Cartoline da Eurabia, di Ugo Volli,« Reporters sans frontières » ? Vous voulez dire plutôt sans vergogne »

Publié le par danilette

http://www.informazionecorretta.it/main.php?mediaId=115&sez=120&id=31683
" Giornalisti senza frontiere ? Mavalà, piuttosto senza vergogna "
« Reporters sans frontières » ? Vous voulez dire plutôt sans vergogne »


 Eccoli, non vedono e non sentono. però parlano tanto
Les voilà :  ils ne voient pas,  ils n’entendent pas,  mais ils parlent tellement!

Je vais parler de ce que je vous ai promis. Ca ne vaut rien mais justement c’est pour cela que j’en parle ici : au fond, faire la chasse à la bêtise, c’est mon métier. De quoi s’agit-il ? De ce qu’on appelle pompeusement « Classement mondial 2009 » de la liberté de la presse, œuvre de « Reporters sans frontières », journalistes sans « bornes » ou plutôt bornés. Vous avez déjà lu mon article hier [http://www.informazionecorretta.it/main.php?mediaId=115&sez=120&id=31672] donc je ne vous répéterais pas les choses essentielles, les incohérences sur Israël et la bizarrerie de sa double classification [Israël (territoire israélien) 94ème place et Israël (hors territoire israélien) 150ème place] à l’intérieur et extérieur de son territoire (mais n’y avait-il pas de journalistes qui ne s’occupaient pas de frontières ?) Une réflexion s’impose. La liberté de la presse c’est un sujet sérieux, nous sommes tous d’accord mais qu’en est-il de la diffamation, de l’incitation à la haine, du mensonge systématique. En somme qu’en est-il de la Suède [en 1ère place] (ou si vous voulez mon avis, du journal « Repubblica » qui prétend avoir le droit de ne pas être poursuivi par ceux qui se sentent diffamés par ses articles). 

Le problème de ce classement c’est avant tout le classement. Qui le fait ? Avec quels critères ? Si vous ouvrez le site de « reporters sans frontières » (http://www.rsf.org/-francais-.html) vous trouvez seulement des déclarations vagues, des revendications pour l’extension de l’organisation du réseau, des bonnes intentions. Mais si vous essayez de savoir comment le classement a été fait, vous trouverez seulement un étrange questionnaire* qui commence avec le nombre de journalistes morts et finit avec le nombre de journaux d’opposition mais on ne comprend pas bien par quels critères ces données sont appliquées aux pays jugés. A la fin pourtant on trouve des chiffres et ce qu’on peut comprendre, c’est comme dans les blagues se moquant des confessions au prêtre : « combien de fois, mon enfant » ? Plus il y a de fois, plus vous devez faire pénitence. Prenons par exemple, juste pour ne pas faire de polémique, faisons semblant de ne pas voir le reste, les quinze premiers classés :
1 Danemark 0,00 
- Finlande 0,00 
- Irlande 0,00 
- Norvège 0,00 
- Suède 0,00 
6 Estonie 0,50 
7 Pays-Bas 1,00 
- Suisse 1,00 
9 Islande 2,00 
10 Lituanie 2,25 
11 Belgique 2,50 
- Malte 2,50 
13 Autriche 3,00 
- Lettonie 3,00 
- Nouvelle-Zélande 3,00 

Nous convenons qu’il s’agit de pays libres. Mais y-a-t-il une raison pour laquelle la Hollande (1 point) est trois fois plus libre que la Nouvelle Zélande (3 points) ? ou la Suisse (1 point) moins libre que l’Estonie (0,50) ? Pouvez-vous m’expliquer ce qu’a fait de mal la pauvre Nouvelle Zélande, avec tous ses moutons inoffensifs ? Peut-être qu’un bélier a encorné un randonneur sans frontière ? 

