Des temps paradoxaux, Léon Rozenbaum

Publié le par danilette

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La volte-face du Président des Etats-Unis Obama serait cocasse si elle n'était pas si triste. Jusqu'il y a peu, il refusait obstinément de faire jouer à son pays son rôle de leader de l'Occident face au développement de l'Etat Islamique et ne rêvait que de "désengagement" à tout crin. Soudain, il tente de rassembler une coalition pour contrer ces sauvages coupeurs de têtes au nom d'Allah

Vu de Jérusalem, on est surtout tenté de rire jaune. Dans la capitale de l'Etat qui vient de subir pendant de longs mois, et plus spécialement pendant cinquante jours de guerre active, des milliers d'attaques terroristes islamistes au missile sur sa population civile, on aurait attendu autre chose. Loin de bénéficier d'un franc soutien des pays occidentaux, Israël s'est vu au minimum examiné à loupe par des diplomates et des journalistes soupçonneux et bien plus souvent voué aux gémonies dans des termes de plus en plus violents et toujours plus inacceptables.
   

Lors des mesures d'autodéfense des Hébreux et leur inévitable cortège de pertes collatérales, pourtant sans commune mesure avec les centaines de milliers de morts enregistrés au même moment en Syrie, en Irak et en Lybie, la propagande arabe hostile s'est vue en effet relayée avec un empressement servile par la quasi-totalité des médias de l'Occident. Les Juifs de la Diaspora ont eu à subir des attaques d'une violence inconnue depuis les prodromes de la Shoa, d'immenses manifestations de rue ont vilipendé Israël et les Juifs tandis que les vrais massacres d'Arabes avait laissé tout ce monde indifférent.

 

Or la parenté entre le Hamas, l'organisation terroriste qui a pris le contrôle de la Région de Gaza, son idéologie, sa charte, ses déclarations publiques répétées et l'"Etat Islamique en Irak et en Syrie" saute aux yeux de toute personne de bonne foi.

 

Dans les deux cas, il s'agit d'établir le Royaume d'Allah sur terre. Mais dans leur conception commune, la soumission à l'ordre divin, passe par la domination politique, économique et physique des musulmans sur tous les autres hommes et femmes. Tous ceux qui résistent à leur vision de l'Islam méritent la mort. Et aucun des deux ne se prive de la distribuer généreusement. 

 

La seule différence entre eux réside dans la stratégie: l'E.I.I.S souhaite rétablir le Khalifat et l'étendre aux terres immergées, c'est-à-dire établir un empire islamique universel sous sa coupe barbare tandis que le Hamas souhaite d'abord éliminer l'Etat d'Israël et massacrer ses habitants juifs comme prélude à l'établissement de l'Islam universel. 

 

Or ces visions d'un monde rétrogradé à l'aune de l'Orient arabe du 7ème siècle, loin de déclencher l'opposition résolue de la civilisation occidentale et les condamnations morales qui s'imposent à l'évidence devant des programmes aussi sinistres, bénéficient au contraire d'une étrange complicité, d'une compréhension, d'une génuflexion même, de larges secteurs d'un monde qui se dit l'héritier du siècle des lumières. Si c'est plus spécialement la gauche en Europe qui se laisse aller à cette communion avec le suicide, aux antipodes de toute pensée "progressiste" authentique, même les droites libérales européennes se sont laissées piégées par la crainte de se voir taxées d'"islamophobes", ce concept de combat de l'Islam contemporain. 

 

L'un des problèmes de fond tient à ce qu'il n'existe pas de réelle distinction dans les textes fondateurs de l'Islam entre un Islam "modéré" et un Islam extrémiste. Il y a eu et il y a des sociétés musulmanes plus modérées que d'autres et plus enclines à entretenir des rapports normaux avec des sociétés non-musulmanes. Mais à tout moment peut surgir en leur sein un courant qui déstabilisera leurs institutions au nom de la "pureté" de la foi. L'histoire des pays islamiques est toute entière tissée de ces mouvements de va et vient. Sans une réforme décisive et fondamentale de la pensée islamique elle-même, plus d'un milliard d'humains se trouvent sous la menace permanente d'une poussée réactionnaire au sens propre, puisque l'Islam est consubstantiellement lié au pouvoir politique, pour ne pas parler de la précarité de la situation des minorités en leur sein ni de celle de leurs voisins immédiats. Désormais, ce sont les colonies de peuplement musulmanes en Europe et aux USA qui s'érigent clairement en foyers séditieux pour ces pays. 

 

Face à ces menaces, l'Occident, empêtré dans ses complexes, est frappé d'incapacité, d'amnésie et d'impuissance. Tout se passe comme si le sentiment de culpabilité, mal assumé et mal compris, du massacre des Juifs européens entre 1939 et 1945, la fameuse "mémoire de la Shoa", interdisait à l'Occident de se défendre face à un Islam conquérant, tout en retournant paradoxalement ses frustrations contre Israël et les Juifs ! 

 

Le réveil d'Obama est certes bienvenu. Même limité et tardif, son nouvel interventionnisme doit impérativement combler le vide que sa politique d'abandon avait créé et dans lequel se sont engouffrés les djihadistes de toutes obédiences et qui avec un matériel élémentaire, une terreur médiévale et quelques centaines de milliers de cadavres, ont conquis très vite plusieurs centaines de milliers de kilomètres carrés en Irak et en Syrie. 

 

Mais à cette occasion, il est capital que l'Occident comprenne bien que dans ses rapports avec l'Etat souverain des Juifs, les règles du jeu doivent changer. Outre que les citoyens Israéliens ne manqueront pas de comptabiliser les pertes collatérales engendrées par l'intervention de la coalition et ne permettront plus les ingérences intolérables dans leurs affaires intérieures et dans la gestion de leur défense, il est temps de mettre sur la table le contentieux historique entre l'Occident, l'Islam et les Juifs. Le Peuple d'Israël ne sera plus jamais le jouet impuissant des obsessions chrétiennes et musulmanes. Plus jamais il n'implorera pour sa vie. Et il importe que tout le monde sache qu'Israël, l'Etat juif souverain, a les moyens de cette affirmation.


Sur ce petit minimum, il faudra reconstruire ensuite des rapports plus sains et plus profitables aux trois parties.

 

Publié dans Léon Rozenbaum

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