Confrontations sur les frontières israéliennes : nouvelles réalités et nouveau défi, Dr Mordechai Kedar

Publié le par danilette

Résumé : les confrontations le long des frontières israéliennes qui se sont produites hier au cours de la journée de la Nakba, reflètent les nouvelles réalités régionales et une perception de la faiblesse d'Israël ; à long terme il s'agit d'un affaiblissement du pouvoir de dissuasion d'Israël. Et ce n'est pas fini ; actuellement au Moyen-Orient il existe une dynamique d'escalade. Israël doit être donc résolu dans sa défense mais il doit également faire preuve de retenue et de modération.

Pendant des années j'ai entendu parler des plans des réfugiés palestiniens à Gaza, au Liban et en Syrie prévoyant de marcher en masse sur les frontières israéliennes, sous l'oeil attentif et avide de gros titres, de la presse internationale, en particulier des médias arabes. Israël n'oserait jamais tirer sur des manifestants, analysait-on, surtout s'ils marchaient sans armes et n'utilisaient pas la violence. Je ne suis pas le seul à avoir écrit et parlé à ce sujet dans les médias israéliens. Mais rien ne s'était matérialisé jusqu'à aujourd'hui.

Les affrontements violents le long des frontières d'Israël, dimanche dernier ont été rendus possibles par un certain nombre de facteurs régionaux et diplomatiques qui ont fusionné ensemble.

  1. D'abord et avant tout le développement du sentiment du « yes, we can », la croyance que des masses sans armes peuvent surmonter et vaincre des dictateurs. La protestation non violente est la nouvelle arme non conventionnelle de jeunes gens, chômeurs, frustrés, une arme contre laquelle le régime est supposé être sans défense. les Tunisiens, les Égyptiens, les Yéménites et les Syriens utilisent et ont utilisé cette arme contre leurs dirigeants. Maintenant, les Palestiniens l'ont adopté pour l'utiliser contre Israël.
     
  2. Le second point est le développement de Facebook et Twitter, moyens par lesquels un public peut s'organiser en dépit des efforts du régime pour l'étouffer et avec lesquels des dirigeants peuvent mobiliser une rébellion sans risque de révéler leurs vrais noms. Les médias sociaux ont été, en effet, un moyen utilisé pour organiser les événements de dimanche.
     
  3. Le troisième changement est la participation des régimes syriens et libanais dans les événements, en effet un convoi d'autobus de Palestiniens mécontents n'aurait jamais pu atteindre dimanche la frontière syrienne avec Israël,  à l'insu de ces gouvernements et sans leurs consentements. La coopération de ces régimes découle de leurs efforts à exporter leurs problèmes internes vers Israël et diriger les objectifs des caméras loin de ce qui se passe en Syrie, au Liban et dans la bande de Gaza, pour les focaliser sur Israël et ses actions contre les Arabes.
    Récemment, des résidents syriens de Deraa ont été filmés criant : « nous espérons qu'Israël va nous occuper parce que les militaires syriens sont bien plus cruels que l'armée israélienne ». Le régime syrien croit que les cadavres sur la frontière israélienne vont aider à rétablir la santé mentale des civils de Deraa.
     
  4. Le quatrième élément nouveau est le lien entre la Syrie, le Liban et Gaza, la connexion iranienne. Ces trois zones sont toutes sous l'influence des ayatollahs et il n'y a pas de meilleure date à laquelle blâmer Israël pour la pagaille du Moyen-Orient que le 15 mai, la soi-disant célèbre journée de la Nakba.
     
  5. Mais nous ne devons pas négliger le facteur israélien qui a un impact important sur les Arabes. Ces dernières années, les joueurs Arabes ont vu et compris qu'Israël fait des concessions chaque fois qu'il est soumis à des pressions externes. Le Likoud, qui historiquement était fortement opposé à la création d'un État palestinien est aujourd'hui prêt à en accepter un. Le consensus israélien qui a existé pendant des années sur la ville unifiée de Jérusalem est aujourd'hui sur le point de se fissurer. Même la question du retour des réfugiés palestiniens, considéré autrefois comme un anathème parmi tout le spectre politique, commence à être envisagé, du moins dans une certaine mesure par certains des hommes politiques de la gauche israélienne. Lorsque les ennemis d'Israël voient qu'il compromet ses principes de base sous la pression extérieure et quand ils se rendent compte que ses lignes rouges sont devenues rose pâle, cela augmente leur espoir que des pressions supplémentaires soient récompensées par de nouvelles concessions. Les adversaires d'Israël pensent par exemple, qu'une forte pression des réfugiés palestiniens entraînera sans doute les Israéliens, de guerre lasse, à céder sur ce point aussi.

En dépit de la seconde guerre du Liban en 2006 et de l'opération plomb durci en 2008-2009, l'image actuelle d'Israël est l'image d'un état faible, passif, un État qui peut être calomnié dans le monde entier par Richard Goldstone, un État où l'annonce de plans pour construire 1600 logements à Jérusalem suffit à susciter la colère du résident actuel de la Maison-Blanche. Les pays voisins ont la certitude que la société israélienne, en particulier l'élite qui vit dans une Tel-Aviv ostensiblement hédoniste, pacifiste, post-sioniste, vendra tout ce qui autrefois lui était sacré en échange d'un retour à la paix et à la tranquillité dans la rue Shenkin* parce qu'elle a perdu la volonté de se battre.

Dans le même temps, Israël s'est transformé aux yeux de beaucoup en lépreux à cause de l'antisémitisme classique amplifié par la culpabilité que ressent l'Europe sur ses démons de l'holocauste et du colonialisme. (Pour se racheter, il est bien plus facile de battre la coulpe des Juifs que de battre sa propre coulpe). Israël est donc supposé renoncer à la force contre des réfugiés non armés. En conformité avec les méthodes utilisés par Kadhafi en Libye ou Assad en Syrie...

Les événements de dimanche ne sont pas les derniers. Actuellement au Moyen-Orient il existe une dynamique d'escalade. Chaque personne tuée aujourd'hui devient le martyr des funérailles du lendemain, ces funérailles devenant à leur tour une protestation violente et leurs victimes à leur tour, devenant des martyrs, le lendemain. Ainsi, Israël doit soigneusement peser ses actions pour faire face à la nouvelle réalité. Israël doit être résolu diplomatiquement et ferme militairement mais aussi faire preuve de retenue et de mesure car un nombre croissant de morts ne fera qu'aggraver la situation. 
Adapté par Danilette, article reproductible à condition de mentionner la source et le lien

NDT : * Les "Champs Elysées de Tel-Aviv

Mordechai Kedar est chargé de cours au département d'arabe et chercheur associé au Centre Begin-Sadate d'Etudes Stratégiques, Université Bar-Ilan.


Une version de cet article a été publiée en premier sur le Jérusalem Post, le 16 mai 

Publié dans Mordechai Kedar

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jeanfrancois.kolly 18/05/2011 18:59



Cher Dr.


"La meilleure défense, c'est l'attaque." et "Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt." Voilà ce que nous ont appris nos anciens.


Souvenons-nous des six jours de 67.


Par ailleurs, comment se peut-il qu'il y ait une élite hédoniste en Israël après la Shoah ?


Je n'en reviens pas.


 


Salutations amicales


un admirateur suisse de Tsahal