Quant à l’Italie (11,49 points, place 49, quelle étrange répétition de chiffres… qui sait pourquoi 11,49 et non pas 11,50… sans doute valait-il mieux, cela semblait plus crédible … plus scientifique), quand vous traversez le Brenner et que vous vous trouvez en Autriche, vous sentez-vous quatre fois plus libre ? Vous poussez un soupir de soulagement en feuilletant le « Kurier »,  journal à scandales  à la place  du « Corriere » qui,  nous en convenons, est bien pire ?  Et si cela ne vous suffit pas, réfugiez-vous en Suisse pour tripler votre liberté avec la « Neue Zuercher Zeitung » tellement ennuyeuse, tellement précise mais extrêmement libre ? 
Vraiment,  la Guyane, le Surinam et les iles du Cap-vert sont-ils plus libres que l’Italie ? Ont-ils une presse organisée et combative comme la notre ? Cela ne vous semble-t-il pas un peu ridicule ? Et Haïti, un des endroits les plus dangereux du monde, où dans les dernières années les dictatures se sont succédées et qui survit seulement grâce à l’intervention de l’ONU, est-ce un pays vraiment presque aussi libre que le notre (15 points, 57ème place) ? Juste après Haïti,  vient Taïwan avec 15,25 points, le Liban avec 15,42 points, le Botswana avec 15,50 points… Mais quelle est la signification de ces décimales ? Et le Liban, est-ce un bon endroit pour être journaliste sous la surveillance du Hezbollah ? Vous iriez y travailler, vous, à Beyrouth au lieu de vous occuper de ce qui se passe à Rome ?  Moi, non.  Franchement…
Mon impression est que toute cette histoire n’est rien d’autre qu’un hybride entre un concours de Miss Italie,  pas crédible par définition et un truc d’intimidation,  essentiellement une opération spectacle, un jeu de propagande. 

Vous en voulez la preuve ? Les Etats-Unis ont fait un bond en avant de 20 positions cette année en passant de la 40ème place à la 20ème place. Vous voulez savoir pourquoi ?  Mais vous l’avez déjà deviné … En voici la raison : ils ont élu un président qui se nomme Obama.

(« L’arrivée du nouveau président Barack Obama et son attitude moins belliqueuse que celle de son prédécesseur à l’égard de la presse y est pour beaucoup »). 

Pourtant ces jours-ci on assiste à une véritable guerre entre l’administration Obama et le groupe de presse « Fox » jugé comme « un parti politique ennemi », on a interdit aux fonctionnaires publics d’en parler  et il est interdit de poser des questions à ce sujet  aux conférences de presse du Président ; vous semble-t-il possible que l’élection d’un président,  avec ce culte de la personnalité,  modifie vraiment le rôle de la presse dans un pays grand et complexe comme les Etats-Unis ?  Non, c’est un pur soutien politique, comme le prix Staline (ou était-ce le prix Lénine ? je ne sais plus)  que les socialistes norvégiens ont décerné à Obama.
Le cas d’Israël est similaire : confiné à la 83ème place  (après la Mongolie et la Guinée Bissau !) avec 23,75 points (presque dix fois moins libre que la Lituanie), perd 47 places en un an.   Et vous savez pourquoi ? Mais c’est clair : parce qu’Israël s’est défendu à Gaza, naturellement : 

« L’opération militaire "Plomb durci" menée par Israël contre la bande de Gaza a eu également des répercussions sur la presse ». 

Parlons clairement : ces journalistes ne sont pas sans frontières, ils sont sans vergogne.  S'ils récompensent ou punissent  c'est,  de manière flagrante, en fonction de leurs sympathies politiques.  Puis ils arrangent tout par des chiffres avec la même rigueur scientifique qu’une grimace : Obama, 20 points en plus, Berlusconi, 10 points en moins.
J’accepte très bien qu’ils aient leurs opinions mais beaucoup moins qu’ils la travestissent en une apparence pseudo-quantitative. Peut-être sont-ils tout simplement de mauvais journalistes, de ceux qui racontent les choses comme ça les arrange, sans vérification et sans explication.

 
*voir la note méthodologique http://www.rsf.org/IMG/pdf/note_methodo_fr-2.pdf qui précise : 

« Ce questionnaire a été adressé aux organisations partenaires de Reporters sans frontières (15 associations de défense de la liberté d'expression dispersées sur les cinq continents), à son réseau de 130 correspondants, à des journalistes, des chercheurs, des juristes ou des militants des droits de l'homme. Un barème établi par Reporters sans frontières a ensuite permis d'attribuer une note à chaque questionnaire. » 

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Publié dans Ugo Volli

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