David Littman ז"ל

Publié le par danilette

C'est avec une grande tristesse que j'écris zal, de mémoire bénie...

David Gérald Littman z"l

Lors de la remise de la médaille de l'ordre du "héro du silence du Mossad", David Littman a déclaré : "Quand je pense à ma vie passée, je peux dire très sincèrement que la meilleure décision de ma vie fut de me marier avec ma femme, Gisèle, et la deuxième meilleure décision fut de me porter volontaire pour faire sortir des enfants juifs du Maroc et les conduire en Israël, via la Suisse. Notre mission de Casablanca reste un souvenir indélébile dans nos esprits, comme le sera aussi la journée d'aujourd'hui".

Monsieur David Gerald LITTMAN, Historien, Délégué de la World Union for Progressive Judaism, et de l’Association for World Education, auprès de la Commission des Droits de l’Homme aux Nations Unies à Genève s'est éteint après une éprouvante maladie supportée avec courage.

David Littman, historien et activiste courageux des Droits de l'homme, était le mari de Bat Ye'or.

Voir sa biographie en anglais : http://www.dhimmitude.org/littman-biography.html

Quelques-unes de ses anciennes allocutions à l'ONU: www.dhimmitude.org et www.youtube.com/user/davidlittmanUN


David et Gisele Littman, avec leur fille Diana, à l'époque de l'opération Mural en 1961 

Hommage à David G. Littman (1933-2012) www.veroniquechemla.info De sa haute taille, David Gerald Littman a arpenté avec élégance les continents. 

Le jour de leur mariage, sa femme, la future Bat Ye’or, lui avait enjoint de « parler le français avec humour » ? David G. Littman s’était exécuté à la perfection, pour le plus grand bonheur des spectateurs de ses conférences.

Historien et militant des droits de l’homme
David G. Littman est né dans une famille britannique Juive bourgeoise.
Licencié en histoire moderne et sciences politiques de Trinity College Dublin (BA & MA), ce sportif accompli a continué ses études à l’Institut d’archéologie, Université de Londres.

De son éducation et de son tempérament affirmé, émanaient chez David G. Littman une rectitude, un respect à l’égard d’autrui, un flegme qui n'excluait pas la passion, une pudeur à l'égard de drames intimes, une grande exigence morale, un scrupule manifeste jusque dans les détails, une franchise et une chaleur à l’égard de ceux qu’il respectait et aimait. Magna est veritas, et praevalebit / La vérité est puissante, et triomphera, telle était la maxime latine par laquelle il dédicaçait son ultime livre magistral L’exil au Maghreb, la condition juive sousl’islam 1148-1912 (Presses universitaires de Paris Sorbonne, 2010) présenté notamment lors d’une conférence de presse au CAPE (Centre d’accueil de la presse étrangère) à Paris. L’indicatrice aussi de son objectif, de sa combattivité et de son optimisme.

David G. Littman a épousé Gisèle Orebi, contrainte de quitter, avec sa famille Juive, son Egypte natale. Et c’est lui qui a conçu son nom de plume d’historienne, Bat Ye’or (fille du Nil, en hébreu). Tous deux ont contribué à fonder WOJAC (World Organization of Jews from Arab Countries) en 1974-75 : ils ont milité pour faire reconnaître l’« exode oublié » d’environ un million de réfugiés Juifs du monde arabe, de Turquie et d’Iran.

David G. Littman a encouragé, soutenu et admiré le travail pionnier de Bat Ye’or sur la dhimmitudeEurabia et la marchevers le califat. Dans ce couple d’intellectuels et de militants dévoués, chacun s’est épanoui en produisant ses travaux originaux et passionnants dans une émulation sans nuage ainsi que dans une entente profonde, en défrichant des domaines méconnus, voire inconnus, et hors cadre universitaire – tout en s’imposant tous les critères intellectuels des chercheurs. Il a affronté avec courage et détermination l’hostilité, y compris parmi les communautés juives institutionnalisées, suscitée par leurs écrits historiques sur des sujets sensibles.

Il découvre dans des livres l’horreur et l’histoire de la Shoah. Horrifié, il est décidé à agir en faveur du peuple Juif persécuté. 

En 1961, alors que l’immigration des Juifs du Maroc était interdite, il a contribué avec le Mossad, sous le nom de code de « Mural », à la sortie de 530 enfants Juifs marocains vers l’Etat d’Israël, via la Suisse(« Opération Mural » : Casablanca1961film de Yehuda Kaveh, 2007). Grâce à lui, le passeport collectif a permis l’aliyahdes Juifs du Maroc. En 2009, ce Sioniste a été distingué comme le sixième Héros du silence d’Israël lors d’une cérémonie présidée par Shimon Peres. Tous les bénéfices du DVD sont « destinés aux enfants mentalement handicapés en Israël ».



