Avis d'experts sur le terrorisme nucléaire : Benjamin Netanyahou et Bernard Lewis

Publié le par danilette

Voici un extrait d'une intervention récente de Benjamin Netanyahou qui ne l'oublions pas a été un expert du terrorisme internationnal avant de devenir le Premier ministre d'Israël. Je vous renvoie à son ouvrage publié en 1996 :

 

Le terrorisme est et sera le fléau des années 2000, comme il fut celui des années 70.
Mais il est désormais porteur de nouveaux dangers - menace chimique et bactériologique, puissance logistique et financière, réseaux implantés dans le monde entier - et d'une détermination que rien ne saurait fléchir, comme l'ont prouvé les attentats qui ont récemment endeuillé les Etats-Unis. Aujourd'hui plus que jamais, il importe, pour mieux le combattre, de comprendre les ressorts du terrorisme international.
Quels buts - politiques, idéologiques, économiques - poursuivent ses acteurs ? De quels moyens et de quels soutiens disposent-ils ? Doit-on craindre l'avènement d'un " terrorisme nucléaire " ? Depuis trente-cinq ans, Benyamin Netanyahou se consacre à la lutte antiterroriste. Fruit de l'action et de la réflexion, ce livre étudie les origines, les motivations et les développements futurs des groupes terroristes.
Il présente en outre dix propositions concrètes pour faire échec à ce fléau et assurer la défense des sociétés occidentales sans restreindre les libertés individuelles. Parmi ces propositions : des sanctions contre les pays fournisseurs d'armes, le durcissement des législations nationales, des programmes de coopération policière, des mesures de rétorsion diplomatiques, économiques et militaires... Initialement publié en 1996, ce livre prophétique - il évoquait, cinq ans avant, l'hypothèse de la destruction du World Trade Center - est précédé d'un nouvel avant-propos de l'auteur.

 

- Si vous avez un régime musulman extrémiste, qu'il soit sunnite comme avec Al-Qaida ou shiite comme avec les Ayatollahs en Iran, on ne peut pas être sûr qu'ils suivront les règles qui ont été suivies par toutes les puissances nucléaires depuis l'avènement de l'arme nucléaire. On ne peut pas savoir. En fait, on dit souvent que pour ces fanatiques, la force de dissuasion, le risque de destruction réciproque ne fonctionne pas car la destruction, pour eux, est une bénédiction, ils y croient. Ils pensent qu'Israël peut être détruit par une seule bombe, ils nous appellent comme cela, "un pays d'une seule bombe", ça serait terrible...

- Vous dites que c'est un danger clair et présent pour le monde entier, vous parlez de cas très spécifiques d'utilisation de ces armes nucléaires, par exemple tirer un missile, faire entrer une arme nucléaire dans un pays et organiser une attaque dans le métro, vous êtes très clair.

- Ils peuvent transporter cette arme dans un bateau et vous le faire savoir...

- dans un cargo

- Ils peuvent arriver dans n'importe quel port, n'importe quel port d'Amérique et vous faire du chantage : voici nos désidératas : A, B, C, D.

- Sommes-nous proches de cette hypothèse ?

- C'est du chantage nucléaire, ils n'ont pas besoin d'utiliser l'arme nucléaire directement. Ils peuvent très bien commencer par faire du chantage. Il n'est pas possible d'avoir un tel régime, des Ayatollahs qui s'amusent avec la bombe, c'est très, très dangereux Le spectre du terrorisme nucléaire deviendra réel et nous menacera tous, pas seulement Israël, cela menacera l'Amérique, les alliés de l'Amérique et le monde entier.

