Didier Long, un judéo-chrétien, Olivier YPSILANTIS

Publié le par danilette

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‟En admettant que Jésus n’aurait été qu’un prophète comme les autres, ne pourrait-on pas concevoir que Dieu, émerveillé, se dise tout à coup : tiens ! en se prétendant mon fils, il ne dit pas une absurdité, il faut que j’entérine cela, oui, j’en fais mon fils…”, note Maxime Alexandre dans ‟Journal 1951-1975”.

 

Cet article peut être envisagé comme une suite aux deux articles que je viens de consacrer à Arnold Lagémi sur ce blog. Par ailleurs, il invite à lire Didier Long qui fut bénédictin (sous le nom de frère Marc), un ordre religieux pour lequel j’ai une sympathie particulière. Trois livres : ‟L’invention du christianisme, et Jésus devint Dieu” qui fait suite à ‟Jésus de Nazareth, juif de Galilée” et, enfin, ‟Jésus, un rabbin qui aimait les femmes”. Et j’en reviens au titre du présent article, ‟Didier Long, un ‟judéo-chrétien”, pour préciser que par ‟judéo-chrétien”, Didier Long veut tout simplement signifier : ‟un chrétien de pratique juive”.

 

Didier Long (frère Marc) et son professeur d’hébreu, frère Mathias, en juin 2011. 

 

Nous sommes entrés dans des temps d’apocalypse. Israël se voit placé au centre d’un processus immense qui, d’une manière ou d’une autre, engage l’humanité dans une réflexion exaltante qui exige que nous nous fassions aussi des archéologues de l’anti-judaïsme, de l’antisémitisme et de l’antisionisme.

 

Le christianisme n’est en rien venu accomplir le judaïsme. Il est ce qu’il est, et je ne nie pas sa grandeur ; mais, je le redis, il ne saurait y avoir de ‟Nouvel Israël”. La théologie de la Substitution n’est que mensonge et l’histoire a montré qu’elle est meurtrière. Le christianisme est riche d’un héritage où les Juifs occupent une place centrale. J’apprécie que Didier Long se présente comme judéo-chrétien, c’est-à-dire un chrétien de pratique juive, ainsi que le précisent les liens suivants qui figurent dans le blog de Didier Long, à la rubrique ‟Ma vie” :

http://didierlong.com/2011/03/10/le-pape-benoit-xvi-fait-un-nouveau-pas-vers-les-juifs/

http://didierlong.com/2011/05/04/“jesus-de-nazareth-juif-de-galilee”-livre-coup-de-coeur-du-grand-rabbin-korsia/

 

Nombre de Chrétiens admettent que Jésus était juif. Des penseurs chrétiens l’ont affirmé haut et fort à une époque où la chose était tue ou n’intéressait guère. Tout le monde connaît la lettre encyclique de Pie XI, ‟Mit brennender Sorge”, publiée en mars 1937. Mais d’une manière générale, on a longtemps ignoré la réalité juive du temps de Jésus pour se porter dans les nuées et tenir des propos éthérés.

 

Didier Long dénonce la théologie de la Substitution, théologie mensongère et meurtrière, on ne le répètera jamais assez, car elle entre dans la composition de cette fange dont beaucoup sont encore crottés, l’antisémitisme ; à ce propos, j’ai évoqué un formidable coup de force dans un précédant article sur Arnold Lagémi. Afin de se débarbouiller de cette chose, Didier Long invite les hommes de bonne volonté à étudier la vie de Jésus,  ‟ce rabbin hors du commun”, et celle de ses disciples en s’efforçant de les écouter dans leur langue pour approcher au mieux leur mode de pensée dont ont hérité les Juifs orthodoxes d’aujourd’hui.

 

Je ne suis en rien un théologien, je livre des impressions qui m’habitent depuis longtemps et dont je m’efforce de vérifier la pertinence. J’insiste sur un point essentiel : les Pharisiens ne sont pas ces individus résolument négatifs que l’Église présente. Jésus était l’un d’eux, donc s’en prendre à eux, à ce courant de pensée, revient pour les Chrétiens à renier Jésus, le Jésus juif, le vrai, pour un Jésus fabriqué. Didier Long précise que Jésus le rabbin de Galilée était intégré à la mouvance pharisienne de tendance piétiste. Par le lexique, le mode d’enseignement, le canon des Écritures et des croyances (telles que la résurrection des morts ou les anges), Jésus et ses disciples se rattachaient au monde pharisien de leur époque. Leur mode de vie et leur piété étaient ceux des hassidim. Ils priaient en solitaires, chose peu courante dans le monde juif d’alors, et ils pratiquaient un enseignement où la performance dans le sens de happening (miracles, mises en scène, public pris à partie, etc.) et le discours étaient caractéristiques de cette tendance du judaïsme telle qu’en rend compte le Talmud. A cette appartenance au courant pharisien se mêlaient des ‟étrangetés” chez ce rabbi, Jésus. Par exemple, ses relations avec les femmes, certaines remarques sur le shabbat ou l’interdiction de répudier sa femme, un point de vue radical pour l’époque.

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