Au Soudan, le combat désespéré des Noubas, Olivier Tallès

Publié le par danilette

Sur le site www.la-croix.com

Les monts Nouba, région marginalisée du Soudan, sont le théâtre d’un conflit ignoré opposant les rebelles issus de l’ethnie nouba et le régime de Khartoum. La famine menace la population bloquée par la guerre.

La faim s’étend dans les Monts Noubas. Pour survivre, les habitants de Buram effeuillent les bran...
La faim s’étend dans les Monts Noubas. Pour survivre, les habitants de Buram effeuillent les branches des arbres et mangent des racines. (James Keogh)

C’est un décor de fin du monde cerné par la plaine aride et les collines de pierre. À perte de vue, des murs éventrés, des vestiges criblés d’impacts, des maisons dévastées, des débris métalliques. Tous les bâtiments sans exception tombent en ruine. Au milieu des décombres, il n’y a pas le moindre signe de vie. On cherche un habit déchiré, une chaise cassée, un outil rouillé, bref, n’importe quel objet qui rappellerait l’existence d’une communauté paysanne. On ne trouve rien. Le village de Buram a été rayé de la carte de la province soudanaise du Kordofan du Sud.

LA FUITE AVANT LES COMBATS

C’était en février dernier. Au cours d’une bataille, sans nom et sans témoin, disputée entre les forces du régime de Khartoum et les rebelles du Mouvement de libération des peuples du Soudan-Nord (SPLM-N) issus de l’ethnie nouba, les chenilles des chars et les canons des mortiers ont dévasté la localité en quelques heures. Par chance, les habitants avaient fui bien avant les combats. Les bombardements aveugles de l’aviation soudanaise les avaient repoussés au pied des collines dès le mois de juin 2011, date à laquelle la rébellion prenait les armes.

Des centaines de familles de Buram ont trouvé refuge à l’intérieur des abris rocheux des monts Nouba, qui ont donné leur nom à l’ethnie africaine de la région. Chacun a meublé sa grotte avec ce qu’il a pu sauver : un lit, un réchaud, une marmite, un plat, un sac de vêtements…« Il ne nous reste plus rien, ici, lâche Roda,une paysanne de 27 ans. Pourquoi les Arabes de Khartoum continuent-ils de nous attaquer ? Veulent-ils détruire notre peuple parce que nous sommes noirs ? »

DES ABRIS ROCHEUX

Les grottes offrent un abri précaire. Les villageois y cohabitent avec les serpents et les scorpions longs comme la main. Mieux vaut ne pas déranger par inadvertance ces petits animaux dans leur sommeil : leurs attaques sont parfois mortelles. Les gens des grottes craignent aussi les bombes venues du ciel qui transforment les rochers en projectiles aussi meurtriers que des éclats d’obus.« J’ai perdu sept membres de ma famille lorsqu’un avion a frappé la montagne », affirme Roda.

Chaque jour, femmes et enfants quittent les abris rocheux en quête de nourriture. La faim les tenaille sans répit. Les greniers sont vides ou ont été détruits, les champs abandonnés à cause des bombardements, les dernières semences avalées, le bétail vendu ou digéré. Pour survivre, les agriculteurs se transforment en cueilleurs de racines, de fruits et de feuilles.« Il faut les faire bouillir toute la journée avant de pouvoir les manger », explique Awadir, une grand-mère de 59 ans, qui effeuille, une par une, la branche d’un arbre.

PAS D’HUMANITAIRES

Dans les grottes, la malnutrition saute aux yeux même lorsqu’on ne dispose pas des appareils de mesure habituels. Des garçons et des filles exhibent des ventres gonflés à force d’endurer des carences alimentaires. Des bébés au regard vide restent allongés sur leur couche. Inertes.« Mes jumelles Rasha et Rounia sont âgés de 2 ans, rapporte leur mère, Mounia.Elles savent marcher. Mais, depuis plusieurs semaines, elles sont trop faibles pour tenir sur leurs jambes. »

Ici, il n’y a pas de travailleur humanitaire capable de quantifier l’importance de la faim. Le gouvernement de Khartoum interdit aux ONG et aux organisations de secours des Nations unies l’accès à la zone contrôlée par les rebelles. Certes, de rares camions de vivres ou de médicaments empruntent en secret un mince corridor qui rejoint le Soudan du Sud. Mais l’insécurité ne permet pas d’aider les centaines de milliers de civils pris au piège par la guerre. Les monts Nouba sont devenus un archipel entouré de soldats maintenus à distance par les rebelles.

PLUS DE RÉSERVES

« La plupart des localités situées près de la ligne de front ont été détruites ou endommagées », assure Sadig Abbo, responsable politique du district de Buram. Plus on se rapproche du cœur des montagnes et moins la guerre laisse de traces visibles. Mais derrière le calme apparent, la faim progresse en silence vers les villages épargnés par les combats.« Les bombardements frappent indistinctement les militaires et les civils, note Leslie Lefkow, un enquêteur de Human Rights Watch de retour de la zone.Cette politique de la terreur empêche les habitants de cultiver leur terre. »

Dans les monts Nouba, la saison des pluies commence en juin et s’achève en septembre. Traditionnellement, les paysans appréhendent cette période où ils sont condamnés à vivre sur les réserves en attendant la récolte de l’automne. L’été qui vient les plonge dans l’angoisse, car les greniers sont d’ores et déjà vides. « On n’a rien planté l’an dernier, du fait de la reprise du conflit »,  raconte Tarisa, une agricultrice de 52 ans qui vit à Kauda, principale ville contrôlée par les rebelles. Cette fois, elle a préparé un bout de terrain, bravant la peur des bombardements. Reste à trouver des semences. lire la suite




Pour en savoir plus, lire cet article de fond : 
Causes de la crise Nouba dans l’Etat du Sud Kordofan

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