Traduit par Danilette


 

Bernard Lewis, un grand spécialiste de l'Islam, ancien professeur à l'Université de Princetown, écrivait la même chose en 2006, voici l'article :

 

Les mollahs n’hésiteront pas à recourir aux armes nucléaires, B. Lewis

08/08/06, Wall Street Journal, Original anglais : Does Iran have something in store? , traduction française : A. Jean-Mairet

Pendant la guerre froide, les deux camps possédaient des armes de destruction massive, mais aucun d’entre eux n’y recourut, dissuadé par ce qu’on appelait le MAD, pour mutal assured destruction [NdT: littéralement «destruction mutuelle assurée», usuellement «équilibre de la terreur»; d’autre part le mot anglais mad signifie «fou»]. Des considérations similaires ont sans doute permis de prévenir leur usage dans l’affrontement opposant l’Inde au Pakistan.

À l’heure actuelle, une nouvelle confrontation de ce type semble se concrétiser entre un Iran doté d’armes nucléaires et ses ennemis favoris qualifiés par feu l’ayatollah Khomeiny de Grand Satan et de Petit Satan, à savoir les États-Unis et Israël, respectivement. Les bombes destinées aux États-Unis pourraient être transportées par des terroristes, une méthode qui présente l’avantage de dissimuler l’identité de l’expéditeur. Pour Israël, la cible est si petite qu’on peut fort bien tenter de la détruire par un bombardement direct.

Il est de plus en plus vraisemblable que les Iraniens disposent, ou disposeront très bientôt d’armes nucléaires, grâce à leurs propres recherches (entamées il y a une quinzaine d’années), à l’obligeance de certains de leurs voisins, et aux dirigeants de la Corée du Nord, toujours prêts à rendre un tel service. Le langage du président iranien Ahmadinejad indique bien la réalité, si ce n’est l’imminence de cette menace.

Les mêmes contraintes dissuasives, le même équilibre de la terreur empêcheront-ils un Iran nucléarisé d’utiliser de telles armes contre les États-Unis ou contre Israël?

Une différence radicale sépare la République islamique d’Iran des autres gouvernements détenant des armes nucléaires. Cette différence s’exprime dans ce qui ne peut guère être décrit que par la vision apocalyptique du monde des dirigeants iraniens actuels. Cette vision du monde et les perspectives qui en découlent se révèlent, de manière éclatante, dans des discours, des articles et même des manuels scolaires – elle forge de toute évidence la perception et donc la politique d’Ahmadinejad et de ses disciples.

Même par le passé, il était clair que les terroristes se réclamant de l’islam n’avaient aucun scrupule à massacrer leurs coreligionnaires en grand nombre. Les attentats à l’explosif perpétrés en 1998 contre les ambassades américaines d’Afrique orientale en sont un bon exemple: ils coûtèrent la vie à quelques diplomates américains et à un nombre beaucoup plus élevé de simples passants, en grande partie musulmans. Et les divers attentats terroristes des 15 dernières années ont fait de nombreuses victimes musulmanes.

La phrase «Dieu reconnaîtra les siens» est souvent mise à contribution pour expliquer ce manque apparent de compassion – cela signifie, en clair, que les victimes infidèles, c’est-à-dire non musulmanes, iront subir un châtiment bien mérité en enfer, tandis que les musulmans seront conduits tout droit au paradis. Dans cette optique, les terroristes rendent en fait service à leurs victimes musulmanes, en leur procurant un raccourci vers le paradis et ses délices – la récompense du martyre sans les tourments du martyre. Les manuels scolaires disent aux jeunes Iraniens de se tenir prêts à une lutte finale et mondiale contre un ennemi malfaisant – les États-Unis – et de s’apprêter à bénéficier des privilèges du martyre.

Une attaque directe des États-Unis est, certes, possible, mais peu probable dans le futur immédiat. Israël est une cible plus proche et plus facile; et Ahmadinejad a indiqué que sa pensée allait dans ce sens. L’observateur occidental pense ici immédiatement à deux effets dissuasifs possibles. Le premier est le fait qu’une attaque éliminant Israël éliminerait certainement les Palestiniens. Le deuxième est qu’une telle attaque susciterait certainement des représailles dévastatrices d’Israël contre l’Iran, car on peut s’attendre à ce qu’Israël ait pris les mesures nécessaires pour lancer une contre-attaque même après un holocauste nucléaire dans le pays.

