De la nécessité de la pluralité et de la liberté d’expression au sein du judaïsme orthodoxe contemporain

Publié le par danilette

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Le judaïsme est pluriel dans ses différentes composantes (orthodoxe, conservative, réformé ou libéral et reconstructionniste voire renewal) et il l’est, tout autant, à l’intérieur même du courant orthodoxe. C’est d’ailleurs ce qui fonde sa richesse. Il existe ainsi à l’intérieur du monde orthodoxe, des hassidim et des « mitnagdim »[1], des sionistes, des a-sionistes, des antisionistes, des ultra-orthodoxes (« harédim » littéralement des « craignant Dieu ») des orthodoxes, des orthodoxes modernes, des traditionnalistes, et même des personnes qui pratiquent peu mais reconnaissent l’autorité du monde orthodoxe dans le judaïsme[2].

Cependant cette pluralité propre au judaïsme, en particulier orthodoxe, est souvent ignorée.

Dans l’article qui suit, une homélie sur un passage du Pentateuque, le rabbin Marc D.Angel, dénonce l’autoritarisme voire la coercition qui sévit actuellement au sein du judaïsme orthodoxe contemporain et qui étoufferait cette liberté et cette pluralité d’expressions.

Il déplore cette uniformité de pensée contemporaine en même temps qu’il rappelle, références à l’appui, combien tout au long de l’histoire, ce courage d’expression et de réflexions a primé au sein du judaïsme.

Le rabbin Marc. D. Angel, est le rabbin émérite de la Congregation « Shearit Israël », la synagogue historique « Spanish and Portuguese » de New York.

Né dans une famille sépharade, il a reçu son ordination de la Yeshiva University où il a aussi passé une Maîtrise en littérature anglaise.

Il a été le président du RCA (Rabbinical Council of America, affilié à l’Union Orthodoxe) et membre du comité de rédaction de la revue « Tradition ».

Comme la majorité des rabbins de la RCA, le rabbin Angel qui est aussi un universitaire, est de sensibilité moderne orthodoxe.

Sonia Sarah Lipsyc

PS : Pour des commodités de lecture, nous avons préféré mettre en notes de bas de page et entre guillemets les références de l’auteur. Les sous-titres en italiques, les dates entre parenthèses ainsi que les notes de bas de page sans guillemets sont de la rédaction.

 

 R(Rabbin Marc D.Angel)

 

"Orthodoxie et Diversité : pensées sur la lection « Vayera (Il apparut) [3] » ( Genèse 18-22) [4]"

 Par le Rabbin Marc D. Angel

 Le Talmud, dans son traité « Berakhot » 58a, nous enseigne que l’on doit réciter une bénédiction spéciale lorsque l’on voit une multitude de Juifs et bénir le Tout-puissant qui est « h’akham harazim » (littéralement le Sage des secrets), c'est-à-dire Celui qui comprend le cœur et les pensées intimes de chaque individu. « Leurs pensées ne sont pas les mêmes et ils ne se ressemblent pas»[5]. Le Créateur a créé des êtres humains uniques, pareils à nul autre, Il désirait et voulait une grande diversité de pensée, et nous Le bénissons pour avoir créé cette diversité parmi nous.

L’antithèse de cet idéal est représentée par Sodome. L’enseignement rabbinique allègue que les Sodomites plaçaient le visiteur dans un lit. S’il était trop petit, il était étiré jusqu’à ce qu’il remplisse le lit ; s’il était trop grand, on lui coupait les jambes afin qu’il ne dépasse pas du lit. Cette parabole, je pense, ne se réfère pas purement et simplement  à une uniformité physique : les habitants de Sodome voulaient que tous soient identiques, pensent de la même façon, et se conforment aux habitudes des Sodomites. Ils nourrissaient et imposaient la conformité à l’extrême.

Le respect de l’individualité et de la diversité est sine qua non d’une vie saine. Nous avons tous des talents uniques et des façons différentes de voir les choses. Nous avons besoin d’un climat spirituel qui nous permette de nous développer, d’être créatif et de contribuer à ce qui constitue le trésor de l’humanité, la connaissance et les idées.

