Dehors (FUORI) en soutien d'Israël, le parcours d'Angelo Pezzana, Jérusalem Post

Publié le par danilette

 

Luxembourg.PNG

Librairie Luxembourg, Turin

Voici le parcours exceptionnel et atypique de notre ami Angelo Pezzana, grand défenseur d'Israël, invité récemment à la Foire du Livre de Jérusalem que retrace cet article du Jérusalem Post

http://www.jpost.com/home/article.aspx?id=208729

Out to support Israel

Le libraire italien Angelo Pezzana qui est aussi un défenseur des droits des Gays, nous parle de son intérêt de longue date pour Israël.

Angelo Pezzana, à contre-courant des rumeurs habituelles refuse d'être pessimiste quant à l'avenir de la chose imprimée.  Il nous confie au téléphone, depuis sa maison de Turin : "Je ne suis pas forcément optimiste, qui sait ce qui arrivera demain, mais je pense que le livre est éternel autant que la cuillère et la roue".

Angelo Pezzana invité de la 25e foire du livre de Jérusalem qui s'est tenu il y a quelques jours a fait 2 interventions au cours de ce salon de 5 jours. Sa première conférence avait comme thème "le Futur du livre", une question qui peut suggérer non sans quelques raisons, l'ombre naissante d'un avenir incertain. En effet, l'industrie du livre a été dévorée par l'incertitude au cours des dernières années. La cause en est le ralentissement économique général, exacerbé par le défi posé par la technologie numérique qui pousse les lecteurs vers des formes de divertissement plus éphémères.

Angelo Pezzana est en excellente position pour pouvoir juger de la santé de l'industrie du livre : propriétaire de la librairie la plus connue de Turin, il a été le co-fondateur de la "Foire internationale du livre de Turin". Alors quand il dit qu'il ne considère pas nécessairement le monde numérique comme une menace pour la république des lettres, il faut tenir compte de son avis, c'est un avis d'expert.

En Italie, par exemple, ce secteur repose sur un noyau fort de lecteurs, dit-il. Il y a environ 50 % de la population qui ne lit pas. Et pourtant, les ventes de livres sont en constante augmentation ces dernières années en dépit du fait que le livre n'est pas considéré comme aussi essentiel que la nourriture ou un toit pour s'abriter.

Mais cela signifie peut-être bien que le livre est essentiel. Angelo Pezzana a une théorie intéressante sur  l'attrait durable exercé par le livre. Lire est un plaisir unique, solitaire. On peut toujours essayer de le remplacer mais le mode traditionnel se maintiendra toujours… comme le sexe en fait ! Il rit.

Angelo Pezzana explique que la technologie viendra plutôt en complément qu'en remplacement du livre. "Évidemment l'utilisation de nouvelles technologies dans les outils d'information et les outils professionnels vont se développer, dans mon travail de libraire, ces nouvelles technologies sont une aide inestimable. Pourtant le plaisir personnel de la lecture d'un livre est une chose qui ne changera jamais, c'est une partie intégrante de notre civilisation".

Né en 1940, la culture littéraire a toujours été au centre de la vie de Pezzana. La "Librairie Luxembourg", qu'il a fondé en 1963, est la plus importante de Turin, avec 40.000 volumes répartis sur trois étages. Il était un ami de l'écrivain disparu, Primo Levi et c'est lui qui l'a présenté au romancier Philip Roth. Celui-ci a ensuite contribué à faire connaitre les œuvres de Primo Levi, l'écrivain de la mémoire, au public américain. Les livres et le monde littéraire ont fourni à Pezzana la base solide de son impressionante culture eclectique nourrie également par son vécu de militant pionnier des droits des homosexuels, de politicien, de journaliste, d'écrivain et plus récemment de défenseur éminent d'Israël. 

Il est assez modeste pour suggérer que tout cela est arrivé par hasard. "En fait, je voulais être éditeur", explique t-il en se projetant en arrière d'un demi-siècle, mais cela demandait un gros investissement, je n'avais pas assez de capitaux. J'ai donc débuté comme libraire avec l'intention de gagner assez d'argent pour m'établir comme éditeur". 

Rétrospectivement, on peut discerner dans ses expériences de libraire débutant, les débuts du rôle public de Pezzana en tant que militant des droits des homosexuels. "Vous devez vous rappeler que l'Italie dans les années 1960 était encore un pays provincial", dit-il, "le droit d'avorter n'existait pas, ni le divorce , le climat social était très lourd et l'influence de l'Eglise catholique très forte. On ne parlait pas de ces sujets".

Cela contrastait beaucoup avec le monde littéraire ouvert et libéral et le monde de la vente et de la promotion des livres. Pezzana note que le comportement homosexuel n'a jamais été officiellement interdit en Italie mais sa réprobation sociale qui existait en pratique, si ce n'est en principe, lui était insupportable". Quand j'ai atteint l'âge de raison, je me suis demandé pourquoi devrais-je cacher ma sexualité ?" En 1970, Pezzana et d'autres militants fondent le mouvement "Fuori" (dehors), le premier mouvement de libération des homosexuels en Italie et éditent un journal du même nom. Le mouvement naissant puise son inspiration de l'autre côté de l'Atlantique où les récentes émeutes de Stonewall aux États-Unis avait marqué la première étape du processus de contestation des préjugés institutionnels envers la communauté gay.

"L'attitude de l'Italie était presque une attitude fascisante", rappelle Pezzana. "La seule possibilité pour un homosexuel était d'avoir une vie cachée, la vie d'un citoyen de seconde zone".

