Egypte : simulacre de justice pour les Coptes

Publié le par danilette

Lire l'article en anglais sur le site de l'Agence de presse internationale assyrienne
Egypt's Christians Outraged By Court Ruling 
www.aina.org/news/20120524134813.htm
Les Chrétiens d'Egypte outragés par un jugement du tribunal

 

Le 21 mai dernier, le tribunal correctionnel de Minyan a condamné douze Egyptiens coptes à la prison à vie tout en acquittant huit Egyptiens musulmans accusés dans l'affaire d'Abu Qurqas. Georges Wahib, un Copte qui assistait à la session du tribunal a déclaré qu'à l'annonce du verdict par le juge Abdel Fattah Ahmed al-Sughayar, le choc a été tel qu'un silence de plomb s'est abattu sur l'assistance, suivi peu après par les hurlements de douleur, les lamentations des familles coptes et les cris des condamnés clamant leur innocence alors que du côté musulman la jubilation éclatait aux cris de « Allah Hou Akhbar ».

 

Tous les prisonniers furent emmenés au sous-sol tandis que le tribunal lui-même était entouré par des centaines de policiers militaires. Pour des raisons sécuritaires, la session du tribunal avait été transférée de la cour pénale de Minya à Beni Suef.

 

Les faits : un ralentisseur construit en face de la résidence d'un riche avocat copte, Alaa Reda Roushdi constitue le départ de cette affaire. Un chauffeur de minibus a prétendu qu'il endommageait les véhicules. Une bagarre s'ensuivit au cours de laquelle deux musulmans sont morts et quatre coptes ont été blessés*, sans compter la destruction et le pillage de maisons et de commerces appartenant à des Coptes (voir l'article du 26/4/2011).

 

Plusieurs groupes de défense des droits de l'homme ont exprimé leur stupéfaction devant ce verdict extrêmement dur à l'égard des Coptes. Tous les accusés musulmans "qui ont incendié au moins 56 maisons coptes ainsi que des entreprises et des entrepôts ont été acquittés" a déclaré Wagdi Halfa, avocat de la défense des victimes coptes dans une interview diffusée hier par Channel TV copte. Il a exprimé son incompréhension devant la condamnation de l'avocat copte Allah Reda Roushdi qui n'était pas sur les lieux quand se sont déroulés ces événements mais qui fut placé en résidence surveillée par la police pendant trois jours et qui pourrait finir sa vie en prison.

 

Adel Roushdi, le jeune frère d'Alaa Roushdi a déclaré durant la même interview que les islamistes voulaient se débarrasser de son frère qui était assuré d'obtenir un siège aux élections parlementaires. Il a accusé le chef de la police d'Abou Qorqas d'avoir planifié ces événements.

 

Le docteur Naguib Gabriel, président de l'organisation syndicale égyptienne des droits de l'homme, a déclaré qu'il ne fallait pas garder le silence sur la discrimination continuelle des Coptes par la justice. Il a appelé le Conseil militaire suprême à stopper la mise en œuvre de ces décisions et à ordonner un nouveau procès devant un tribunal ordinaire dans un autre district. Il a dit : « où est la conscience et la foi de ce juge face aux maisons et commerces chrétiens brûlés par des musulmans, comme cela a été rapporté par la police ? » Il a aussi mis en question le fait que ce cas soit jugé devant une juridiction d'urgence dans laquelle aucun recours n'est autorisé alors que les charges retenues incluaient : assassinat, tentative d'assassinat en réunion et port d'armes à feu.

 

Michael Monier, un américano-égyptien à la tête du Parti de la Vie a qualifié le jugement de raciste et injuste ajoutant « que cela montre que la justice égyptienne prend ses ordres des instances supérieures ».

 

L'Union des Organisations coptes européennes pour les droits de l'homme (EUCOHR) a publié une déclaration indiquant qu'elle ne garderait pas le silence sur cette injustice et qu'elle appelle à une réunion d'urgence avec les députés européens à Bruxelles pour expliquer la tragédie des Coptes en Égypte. Elle a appelé le Conseil suprême des forces armées à utiliser ses pouvoirs constitutionnels pour faire annuler ce verdict et renvoyer les accusés devant un autre tribunal respectant la loi et les droits de l'homme.

 

Des dizaines d'organisations coptes de défense des droits de l'homme et des centaines de Coptes ont organisé un sit-in le 22 mai devant la haute cour du Caire, dénonçant la décision du tribunal. Les manifestants arboraient des bannières portant la phrase « par la miséricorde de Dieu, la justice égyptienne est morte » et aussi « c'est un pays régi par les barbes et non par la loi ». Ils ont scandé « A bas l'armée », « musulmans et chrétiens main dans la main » et ont exigé une justice égale, non discriminatoire pour tous les Égyptiens.

 

Le procureur Karam Gabriel, présent à ce sit-in, a déclaré que le procureur général adjoint a réuni les avocats coptes et qu'ils ont présenté leurs griefs contre la décision ahurissante de la cour. Il a dit que le procureur général adjoint a promis de se pencher sur ce verdict et pourrait alors présenter une note de service au commandant militaire. Karam a également déclaré que le président du barreau enverra lui aussi un mémorandum des griefs parce que l'un des douze chrétiens condamnés est l'avocat Alaa Roushdi.

 

Le pasteur Boutros Anba Bola, qui se trouvait au sit-in a expliqué que ce jugement inique a été rendu à cette période juste avant l'élection présidentielle par un juge islamiste afin de fragiliser les Chrétiens et les décourager à participer au vote, en plus de les pénaliser de ne pas voter pour les Islamistes. Il a déclaré à la militante copte Mariam Ragy dans une interview audio, que bien qu'il ne soit pas censé recommander un candidat, il recommande pourtant le général Ahmad Shafik qui est le meilleur pour les Coptes ».

 

À Alexandrie, près de 2000 Egyptiens coptes et musulmans ont organisé une manifestation devant le tribunal de grande instance pour dénoncer « le verdict injuste de la justice salafiste" a déclaré le militant Grace Iskandar de l'organisation internationale Echo. Il a dit qu'ils continueront ce sit-in jusqu'à l'obtention de la justice. Une autre manifestation est prévue à Alexandrie samedi 26 mai.

Mary Abdelmassih

Traduit par Danilette

* pourtant dans cet article de 2011, on parle de Coptes tués, dont la vieille mère d'Adel Abdullah, jetée par la fenêtre du 2ème étage et Eid Roushdi poignardé qui est mort à l'hôpital...




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mise à jour 17h45    

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