Analyse du soutien de François Hollande à l'initiative de Mahmoud Abbas, Jean-Pierre Bensimon

Publié le par danilette

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Le problème de la fraise des bois, c'est la colonne vertébrale...

Refusant une position européenne commune d'abstention sur la résolution visant à créer à l'ONU un état palestinien observateur, François Hollande a préféré la division de l'Europe et le soutien à l'initiative de Mahmoud Abbas dont le résultat le plus certain sera une paralysie durable de toute négociation israélo-palestinienne.

  
1) A de multiples reprises depuis son élection à la présidence de la République, François Hollande a plaidé ouvertement auprès de Mahmoud Abbas et ses amis pour la priorité à la négociation comme seule voie permettant d'aboutir à la création d'un état palestinien. Récemment il dissuadait encore Abbas de rechercher "à l'ONU ce qu'il n'obtenait pas à la table des négociations". Il vient de décider d'un vote positif français à la demande déposée par le raïs de Ramallah d'un état observateur. Il prend ainsi parti pour sa tactique de contournement de la négociation, du fait accompli, en contradiction flagrante avec ses nombreuses déclarations antérieures.
 
  
2) François Hollande était d'autant plus réticent à soutenir la démarche de Mahmoud Abbas qu'elle dévoilait son intention d'utiliser le nouveau statut palestinien pour accéder à la Cour Pénale Internationale (CPI) et y trainer Israël. Or le soutien français a été confirmé au moment où le président palestinien refusait résolument d'ajouter à son texte la mention d'un renoncement à la CPI. Hollande a cédé alors que Abbas révélait ouvertement le caractère non coopératif de sa démarche. Aux antipodes des négociations, son initiative s'avère être en fait une formule pour étendre l'affrontement israélo-palestinien au champ diplomatico-judiciaire.
 
3) Pourquoi Mahmoud Abbas veut-il obtenir un état palestinien par le truchement de l'ONU, alors que les accords d'Oslo interdisent formellement les démarches unilatérales de l'une des parties et stipulent que la solution des grandes questions du statut final (frontières, sécurité, refugiés, Jérusalem, etc.) doit être obtenue par la seule négociation ? Pour une première raison simple: négocier et passer un compromis avec Israël pour avoir un état, aboutirait nécessairement à la signature d'un traité donc à la reconnaissance d'Israël. Et pire encore, ce serait mettre un terme définitif à toute revendication ultérieure, alors que les nouvelles demandent nourrissent ad perpetuum un conflit rémunérateur et valorisant, la raison d'être exclusive de son mouvement. La reconnaissance d'Israël, un pouvoir Infidèle sur ce qui est selon lui et les siens une terre d'Islam, aurait in fine deux inconvénients insupportables pour le numéro 1 palestinien. La non-prolongation sans limites du conflit, on l'a vu, et bien plus grave pour lui, sa transformation en un traitre à l'Islam, un agent des Juifs, justifiant son exécution par des martyrs jihadistes, à l'instar de Anouar al Sadate.
 
4) L'Union européenne est avec l'ONU, les États-Unis et la Russie l'un des garants de l'application des accords d'Oslo, en particulier de l'accord intérimaire de 1995, lesquels imposent de passer par la négociation et prohibent toute démarche unilatérale. En soutenant la requête de Mahmoud Abbas, François Hollande contribue à violer un accord international que la France, membre éminent de l'Union européenne, s'est solennellement engagée à garantir. Il faut bien comprendre que le choix d'une action unilatérale n'est en aucun cas un facteur facilitant, ouvrant sur des négociations ultérieures. De telles négociations deviendront bien plus difficiles à organiser. La partie palestinienne excipera une décision de l'ONU lui attribuant l'espace situé au delà des lignes de 1949 (les fameuses "frontières" imaginaires de 1967) et la division de Jérusalem, ce qu'Israël n'est surement pas prêt à accepter comme point de départ. Mais Abbas n'en a cure: ce qu'il craint par-dessus tout, ce sont des négociations pouvant déboucher sur un traité, suivies de pression internationales pour l'obliger à le signer; Soutenir Mahmoud Abbas par un vote français; c'est contribuer à bloquer pour longtemps toute négociation, et cela Hollande ne peut pas l'ignorer.
 
