C'est quoi, ce que le Hamas essaie de prouver ? Jeffrey Goldberg

Publié le par danilette

What, Exactly, Is Hamas Trying to Prove? Jeffrey Goldberg, correspondant du journal The Atlantic www.theatlantic.com/

 

Mahmoud Abbas, le dirigeant de l’Autorité palestinienne qui, s’il lui arrive parfois de paraître modéré n’en est pas moins un leader totalement inefficace, a demandé à ses rivaux du Hamas une question que beaucoup d’autres personnes perplexes se posent : « quel est votre objectif en envoyant des roquettes sur Israël » ?

Le Hamas a tiré à ce jour (13 juillet) plus de 500 roquettes sur les villes israéliennes, il s’agit d’une méthode terroriste contre des civils, les citoyens israéliens même s’il y a peu de victimes pour différentes raisons mais surtout grâce au système antimissile du Dôme de fer.

En réaction à ces missiles tirés sans discernement, Israël a bombardé des cibles dans la bande de Gaza. Comparé aux chiffres des personnes tuées dans d’autres parties du Moyen-Orient, le nombre de morts à Gaza est faible. (Plus de 170 000 personnes ont été tuées en Syrie à ce jour). La réponse à la question est celle-ci : le Hamas cherche par tous les moyens à ce qu’Israël tue le plus de Palestiniens possibles.

Les morts palestiniens représentent un élément crucial de la propagande des nihilistes du Hamas. C’est pervers mais c’est la réalité. C’est la meilleure explication possible du comportement du Hamas parce que le Hamas n’a pas un autre objectif stratégique.

Les dirigeants du Hamas qui ont des formations d’ingénieurs, de médecins et d’avocats sont assez intelligents pour comprendre qu’ils ne sont pas en mesure d’anéantir l’État juif et de le remplacer par un État des Frères musulmans (le Hamas est la branche palestinienne de la Confrérie des Frères musulmans). Le Hamas est un groupe militaire faible qui tire des roquettes sur les civils d’un puissant état voisin.

Les morts palestiniens fournissent une propagande victorieuse pour les nihilistes du Hamas, c’est pervers mais c’est vrai.

L’armée israélienne a la capacité opérationnelle de niveller l’ensemble de la bande de Gaza en une seule journée si elle le souhaitait. Elle est restreinte par la pression internationale mais aussi par ses valeurs morales et le fait qu’il n’est pas dans son intérêt de faire des victimes civiles innocentes. Les hommes qui dirigent le Hamas, ceux-là même qui se cachent dans des bunkers profondément enterrés sous terre, qui envoient les enfants des autres mourir en faisant des attentats suicides, savent que leur campagne actuelle n’apportera pas la fin de la légitimité d’Israël en tant qu’État.

J’ai été frappé, au cours des derniers jours par la plutôt indifférence du monde sur le sort de la bande de Gaza. Peut-être que comparé au cataclysmes qui se produisent en Irak et en Syrie, ce conflit a été rétrogradé un statut beaucoup moins prioritaire. Peut-être même que les gouvernements européens les moins accommodants d’habitude, comprennent qu’Israël est en droit de traquer ceux qui essaient de tuer sa population civile. Quelle qu’en soit la cause, il semble qu’il y ait moins de pression qu’à l’habitude, pour freiner la campagne israélienne.

Il n’y a pas l’ombre d’un doute que le Hamas pourrait protéger la vie des Palestiniens en cessant ses tirs visant la population israélienne. Cette décision appartient au Hamas. Comme l’a déclaré plus tôt cette semaine le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon : « nous sommes confrontés au risque d’une escalade en Israël et à Gaza, avec la menace d’une offensive terrestre qui pourrait être évitée si le Hamas arrêtait de tirer des roquettes ».

Je comprends que ce dernier cycle de cette guerre sans fin entre Israël et Gaza est à bien des égards une erreur. Israël n’avait pas envie d’une confrontation tout azimut avec le Hamas en ce moment et le Hamas, qui se sent menacé dans son contrôle de la bande de Gaza par des groupes encore plus radicaux et nihilistes que lui, est particulièrement mal préparé à affronter Israël.