L'oeuvre de David Littman, Guy Millière, www.dreuz.info
Un homme que j’apprécie profondément est aujourd’hui atteint par la maladie. Je lui ai promis depuis longtemps un article sur son œuvre, et c’est bien la moindre des choses, vraiment la moindre, car son œuvre, en tous les sens du terme, est importante. Je lui dois beaucoup. Nous sommes des milliers à lui devoir bien plus que nous ne l’imaginons.
 
Il est resté pendant des années, par modestie, dans l’ombre de son épouse, l’immense et talentueuse islamologue Bat Ye’or. Mais il a beaucoup accompli par lui-même. 
 
Humainement, il a, avec un immense courage, au péril de sa vie, aidé des Juifs confrontés à des situations très difficiles à s’échapper, à survivre, et à rejoindre la liberté et la dignité. Il a dirigé l’organisation appelée Oeuvre de Secours aux Enfants de l'Afrique du Nord et, en ce cadre l’opération Mural, devenue légendaire, et qui a fait l’objet d’un film de Yehuda Kaveh, sorti en 2007. Il a fondé, avec son épouse, le Centre d'Information et de Documentation sur le Moyen Orient, à Genève, en 1970. Il a agi ensuite, de manière infatigable, avec fougue, ténacité et une intelligence de chaque instant, pour contrer les pires monstruosités susceptibles d’émaner d’une institution ubuesque, la Commission des Droits de l’homme des Nations Unies, remplacée depuis par le tout aussi ubuesque Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies.
 
Il a écrit plusieurs monographies sur la situation des Juifs et des Chrétiens dans les pays du monde musulman, de nombreux articles tels « The Truth About the Mideast; Fourteen fundamental facts about Israel and Palestine », paru en 2002 dans la National Review aux Etats-Unis, et qui, dix ans après, n’a rien perdu de son incisive actualité. Il est l’auteur avec Yehoshafat Harkabi, d’un livre d’une absolue utilité, « Arab Theologians on Jews and Israel » analyse critique des travaux de la quatrième conférence de l’Academy of Islamic Resarch sur le sujet.
 
Il a publié, surtout, avec Paul Fenton, un ouvrage qui s’appelle « L’exil au Maghreb, La condition juive dans l’islam L’œuvre de David Littman*». C’est l’une des références majeures sur le sujet. Il y est question, de manière scrupuleuse et détaillée, de la « condition juridique et sociale des Juifs en Islam maghrébin entre le Moyen Age et l'époque de la colonisation française ». On y trouve des extraits traduits et annotés des chroniques historiques arabes et hébraïques, des textes théologiques musulmans, des témoignages oculaires rédigés par des voyageurs européens – prisonniers, diplomates, médecins, religieux, aventuriers. C’est le type d’ouvrage qu’on lit et vers lequel on retourne sans cesse lorsqu’on a besoin de précisions, de sources exactes. 
 
C’est, surtout, un ouvrage qui constitue une réponse définitive et sans appel à la légende si répandue d’une coexistence paisible et fraternelle entre Juifs et musulmans en terres d’islam. De pages en pages se succèdent les récits accablants de vexations, d’humiliations, de violences.
 
On comprend, au fil des pages, pourquoi l’arrivée de la France en Afrique du Nord fut ressentie comme une délivrance par les communautés juives.
 
On comprend que l’abaissement des Juifs en terres d’islam et l’antisémitisme musulman ont une existence très ancrée.
 
On comprend mieux l’antisémitisme musulman tel qu’il existe aujourd’hui et tel qu’il se dissémine en Europe avec les conséquences qu’on doit constater.
 
Par ce livre, David Littman a apporté bien mieux encore qu’une contribution à l’histoire : un outil crucial et indispensable pour ceux qui luttent contre le mensonge et pour la dignité de l’être humain. Qu’il en soit remercié. Qu’il trouve en ces mots mes remerciements personnels et le témoignage de ma gratitude.
 
Reproduction autorisée, et même vivement encouragée, avec la mention suivante et impérativement le lien html ci dessous : 
© Guy Millière pour www.Dreuz.info

Interview de David Littman dans Riposte Laïque : http://ripostelaique.com

 

Riposte Laïque : M. Littman, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Riposte Laïque ?

David Littman :Né à Londres, je suis historien de formation (Trinity College Dublin) et je suis le représentant de l’Organisation pour une éducation mondiale (depuis 1997), et de l’Union Mondiale pour le Judaïsme Libéral (depuis 2000) au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève. J’ai représenté plusieurs ONG depuis 1986. Je suis donc un vétéran, et je suis assez connu pour aborder des sujets tabous, que les autres ONG préfèrent éviter. Par exemple, l’affaire Rushdie et la fameuse fatwa, dont personne ne voulait parler, ou bien les otages au Liban à la fin des années ’80. Ou bien les mutilations génitales féminines, de 3 millions de fillettes chaque année, en relation, malheureusement, avec la Charia.