Les sociétés luttent afin de trouver un équilibre entre les libertés individuelles et les règles de conduite commune. La Torah, tout en offrant un éventail de libertés, donne un cadre au-delà duquel les individus ne devraient pas s’aventurer. Lorsque la liberté devient licencieuse, elle peut perturber la société. Par contre, lorsque l’autoritarisme écrase les libertés individuelles, la dignité de l’individu est violée. Je souhaite me concentrer sur cette tendance, liée au monde juif orthodoxe contemporain.

De l'autoritarisme dans le monde juif orthodoxe contemporain 

Il y a quelques années, j’ai rendu visite, en Israël, à une sommité, possédant une grande connaissance de la Torah. Sa vision originale et indépendante l’isolait de plus en plus de l’establishment rabbinique. Il déclarait tristement : « Avez-vous entendu parler de la mafia? Et oui, nous avons une mafia rabbinique ici. ». Il faut se poser la question, un érudit dans le monde rabbinique, a-t-il le droit et la responsabilité d’explorer et d’avancer des idées même si celles-ci ne sont pas au goût du jour ? Exercer une pression exagérée pour empêcher une saine discussion est défavorable et contraire aux meilleurs intérêts de la communauté et de la Torah. C’est la façon de faire de Sodome.

Il existe de nombreux cas similaires où une pression indue a été exercée sur des rabbins et des érudits qui exposent des points de vue non conformes aux opinions qui prévalent dans les cercles des leaders rabbiniques orthodoxes.

Aux cours des dernières années, j’ai participé à l’organisation d’un certain nombre de conférences et de conventions rabbiniques. Invariablement, des questions surgissaient quant au choix de ceux qui seraient invités à participer. Quelqu’un disait : « Si le Rabbin untel participe au programme alors d’autres rabbins et conférenciers refuseront d’y participer ».
Un autre déclarait :

« Si tel ou tel groupe fait partie des promoteurs de la conférence, d’autres groupes boycotteront l’événement ». Ce qui se passe, dans de telles circonstances, est subtil –  en fait pas si subtil – car il s’agit simplement de coercition. Des décisions sont alors prises déterminant quels seraient les individus ou groupes orthodoxes qui seraient ou non acceptables. Cette façon de faire insidieuse est malsaine pour les orthodoxes. Elle nous prive de discussions riches de sens et de débats. C’est aussi une forme d’intimidation qui décourage des individus d’adopter des points de vue et des positions indépendantes ou originales, de peur de se voir isolé, voire ostracisé.  J’ai entendu souvent dire par des personnes sensées : «Je crois ceci et cela mais je ne peux pas le dire ouvertement, je crains de me faire attaquer par la « droite ». Je soutiens telle et telle proposition, mais je ne peux pas le dire ouvertement, y associer mon nom, je crains d’être vilipendé ou discrédité par un groupe ou un autre ».

 Nous devons aborder ce problème sans détour et avec franchise : l’étroitesse des points de vue dans le monde contemporain orthodoxe est une réalité. La peur d’exprimer des opinions qui ne soient pas  « acceptables » est palpable. Si les individus ne peuvent se permettre de penser librement, s’ils ne questionnent pas ou ne peuvent proposer une alternative, alors notre communauté souffre d’un manque de vitalité et de dynamisme. La peur et la timidité deviennent notre marque de commerce... lire la suite

Publié dans Monde juif

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Elie de Paris 17/01/2012 17:25


combien de rabins ou religieux "éclairés" liront ce R. Angel ?Les sages-'Hazal- du Talmud avaient lancé un processus avec Date Limite d' Utilisation Optimale, et leurs successeurs médiévaux
avaient affermis davantage les prescriptions, en pensant que l' éxil prendrait fin un jour ou l'autre, et ainsi de suite, comme des couches de peintures successives et superposées sur de fines
gravures, couches aujourd'hui qui finissent par provoquer des effets contraires pernicieux occultant les Fines Ciselures de nos Artistes... Ma Laassot ?que faire...