Emigrés clandestins en Israël (2ème partie) : 34 000 espèrent rester

Publié le par danilette

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Les gouvernements israéliens ont réalisé trop tard l’ampleur du phénomène

vendredi 14 janvier 2011, par Suzanne Millet

D’où viennent-ils ?

- De l’Erythrée : 20 000 
- Du Sud Soudan : 6 000 
- De Darfour : 4 000 
- Du Nigeria, de l’Ethiopie, de la Côte d’Ivoire, quelques centaines.

Depuis quand ?

- 2005 : 453 
- 2006  : 1204 
- 2007  : 5 703 
- 2008  : 7 681 
- 2009  : 4 787 
- 2010  : 13 000

La situation

34 000 émigrés vivent en Israël et chaque mois 1000 autres arrivent dans le pays après des marches surhumaines dans le désert du Sinaï où certains périssent. Ils passent la frontière israélo-égyptienne, et quand ils demandent asile ici, ils s’aperçoivent qu’ils ne sont pas désirés, que personne ne s’occupe d’eux officiellement, que l’Etat est impuissant, que la police les considère comme des délinquants et que la plupart des Israéliens ne les veulent pas au milieu d’eux. Le phénomène de l’émigration clandestine des Africains par la frontière d’Egypte a commencé fin 2005. Jusqu’alors, les émigrés venaient en avion pour travailler, avec permission ou non.

Par la frontière d’Egypte on faisait passer presque uniquement des femmes d’Europe orientale pour la prostitution. Quand ce mouvement a été arrêté sous la pression internationale, la frontière restée ouverte a permis l’arrivée d’émigrés africains.

En décembre 2005 eut lieu au Caire une grande manifestation de réfugiés soudanais qui réclamaient leurs droits. Cette manifestation fut réprimée violemment et un nombre inconnu de réfugiés tombèrent sous le feu de la police. Cette catastrophe fut le signal pour eux de quitter l’Egypte et de partir pour Israël. Les premières années, il n’y eut que quelques milliers de réfugiés par an, mais ces dernières années, le flot a augmenté.

Actuellement les réfugiés sont surtout d’origine érythréenne. Ils quittent leur pays par le Soudan et attendent dans des camps. De là, une contrebande, assez bien organisée par les Bédouins de toute la région, les conduit en Egypte directement au Sinaï jusqu’à la frontière israélienne.

En Israël, chaque citoyen soudanais et érythréen reçoit une sorte de protection officielle sous l’autorité de l’ONU : ils ne peuvent être renvoyés dans leur pays. Mais cette protection ne leur donne aucun droit, ni permis de travail, ni sécurité sociale etc. Seules les organisations privées humanitaires s’occupent d’eux. En plus, aucun d’eux ne peut présenter une demande personnelle pour avoir le statut de réfugié et les droits qui l’accompagnent. Ceux qui ne sont pas ressortissants de ces deux pays restent souvent des mois, voire des années, en prison. Jusqu’en juin 2009 il était interdit aux émigrés clandestins d’habiter dans le centre du pays. Depuis, cette interdiction ayant été levée, des milliers se sont déplacés à Tel Aviv. Actuellement, 15% des demandeurs d’asile sont des femmes et avec elles 2000 enfants. A Tel Aviv ces enfants sont intégrés dans le système scolaire ; à Eilat on a ouvert une école spéciale pour eux mais dans les autres localités l’éducation est moins organisée.

Les autorités gouvernementales ne savaient que faire et brillaient par leur absence. Personne n’était responsable de centraliser la recherche de solutions. Aujourd’hui il semble que plusieurs ministres et organisations coordonnent leurs efforts pour résoudre ce problème.

Fin décembre, à Tel Aviv, se tint une manifestation des habitants des quartiers envahis par cette population d’émigrés. Elle fut suivie par une contre manifestation soutenue par les associations des Droits de l’Homme. Le gouvernement décida alors d’agir avant qu’il ne soit trop tard. C’est ainsi qu’une barrière de sécurité à la frontière israélo- égyptienne se met en place. D’après le ministre de la Sécurité, cette barrière physique de 150 Km de long ne sera terminée que dans 2 ans.

En juillet 2007 on avait déjà construit un camp à côté de Ktziot pour 2000 réfugiés. Fin septembre 2010, le gouvernement décide de construire un camp pour en accueillir 10 000. Les travaux ont commencé. Le ministère de la Sécurité est responsable de sa construction, et ce sont les autorités pénitentiaires qui seront responsables de son fonctionnement. Ce camp pourrait être achevé dans six mois, mais tout le processus bureaucratique ralentira sa mise en fonction. Dans le meilleur des cas il faut compter deux ou trois ans. Dans ce centre, les émigrés sont hébergés dans des dortoirs, nourris, et disposeront des services sanitaires et scolaires. Mais ce centre sera fermé, (genre de prison) vu la pression des habitants de la région.

Certains Israéliens se posent des questions

La barrière, difficile à réaliser, ne résoudra que très partiellement le problème de la responsabilité de l’Etat sur ses frontières. Il faut se rappeler que le réfugié qui frappe à la porte et qui demande l’asile politique en a le droit selon la Loi Internationale et la majorité d’entre eux est dans ce cas. Combien auront traversé tout le désert, du Soudan et du Sinaï, pour contempler un mur ?

Un camp de détention est une solution malheureuse et inefficace. S’il est déjà difficile pour l’Etat de statuer sur la situation de 2000 personnes qui attendent dans les prisons, qu’en sera-t-il pour les 10 000 enfermés pour un temps indéterminé ? Que feront-ils là- bas ? De quoi vivront-ils ? Quel est leur avenir ? Tout est bloqué pour eux.

L’Etat a le droit de chercher pour eux d’autres lieux d’exil, principalement en Occident. Déjà quelques Soudanais ont pu quitter le pays pour un pays occidental. Mais pour aider d’autres à le faire, il faudrait leur donner un statut de réfugié leur permettant de passer la frontière d’Israël de façon légale. Cependant on peut se poser la question : quels sont les pays occidentaux prêts à les accueillir ?

Pour l’instant, comme l’écrit Yanit Pichbayn, l’une des journalistes de Yediot Aharonot : « Arrêtons nous d’accuser ces émigrés de tous les maux de notre société, pauvreté, chômage, .drogues, criminalité. Plutôt que de négliger ces quartiers pauvres et d’en faire des ghettos, cherchons pour eux des solutions humaines, entre autres leur permettre d’être embauchés légalement. Pourquoi faire venir une nouvelle main d’œuvre étrangère quand il y en a une sur place ayant fui la persécution dans leur pays ? »

Source : Yediot Aharonot du 23.12.2010

Publié dans Israël

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