Riposte Laïque : A quoi sert le Conseil des Droits de l’Homme ?

DL :Le Conseil est assez politisé. Il passe certaines résolutions et il refuse d’en passer d’autres. Il prétend être la conscience du monde. C’est une plaisanterie, car si vous lisez le dernier rapport sur le racisme et l’antisémitisme de M. Doudou Diène (1), vous verrez qu’il parle de l’islamophobie, mais ne parle pas du tout des raisons de celle-ci. Puis quand il parle de l’antisémitisme, il ne parle absolument pas de ce qui se passe dans le monde musulman, il parle de l’Amérique du Sud, de l’Europe, etc.

Le résultat, c’est que le Conseil n’arrive pas à grand-chose, mais certains efforts des Rapporteurs spéciaux pour la liberté d’expression, pour la liberté de religion, font un très bon travail, comme par exemple récemment le Rapporteur sur le Soudan. C’est très utile, et cela permet de temps à autre de critiquer dans une résolution, certains Etats qui sont en train de faire des choses monstrueuses. Cependant, la plupart des résolutions ont pour cible Israël : au moins le quart des résolutions concernent Israël, les Palestiniens, les territoires occupés, etc.

Riposte Laïque : Vous avez dit qu’il y avait des sujets tabous au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, quels sont ces tabous ?

DL :Je vous donne un exemple classique : le 16 juin dernier, j’ai pris la parole, et je parlais des violences faites aux femmes : je parlais des MGF, des crimes d’honneur, des lapidations, des mariages forcés… J’ai été arrêté 16 fois, cela a duré 1H30… Parce que prononcer le mot Charia et faire une remarque sur une loi religieuse est désormais prohibé dans le Conseil. La séance a été suspendue pour 45 min, alors que mon intervention ne devait durer que 3 min, et à la fin le Président, M. Costea, m’a dit « Ne prononcez plus le mot Charia, car sinon, je serais obligé de vous arrêter et de vous expulser du Conseil des Droits de l’Homme ».

Voilà l’ambiance qui y règne désormais, et cela a eu un effet sur tout le système onusien. Cela monte que l’OCI est en train de prendre des décisions qui sont tout à fait dictatoriales, mais c’est difficile pour certains Etats d’aller contre, car dans ce cas, d’autres résolutions très importantes, ne passeront pas à cause de l’opposition de cinq ou six membres. Par ailleurs, sachez que la Chine soutient aussi l’OCI.

Un autre exemple : « la diffamation des religions ». Ils ont essayé de faire passer cela en 1999, ils avaient appelé cela « diffamation de l’islam », ils ont dû le changer, ils l’ont appelé « diffamation des religions », mais cela ne parle que de l’islam. Nous demandons d’introduire une petite clause dans cette résolution : tuer au nom d’Allah, c’est une « diffamation de l’islam », non ? Alors mettez dans la résolution que vous condamnez tout appel au meurtre au nom d’Allah. (2) Mais évidemment qu’ils n’arrivent pas à le faire.

Mardi 23 septembre 2008, lors de la 9ème session du CDH, il s’est passé quelque chose d’absolument inouï : on débattait du racisme, de la xénophobie, et de cette « diffamation des religions ». J’ai pris la parole pour dénoncer la partialité de cette « lutte contre la diffamation des religions », (seul l’islam est mentionné dans les résolutions à ce sujet) car beaucoup de clercs musulmans diffament le christianisme et le judaïsme. Je parlais d’un texte du cheikh d’Al Azhar, Tantawi, quand le représentant de l’Egypte, Amr Roshdy Hassan m’a coupé la parole, et a demandé au Président nigérien du CDH, M. Martin Ihoeghian Uhomoibhi de considérer que ce que je disais était « hors sujet ». Quand j’allais donner un exemple récent (3), le représentant égyptien a été écouté par le Président, et celui-ci ne m’a pas laissé finir mon intervention. Tout cela sous prétexte que l’on ne peut pas débattre de ce que disent les religieux mêmes, bien que cela ait un rapport avec les questions à l’ordre du jour.

On ne peut plus critiquer l’islam, au CDH, car c’est assimilé à une insulte personnelle. Au nom du multiculturalisme, les discours des religieux musulmans bénéficient d’un respect quasi-sacré, quel que soit par ailleurs leur contenu haineux, diffamatoire ou discriminatoire ! La religion musulmane est religieusement respectée par le CDH, au mépris de l’objectif même du Conseil, qui est de sauvegarder les Droits de l’Homme. Lire la suite

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