Le premier de ces effets dissuasifs a, certes, de quoi préoccuper les Palestiniens, mais pas, semble-t-il, leurs champions fanatiques du gouvernement iranien. Comme relevé plus haut, le deuxième effet dissuasif – la menace de représailles directes sur l’Iran – est déjà extrêmement affaibli par un complexe suicidaire, ou un esprit de martyre, qui accablent certaines parties du monde islamique actuel avec une vigueur qui est sans égale, tant dans d’autres religions, que dans le passé de l’islam même. Ce complexe revêt encore plus d’importance actuellement, à cause de cette nouvelle vision apocalyptique.

Dans l’islam, de même que dans le judaïsme et le christianisme, certaines croyances portent sur une bataille cosmique marquant la fin des temps – Gog et Magog, l’Antéchrist, Armageddon et, pour les musulmans chiites, le retour tant attendu de l’Imam caché, qui doit déboucher sur la victoire finale des forces du bien sur celles du mal, quelle qu’en soit la définition. Il est évident qu’Ahmadinejad et ses adeptes croient que ce temps est venu et que la lutte finale est déjà entamée, et même bien avancée. Elle pourrait même avoir une date précise, indiquée par plusieurs mentions du président iranien quant à sa réponse finale aux États-Unis sur la question nucléaire – le 22 août. D’abord, il s’agissait de «la fin août», mais Ahmadinejad a ensuite précisé cette date.

Quelle est la signification du 22 août ? Cette année, le 22 août correspond, dans le calendrier islamique, au 27e jour du mois de Rajab de l’année 1427. Or, pour beaucoup de musulmans, la tradition veut que, cette nuit-là, le prophète Mahomet enfourcha le cheval ailé Buraq pour se rendre d’abord à la «mosquée la plus éloignée» [NdT: masjid al-aqsa, voir une explication complète], usuellement considérée comme se situant à Jérusalem, puis au paradis, et retour (Coran 17:1). Cela peut sans doute être considéré comme une date appropriée pour mettre un terme apocalyptique à l’existence d’Israël et, si nécessaire, du reste du monde. Il n’est pas certain du tout qu’Ahmadinejad prépare une telle opération cataclysmique pour le 22 août précisément. Mais il serait sage d’en considérer l’éventualité.

Une citation de l’ayatollah Khomeiny figurant dans un manuel scolaire iranien de 11e année est révélatrice à cet égard:

«J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde (c’est-à-dire les puissances infidèles) se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous obtiendrons tous la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés.»

Dans ce contexte, l’équilibre de la terreur, la dissuasion qui fonctionnèrent si bien pendant la guerre froide, n’ont plus aucun sens. La fin des temps s’accompagnera, de toute manière, d’une destruction totale. Ce qui compte, c’est la destination finale des morts – l’enfer pour les infidèles, le paradis pour les croyants. Pour des gens qui cultivent un tel état d’esprit, le MAD n’est pas un empêchement, c’est un incitatif.

Comment affronter un ennemi animé d’une telle vision de la vie et de la mort ? Certaines mesures de précaution immédiates sont possibles et nécessaires. Ä long terme, il semble que le meilleur, et peut-être le seul espoir consiste à en appeler aux musulmans – Iraniens, Arabes et autres – qui ne partagent pas ces sentiments et ces aspirations apocalyptiques et se sentent tout aussi menacés, et même bien davantage, que nous. Ils doivent être nombreux dans les pays de l’islam, probablement même une majorité. Il est temps, pour eux, de sauver leur pays, leur société et leur religion, de la folie.

Bernard Lewis © Wall Street Journal
 

Publié dans Terrorisme - Djihad

Commenter cet article