temps, l´homme est autorisé à ne pas vivre avec sa femme et à ne pas payer une pension alimentaire.

Il existe d´autres types de mariage : le mariage mut´a ("plaisir"), permis par l´islam chiite, limité dans le temps, peut prendre fin sans divorce. Le mariage urf ("coutume") est un arrangement qui ne nécessite pas de contrat officiel et ne confère aucun droit à la femme. Dans un mariage d´ "ami", la jeune fille reste chez ses parents ; son époux et elle ne vivent pas en ménage mais se voient quand ils veulent et où ils veulent. Ce dernier type de mariage est destiné principalement à répondre aux besoins des jeunes musulmans résidant en Occident, qui souhaitent avoir une "petite amie", mais en toute légitimité religieuse. Le mariage misyaf est essentiellement contracté par des hommes riches du Golfe qui partent en vacances d´été dans d´autres pays islamiques et épousent des filles locales pour un temps limité – entre une quinzaine de jours et deux mois - sans que les épouses n´aient conscience de la limitation dans le temps de leur union légale.
 

(4) Okaz (Arabie saoudite), 9 janvier 2011

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