Dernier appel pour Kobané, Bernard-Henri Lévy

Publié le par danilette

Kobané va tomber.

C’est une question d’heures.

Peut-être de jours.

Mais Kobané va tomber, victime des mauvais comptes d’un Erdogan qui joue avec le feu ou, plus exactement, avec le diable et qui, en demeurant l’arme au pied, en laissant sa puissante armée stationnée le long de la frontière turco-syrienne, à quelques kilomètres à peine de la ville déjà martyre, semble bien, entre les Kurdes et Daech, avoir choisi Daech.

Kobané va tomber, victime du double jeu d’une Turquie qui, après avoir laissé passer tout ce que la région compte de djihadistes, après avoir fermé les yeux sur l’armement lourd que les transitaires de Daech ont acheminé, pendant des semaines, en direction de la ville assiégée et qui, aujourd’hui, la pilonnent, ferme tout, bloque tout et joue les vertueuses empêchant, non seulement ses propres troupes, mais les dix mille volontaires kurdes accourus en renfort de venir sauver Kobané.

Kobané va tomber. Le miracle insensé de la résistance de Kobané qui a réussi, jusqu’ici, sans moyens, dans des affrontements d’une violence inouïe, à retarder l’avancée des fous d’Allah ne durera, maintenant, plus longtemps. Et la chute de Kobané, le drapeau noir du Califat hissé, non plus dans ses quartiers est et sud, mais sur les dernières hauteurs de cette ville désormais éminemment symbolique sera une catastrophe dont il n’est pas certain qu’on mesure toujours, ni partout, les effets.

Ce sera une catastrophe pour ses combattants et combattantes (eh oui ! ses combattantes…) qui luttent, depuis des semaines, avec une vaillance stupéfiante, contre des légions surarmées qui leur feront payer cher, très cher, leur audace.

Ce sera une catastrophe pour la ville elle-même dont Daech ne se contentera pas, cette fois, d’exciser les femmes, de décapiter les chefs ou de convertir de force les minorités mais qui prendra rang dans la longue et terrible liste des villes martyres des dernières décennies : Guernica pulvérisée par les avions de la légion Condor ; Coventry rasée par les Heinkels de l’aviation allemande ; Stalingrad et son million de cadavres ; Sarajevo sortie vivante, mais au prix de 11.000 morts, d’un siège de plus de mille jours ; Grozny, en Tchetchénie, rasée, transformée en ville fantôme, par la soldatesque de Poutine ; Alep, bien sûr, dans la même Syrie, avec ses trésors de civilisation et de beauté ensevelis sous les largages de TNT de Bachar al-Assad ; et, donc, Kobané dont la plupart d’entre nous ignorions, hier encore, jusqu’à l’existence mais qui sera une autre de ces villes urbicidées.

Ce sera une catastrophe, au-delà même de Kobané, pour ce Kurdistan laïque, incarnation s’il en est des valeurs de modération et de droit que les chancelleries appellent de leurs vœux en terre d’Islam et dont les Peshmergas sont les seuls, de surcroît, à avoir pris au pied de la lettre l’ordre de mobilisation mondiale contre les hordes de Daech et à combattre pied à pied, en première ligne, un Etat autoproclamé dont on nous a assez dit qu’il menace, au-delà du Kurdistan, l’humanité comme telle.

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Publié dans Kurdes

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