Bachar Al-Assad apporte un démenti cinglant au Patriarche maronite Bechara Raï, qui a raté l’occasion de se taire

Publié le par danilette

http://mediarabe.info/spip.php?article2142 

Le Patriarche maronite Bechara Raï : La Syrie est "le pays le plus proche de la démocratie" !! [lire l'article]


Le nouveau massacre commis dimanche soir, 11 mars 2012, à Homs, par la dictature syrienne, à la hachette, au sabre et au couteau, a fait au moins 48 morts. Une vingtaine de jeunes filles ont été enlevées par les miliciens du régime en guise de "trophée". Tout est fait pour ridiculiser le Patriarche maronite, une semaine jour pour jour après ses piteuses déclarations. A défaut de lui demander des comptes, les Chrétiens de Syrie et du Liban exigent désormais son silence.


Dimanche dernier, 4 mars, le patriarche maronite Béchara Raï, a accordé une interview à l’agence Reuters. Ses propos qualifiés d’irresponsables, ont bouleversé plus d’un. Et pour cause, il a une nouvelle fois défendu le régime syrien. N’ayant pas honte des mots, il a estimé que « la Syrie est le pays le plus proche à la démocratie ».

Consciemment ou inconsciemment, le chef de l’Eglise maronite met en danger les Chrétiens de Syrie et embarrasse ceux du Liban. Les Syriens sont plus que jamais engagés dans la révolte. Le 11 mars, le lieutenant-colonel chrétien Moutih Elias Elias a annoncé sa défection et son ralliement à l’Armée Syrienne Libre, dénonçant « les tentatives du régime de provoquer une guerre religieuse en Syrie, en jouant sur la fibre religieuse entre les différentes composantes du pays ». Comme le dit si bien l’ancien diplomate français Ignace Leverrier, « le régime ne protège que les bons chrétiens ». Et c’est valable pour toutes les communautés !

Mais le démenti le plus cinglant apporté par le régime au Patriarche maronite qui ne se lasse pas de le protéger, est intervenu dans la nuit de dimanche à lundi à Homs. Les forces loyales et les miliciens, armés et payés par Assad, ont égorgé 48 personnes (21 femmes et 27 enfants), et ont incendié d’autres, retrouvés méconnaissables. Plusieurs dizaines de jeunes filles, déshabillées et humiliées sur la place publique, ont été emportées par les miliciens en guise de trophée, au terme de la razzia, et seront sans doute violées et tuées. Quelques heures plus tôt, 73 personnes ont été tuées dans les bombardement d’Idlib, et les forces du régime achevaient les blessés à Alep, après avoir commis un massacre à Jobar, au nez et à la barbe de Kofi Annan et de Valérie Amos.L’épuration se poursuit sur ordre de « la dictature la plus proche à la démocratie » !

Le régime confirme ainsi sa politique déjà rodée au Liban, mais que le Patriarche, pour des raisons qui échappent encore à ceux qui ne veulent pas voir, tente de justifier.

Une semaine avant ce nouveau massacre, le Patriarche avait perdu l’occasion de se taire. A l’agence Reuters, il a exprimé des réserves au sujet de la forme des changements qui s’opèrent dans certains pays arabes : « Comment peut-il s’agir d’un printemps arabe alors que des personnes sont tuées tous les jours ? ». Mais le Patriarche a oublié de préciser que ces morts sont imputées au régime dictatorial, qui, depuis un an, ne veut rien céder aux aspirations démocratiques du peuple. Mais tout de même, « c’est le pays le plus proche de la démocratie » !

Le Patriarche a utilisé l’exemple de l’Irak, qu’un million de Chrétiens ont fui depuis le renversement de Saddam Hussein. Mais il a oublié de préciser que les attaques visant les chrétiens ont été menées par les islamistes introduits par la Syrie et l’Iran qu’il chérit tant ! Il a également oublié que Saddam Hussein, qu’il semble regretter, avait gazé des millions de Kurdes et de Chiites, humilié les Sunnites et exploité la peur des Chrétiens.

Raï a non seulement raté l’occasion de se taire, mais surtout, il a multiplié les âneries dignes d’un inculte. Concernant la Syrie, il a oublié qu’il s’agit du régime jumeau de celui de l’Irak, calqué sur le modèle Nord-Coréen. Il a dit que « comme d’autres pays, la Syrie a besoin des réformes que le peuple réclame et que même son président, Bachar el-Assad, avait annoncées depuis mars dernier ». L’auteur de ces propos ne semble pas craindre le ridicule. Il le confirme en ajoutant qu’« il est vrai que le régime du Baath est une dictature, mais il en existe plusieurs sur son modèle dans le monde arabe. Dans tous les pays arabes, la religion de l’Etat est l’islam, sauf en Syrie où la Constitution stipule seulement que le président doit être musulman. La Syrie est la plus proche d’une démocratie ».

Les déclarations de Raï ont provoqué le dégoût en Syrie et au Liban. Les Syriens estiment que le Patriarche les met en danger de mort en contribuant à la politique de ségrégation menée par la dictature. D’autant plus que les arguments avancés par Raï sont en totale contradiction avec les enseignements de l’Eglise. A défaut de les protéger et de les aider à atteindre leurs objectifs et à réaliser leur rêve de démocratie, de liberté et de dignité, les Chrétiens syriens lui demandent désormais de se taire.

Pour la majorité des Chrétiens libanais, qui n’a pas encore totalement pansé les plaies de l’occupation syrienne de leur pays, les propos de Raï sont injustifiés et incompris à tous points de vue : religieusement, humainement et politiquement. Les Libanais n’ont pas oublié l’humiliation subie par « ce régime proche de la démocratie », qui les a occupés pendant 30 ans au prix de 150.000 morts. Ils n’ont pas oublié ses tentatives de soumettre l’Eglise, pilier de l’indépendance et de la souveraineté du Liban, ni les centaines de Libanais toujours détenus, illégalement et arbitrairement, dans les prisons syriennes... Outre le dégoût, le retournement du Patriarche suscite des interrogations. Les uns craignent une alliance par conviction qui anéantirait littéralement le Liban et son indépendance. D’autres redoutent que le Patriarche ne soit réellement victime d’un chantage syrien. L’hypothèse selon laquelle Bachar Al-Assad détient des dossiers compromettants pour Raï est de plus en plus plausible. Damas menace de les révéler si le chef de l’Eglise ne le soutenait pas !

Quelles que soient les raisons du Patriarche, les Chrétiens syriens et libanais sont de plus en plus nombreux à hausser la voix. Par respect au titre de Bechara Raï, ils évitent de lui demander de se taire, préférant rappeler que si la parole est d’argent, le silence est d’or. Ils n’excluent pas de lui demander des comptes, le considérant comme un complice de la dictature dans le génocide. Cyniquement, les massacres commis par le régime syrien ont l’avantage d’accélérer sa chute, et accessoirement de démentir Raï.

Stefano B.C.

A lire au sujet des relations ambiguës entre Bechara Raï et le régime syrien :

A Paris, Bechara Al Raï défend le régime syrien de Bachar Al Assad. Le gâchis ! (7 septembre 2011)

Syrie : le régime a érigé le "mensonge" en religion d’Etat (30 septembre 2011)

Syrie : comment le régime de Bachar Al-Assad exploite-t-il des religieux qu’il avait corrompus et protégés ? (22 novembre 2011)

Incorrigible, le Patriarche maronite défend le dictateur syrien Bachar Al-Assad (28 décembre 2011)

 

 

Publié dans Syrie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article