En 1972, lui et ses camarades activistes de "Fuori" organisent la première manifestation homosexuelle en Italie, au congrès de sexologie de San Remo, pour contester la condamnation du comportement homosexuel par les psychiatres et l'utilisation de la thérapie pour "redresser" les homosexuels. Dans la foulée "Fuori" forme une alliance avec le Parti Radical et en 1976 Pezzana devient le premier membre ouvertement gay du Parlement italien. 

Le Parti Radical désirait être l'instigateur d'une réforme législative globale et renverser l'hégémonie culturelle de l'Église catholique qui dominait l'échiquier politique. Pezzana, tout en reconnaissant sa position emblématique ne souhaitait pas "faire de son homosexualité un fond de commerce". Alors, tout en continuant à faire campagne à titre individuel pour les droits des homosexuels,  il se retire progressivement de la scène politique : en 1977, par exemple, il se rend seul à Moscou et manifeste individuellement pour réclamer la libération du réalisateur Sergei Paradzanov*, emprisonné pour homosexualité !

Cette expérience de militantisme politique s'est révélée utile. Au début des années 1980, Pezzana commence à s'engager sur le sujet d'Israël. "J'avais déjà écrit en tant que journaliste et il m'était impossible d'ignorer que les informations sur Israël étaient complètement déformées". 

En Italie, le Parti radical avait été parmi les premiers groupes à s'engager positivement pour Israël - Pezzana cite son soutien aux refuzniks de l'ex-Union soviétique comme exemple. "J'ai été en mesure de profiter de mes expériences dans le mouvement de libération gay pour créer des groupes pro-israéliens en Italie".

Aujourd'hui, Pezzana contribue en tant que chroniqueur au journal milanais, "Libero" et est le rédacteur en chef du site influent "informazionecorretta.com", un bulletin quotidien qui diffuse et commente les articles des médias italiens au sujet d'Israël et du Moyen-Orient. 

Pezzana souligne qu'en Italie, les relations avec la population juive sont généralement "très bonnes" mais cela contraste avec une attitude généralement hostile à Israël et au sionisme. 

Lui-même a été victime de cette "antipathie" : en 1988, la Librairie Luxembourg a été incendiée par des militants anti-israéliens, après une semaine de manifestations contre Israël. 

"L'opposition aux partisans d'Israël est presque traditionnelle dans certains milieux", explique t-il avec lassitude. 

Pezzana reconnaît que l'attitude envers Israël de l'actuel gouvernement de centre-droit de Silvio Berlusconi ("quoi que vous puissiez dire d'autre à son sujet") est dans l'ensemble positive. Mais il craint que le conservatisme inné de l'Eglise catholique et de ce qu'il décrit comme une hostilité institutionnelle à l'encontre d'Israël  reste en place, renforcée par ce qu'il nomme "l'Eurabisation" de l'Europe, un sujet sur lequel il s'engage de plus en plus depuis quelques années.

"Le catholicisme n'est pas une religion moderne et l'islam non plus" nous dit Pezzana. "Nous avons besoin qu'ils apprennent de nos modes de vie, de notre civilisation mais leur religion qui est une idéologie politique ne les y incite pas".

A coté de son activité de libraire et de militant, Pezzana a également écrit un certain nombre d'ouvrages bien accueillis. "Dentro & Fuori" publié en 1995, mêle sa biographie personnelle avec l'histoire du mouvement de libération des homosexuels en Italie. Publié en 2008, "Quest'anno a Gerusalemme" ("Cette année à Jérusalem") explore le thème de l'aliya à travers des entretiens avec un échantillon d'Italiens ayant immigré en Israël. De toute évidence, il y a diverses explications, fait-il remarquer. "Certains l'ont fait évidemment pour des raisons religieuses, pour vivre une vie pleinement juive", d'autres à cause de leur foi dans le sionisme et se considèrent comme des pionniers, qui échangent une vie normale et confortable pour aider à rétablir un état".

Pezzana a également édité une anthologie de l'humour homosexuel. Le sujet semble peut-être accessoire comparé aux batailles que les homosexuels ont menées et continuent de mener pour se faire accepter en Italie. Pezzana en reconnaissant ce point, explique : "ce sont des blagues, mais aussi des histoires imprégnées d'ironie, j'ai appris l'ironie en lisant Freud. Freud a écrit sur ce sujet, en explorant les blagues d'un point de vue psychanalytique. Publier cette anthologie m'a appris à comprendre les blagues gays, à les interpréter avec ironie et à apprécier comment et pourquoi les Gays rient d'eux-mêmes. Comme avec les Juifs, l'humour vient de l'expérience personnelle. Je pense que l'humour doit toujours jouer un grand rôle dans notre vie, sans lui, nous perdons notre intelligence ". Adapté par Danilette

* Le réalisateur du film célèbre "Les chevaux de feu"


Lire aussi l'article   Le site italien "Informazione Corretta"   

Fiamma Nirenstein - IC est à la hauteur des grands réseaux américains de contre-information qui révèlent les mensonges, exposent les préjugés, montrent du doigt les responsables des plus grands mensonges ou simplement la pléthore de stupidités que nous servent les journalistes. 

Bat Ye'or -  Grâce à Informazione Corretta, nous connaissons la vérité. A une époque de lâcheté, de haine antisémité et de corruption, IC nous montre la voie de la justice incorruptible. 

Mordechai Kedar -  Probablement la meilleure source d'information pour connaître la réalité du Moyen-Orient.   

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article