4) Pourquoi François Hollande s'est-il rangé dans le camp des partisans de l'initiative de Mahmoud Abbas qualifiée de "faute" par les États-Unis? Il est difficile de donner une explication rationnelle des changements de cap soudains et du gouvernement à l'estime de M. Hollande. Quelques heures après avoir assuré les Maires de France qu'il était favorable à l'introduction dans la loi d'une clause de conscience permettant à un élu de ne pas célébrer une union homosexuelle, il a viré de bord pour adopter la position inverse. Après les embrassades de Toulouse avec Netanyahou, il y a eu le coup de poignard dans le dos, le président français accusant son homologue israélien d'avoir cyniquement mené sa campagne électorale sur le site du crime antisémite le plus odieux de l'après guerre en France. Il a procédé ainsi sur une série de question, transposant les mœurs du secrétariat national du parti socialiste à l'Élysée et manifestant une impréparation notoire à l'exercice de sa charge.
On peut imaginer diverses raisons internes et externes à ce choix présidentiel. Prendre le parti éternel des Palestiniens, le peuple congénitalement souffrant et légataire de toutes les compassions, naïves et troubles, c'est avant tout conforter l'alliance lourde que Paris a passé depuis le précédent septennat avec le Qatar, farouche pourfendeur de l'état juif et théocratie islamique parmi les plus repoussantes. Il faut voir comment y sont traités les immigrés qui assument toutes les servitudes du pays sur un mode d'un autre temps. C'est envoyer aussi des signes complicité aux autres régimes islamiques radicaux et archaïques qui sont en train de dominer le monde arabe. Malheureusement, si la "politique arabe" s'exerçait aisément avec les copains et les coquins qui peuplaient les anciennes dictatures moyen-orientales, la convivialité est beaucoup moins facile à nouer avec les barbus taciturnes, emplis de haine envers tout ce se rapporte à l'Occident infidèle, le président français y compris.
 
La seconde piste, c'est celle de la politique intérieure. Le pouvoir socialiste est particulièrement faible en France aujourd'hui. Hollande a été un rassembleur, mais il a rassemblé une espèce de Cour des miracles de la pensée qui balance entre l'extrémisme le plus borné et l'âpreté dans la capture des postes et des prébendes. Pire encore, il doit son élection et le trône de l'Élysée à Marine Le Pen, qui a inlassablement tiré le tapis sous les pieds de son adversaire de droite. Aujourd'hui, l'extrême gauche, les Verts, ses propres élus, tirent à hue et à dia, unis dans l'opposition aux orientations que lui a imposé l'état désastreux du pays légué par M. Sarkozy. Pour apaiser ces "amis politique" de tempérament fâcheux, Hollande leur lance dès qu'il le peut des os à ronger. Et le vote français en faveur de l'État palestinien est l'un des mets préférés de ces troupes carnassières.
 
Courir après les moulins à vent de la "politique arabe" dans un Orient profondément bouleversé, gagner un peu de temps face à des amis politiques indigents en leur donnant le Moyen-Orient compliqué en pâture, balayer les intérêts de la petite démocratie israélienne aux prises avec les jihadistes les plus brutaux de la planète, épouser la cause minable du cacique de Ramallah dont le mandant a expiré il y a plus de 4 années sans nouvelles élections, tel est le menu que nous propose aujourd'hui le président français
 
On est bien obligé de constater que son dernier virage, le vote à l'ONU qu'il déconseillait vivement quelques jours auparavant, n'est que la manifestation de la faiblesse de l'action, de la vision et de la pensée présidentielle. Dans le parti socialiste qu'il a longtemps dirigé, son sobriquet était "Flamby", pour souligner surement son manque de consistance. Son actuel ministre des affaires étrangères l'a qualifié un jour de "fraise des bois", sans doute pas pour mettre en exergue ses qualités de solidité. Car le problème de la fraise des bois, c'est la colonne vertébrale, ce que l'on cherche vainement dans son inspiration comme dans sa décision.

Jean-Pierre Bensimon le 28 novembre 2012

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