La situation politique actuelle est terrible et fascinante mais je ne peux m’empêcher de penser à une hypothèse : que se serait-il passé si il y a neuf ans, quand Israël a retiré ses soldats et tous les habitants juifs [« colons »] de Gaza, les Palestiniens avaient fait un choix différent ? Et s’ils avaient choisi de construire les bases d’un État plutôt que toute une série d’usines souterraines pour fabriquer des roquettes ?

Je pense à ce que m’ont dit des dirigeants kurde irakiens. Le Kurdistan irakien se trouve aujourd’hui sur le point d’obtenir son indépendance. Les Kurdes méritent d’avoir un État. Contrairement aux dirigeants palestiniens, les Kurdes ont adopté une stratégie intelligente et de longue durée pour les amener à la situation actuelle.

C'est ce que Barham Salih, l'ancien Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan m'a dit il y a quelques années « comparez-nous à d’autres mouvements de libération dans le monde entier, nous avons beaucoup plus de maturité, nous n’utilisons pas le terrorisme, nous refusons une idéologie nationaliste extrémiste qui ne peut être qu’un fardeau pour notre peuple. Comparez ce que nous avons accompli dans les zones contrôlées par l’Autorité du Kurdistan avec ce qui se passe dans l’Autorité palestinienne. Nous avons passé des dix dernières années à construire une société laïque et démocratique, une société civile. Et les Palestiniens, qu’ont-ils construit ? »

De la même façon, Massoud Barzani, le Président du Gouvernement régional du Kurdistan, m'a dit une fois : « nous aurions pu utiliser de terrorisme contre Bagdad, nous avons choisi de ne pas le faire ».

En 2005, les Palestiniens de Gaza, libérés de leurs occupants israéliens aurait pu suivre l’exemple des Kurdes ou même de David Ben Gourion, le principal constructeur de l’État d’Israël, et créer les infrastructures nécessaires pour une éventuelle indépendance. Gaza est situé entre deux grandes économies, celle d’Israël et celle de l’Égypte. L’Europe est juste en face, de l’autre côté de la Méditerranée. Gazaaurait pu facilement attirer des milliards d’aides économiques.

Quand les israéliens se sont retirés il n’y avait pas de blocus sur la bande de Gaza. C’est seulement plus tard, quand les groupes palestiniens ont utilisé ce territoire nouvellement libéré, comme une rampe de lancement pour les attaques de missiles que les Israéliens ont été obligés de prendre cette mesure. Dans les jours qui ont suivi le retrait, les Israéliens ont encouragé le développement de la bande de Gaza. Un groupe de donateurs juifs américains a payé 14 millions de dollars pour acquérir les 3000 serres [ultra-modernes, des merveilles de technologies] laissées par les habitants juifs expulsés et en a fait don à l’Autorité palestinienne. En quelques jours, ces serres ultra-modernes ont été pillées, dévastées et détruites. Jusqu’à aujourd’hui cet exemple est la parfaite métaphore qui illustre le gâchis palestinien.

Si Gaza avait, malgré toutes les difficultés, malgré tous les handicaps imposés par Israël et l’Égypte, pris des mesures concrètes en vue de créer le noyau d’un État, je crois qu’Israël aurait rapidement envisagé d’évacuer une grande zone de la Judée Samarie (Cisjordanie). Mais ce que veut le Hamas ce n’est pas un État dans une partie de la Palestine*, ce qu’il veut, c’est la destruction d’Israël. Il n’arrivera pas à détruire Israël et il fait tout pour empêcher la création d’un État palestinien.

*Il est intéressant de consulter la charte du Hamas, qui dit que l’objectif, c’est tout le territoire de la Palestine du Mandat britannique (y compris la Jordanie).

Adaptation libre de l’anglais par Danilette.


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