Ecoutez "Le Chat du rabbin"de Johan Sfar à la radio /1er épisode

Publié le par danilette

 

 

 EcoutezEcoutez l'émission

 

 


        Le Chat du Rabbin de Joann Sfar 1/10 source

                     

 

 

 

 

 

   

 

Et au moment où la BD se fête à Angoulême, nous vous proposons de suivre, du 28 janvier au 8 février 2013, les aventures et questionnements du Chat du rabbin de Joann Sfar.

 

L'avis de Marc-Alain Ouaknin sur le chat du rabbin :

 

Le Chat du rabbin ce sont les fables de La Fontaine revisitées, un retour dans l'Algérie des années 30 avant l'indépendance, et le traumatisme de l'«Exode» des années 60 trop souvent passé sous silence, le soleil et la mer, les croyances populaires et la philosophie, la cohabitation des juifs, des chrétiens et des arabes, l'amour, le désir, l'érotisme, et une grande leçon de tolérance. Non seulement la tolérance par supériorité et condescendance, mais la tolérance de la tolérance, la compréhension de l'autre par l'écoute humble et vraie de son histoire, de son imaginaire, de ses récits et de son identité. Ce terme d'identité, à ne justement pas entendre comme le fait que tous soient identiques, mais que tous aient le droit à la différence. Ni exotisme, exclusion ou rejet, mais altérité qui rend la vie colorée et l'esprit curieux.

Voici une œuvre pleine de sensualité, c'est-à-dire pleine d'une exaltation des sens, de la lumière, des couleurs et des saveurs, de l'intelligence aussi, une œuvre qui donne l'impression de retrouver, sans nostalgie aucune, un lieu que nous n'avons jamais connu et dont pourtant nous avons toujours rêvé. Voici une œuvre qui réussit ce tour de force à rendre vraisemblable une relation entre un chat et des humains, tour de force qui est aussi celui du récit, du trait du dessin, des couleurs et des dialogues.

Avec l'humour et l'œil décapant de Joann Sfar, c'est une métaphysique du temps linéaire et progressif de la vérité religieuse qui est mis à mal, c'est toute une théorie de l'histoire des religions qui vole en éclat. Celui qui vient en dernier n'est pas mieux que celui qui vient en premier. Le christianisme n'est pas mieux que le judaïsme parce qu'il viendrait après «pour l'accomplir», comme l'islam n'est pas mieux que le judaïsme et le christianisme, une troisième religion comprise comme un progrès ultime. Ainsi, l'inverse le judaïsme, venu en premier dans l'univers des religions monothéistes, ne doit s'arroger aucune gloire de cette primauté. C'est sans doute ce que Jésus de Nazareth disait avec humour, «les premiers seront les derniers» et vice versa.

Ce que font éclater les personnages du chat, du perroquet, de la belle Zlabya et de ses prétendants, du cheikh et du rabbin, des peintres, des musiciens, du lion, de l'âne et de Dieu, c'est la notion de Vérité. Ils la mettent en morceaux, ils en soulignent le danger et le leurre, sa manipulation et son utilisation idéologique. Mais au lieu de produire un discours philosophique et critique sur cette question mille fois énoncée et mille fois oubliée, c'est un récit mis en images qui est proposé, un récit qui questionne d'emblée l'image elle-même, qui interroge la représentation et son pseudo interdit. Un récit où la métaphysique est lecture, interprétation, désir, érotisme, et non seulement lois, rites et spiritualité méditative.

J'aime ce chat follement amoureux de sa maîtresse, ce chat à la recherche de câlins, ce chat vivant, sautillant, dansant (n'est-ce pas lui qui aurait dit «Je danse donc je suis?»), ce chat simple, honnête, ce chat jaloux, ce chat talmudique, ce chat historien, ce chat parfois naïf mais toujours plein de bon sens.

On s'attache à ce chat qui pousse les humains dans leurs contradictions, sans méchanceté, sans perversité, un chat toujours en situation, d'où sa crédibilité, un chat qui sait nous faire réfléchir sans superficialité à l'amour, l'égoïsme, la trahison, la violence, la transgression et les conflits toujours latent entre les générations et les différentes cultures suite

Publié dans Monde juif

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article