Au Sud-Soudan, les "esclaves noirs" se "libèrent des Arabes", de Guillaume Lavalee (AFP)

Publié le par danilette

 

GUDELE — "Nous avons été les esclaves des Arabes. Nous votons aujourd'hui pour notre liberté", souffle Duku John, jeune Sudiste aux traits carrés, le pouce imbibé d'encre pourpre après avoir voté dans un faubourg poussiéreux lors du référendum d'indépendance du Sud-Soudan.

Dans une région qui a subi l'esclavagisme, attendu 55 ans de pouvoir exercer son droit à l'autodétermination et mené 38 ans de guerre au total avec le gouvernement central de Khartoum, la population ne mâche pas ses mots lorsqu'il est question du référendum.

"Nous, les noirs, avons été les esclaves des Arabes, nous voulons maintenant bâtir notre propre pays", lance le jeune Sudiste, lunettes de soleil et sac en bandoulière, en regardant la longue file d'attente qui s'étend devant le centre de vote de Gudele, ville située dans la banlieue de la capitale sudiste Juba.

"Ce vote est la dernière bataille, nous lançons la dernière bombe sur le Nord", ironise de son côté Charles Sambos, qui a passé 25 ans dans les plantations de sucre du Nord-Soudan, avant de rentrer l'an dernier chez lui au Sud.

"C'est la fin de l'arabisation, la fin de l'islamisation", plaide-t-il, en patientant devant le bureau de vote de Gudele, ville où s'entremêlent huttes de paille, maisonnettes de ciment et habitations en terre, et où des voitures coiffées du drapeau étoilé sudiste retournent la poussière des routes en terre battue.

Comme à Gudele, de longues files d'attente ont été constatées dimanche à travers tout le Sud-Soudan au premier jour du référendum, lors duquel les habitants doivent se prononcer pour la sécession du Sud ou le maintien de l'unité avec le reste du Soudan.

Ce scrutin est le point d'orgue de l'accord de paix global ayant mis fin en 2005 à la seconde guerre civile entre le Nord, musulman et en grande partie arabe, et le Sud, afro-chrétien. Ce conflit a fait deux millions de morts.

Plus de 120.000 Sudistes habitant le Nord sont rentrés au cours des dernières semaines pour participer au vote.

Les analystes pronostiquent une victoire de l'option sécessionniste, et les responsables politiques à Khartoum semblent avoir déjà fait leur deuil du Sud-Soudan.

"J'ai passé ma vie au Sud-Soudan. Parmi les gens que je connais, je peux vous dire que 99% d'entre eux vont voter pour la sécession", affirme Oboy Ofilang Itorong, vêtu d'une tunique blanche qui laisse entrevoir une balafre sur le torse. "Mais bon, un vote demeure secret et on ne sait pas ce qui peut arriver", ajoute-t-il.

"Les Arabes disent que nous formons un pays, que nous sommes ensemble, mais je ne crois pas à ça", argue pour sa part Justin Mogga, un partisan du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), ex-rébellion sudiste au pouvoir à Juba.

"Nous avons beaucoup de problèmes au Soudan. Tout le développement est concentré à Khartoum", peste-t-il, en reprenant un argument largement développé par les autorités sudistes. "Nous voulons nous séparer du Nord pour voir qui est la cause du problème: les Arabes ou les Noirs", dit-il. Lire la suite


Les Soudanais du Sud pressés de voter la partition


Des électeurs sud-soudanais patientent devant un bureau de vote de la ville de Juba, pour participer au référendum sur la sécession de la région. (Crédits photo: Goran Tomasevic/Reuters)

Des électeurs sud-soudanais patientent devant un bureau de vote de la ville de Juba, pour participer au référendum sur la sécession de la région. (Crédits photo: Goran Tomasevic/Reuters)

Ils ont une semaine pour voter, mais dès ce dimanche des queues immenses se formaient devant les urnes. 

Ils font la queue sous le soleil depuis l'aube. À 11 heures du matin, les électeurs qui peuvent enfin déposer leur bulletin dans les urnes en plastique sont arrivés à 7 heures. Ils sont des centaines, dans une discipline impressionnante. Hommes, femmes, jeunes, vieux, sans manifester la moindre mauvaise humeur. Ces serpents humains, on les retrouve partout dans Juba, la future capitale du futur État du Sud-Soudan.

Les Sudistes semblent vouloir montrer à la face du monde, à toutes les télévisions internationales tournant en permanence, qu'ils ne laisseront pas passer leur chance. Alors qu'ils ont jusqu'à samedi pour voter, ils se sont pressés en masse comme si les bureaux devaient fermer le soir même. «Les électeurs ont commencé à arriver à 3 heures du matin», dit un policier en civil qui surveille les opérations du bureau du mausolée de John Garang, le héros de l'indépendance. Une vaste tombe, curieusement surmontée d'une mappemonde en plastique de laquelle pend une clé au bout de ficelle.

Le quorum de 60% des inscrits, nécessaire à la validation du scrutin, ne semble pas faire de doute. Ni le résultat. Impossible de trouver un partisan de l'unité, symbolisée sur les bulletins par deux mains jointes, la sécession étant représentée par une main paume ouverte, comme pour dire «stop».

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Sur Lessakele

Peu d’écho semble donné à ce qui pourrait bien constituer une grande victoire sur l'un des génocides les plus lancinants du tournant du XXIè siècle, ce 9 janvier : l’indépendance probable, mais fragile, du Sud-Soudan chrétien, peut-être assortie de celle de la province d’Abyié, à l’égard de Khartoum, où règne en maître, Omar El-Béchir. Soutenu par l’Organisation de la Conférence islamique, le dictateur soudanais échappe, jusqu’à preuve du contraire, à tout mandat d’arrêt international visant à le traîner devant le Tribunal de la Haye. Se conformer à ce référendum, soutenu par l’ONU est une façon de monnayer sa survie politique, quoi qu’il y soit viscéralement opposé, à l’instar de quelques voisins dont il a le renfort : l’Egypte de Moubarak et la Lybie de Mouammar Khadafi. Pour des raisons différentes, ces deux régimes y voient un risque de perte de leur mainmise sur le couloir africain, à partir des rives du Nil et le risque d’éveil, tant des Chrétiens d’Afrique que de l’Ethiopie.

 

 

Publié dans Afrique - Maghreb...

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