En finir avec le mythe d'un "peuple palestinien", Mordechai Kedar

Publié le par danilette

La saisie de la cargaison de missiles à longue portée en provenance de l'Iran et à destination de la bande de Gaza constitue sans aucun doute un incroyable succès à mettre au crédit des agences de renseignement et de la Marine israélienne.

Tous les porte-parole israéliens évoquent un renforcement militaire du Hamas et son intention d'acquérir un armement permettant de briser la dissuasion de l'avantage des armes, ce qui constituerait une menace stratégique pour Israël.

Selon certaines estimations, l'Iran cherche à renforcer le Hamas avec en ligne de mire "le jour J, le Grand Jour " lié au projet nucléaire iranien, lorsqu'Israël sera attaqué par des missiles en provenance du sud, en plus de ceux tiréspar le Hezbollah dans le nord.

Ces estimations omettent un élément fondamental : il y a maintenant une scission totale entre le Hamas d'une part, et la Syrie et l'Iran d'autre part. Les dirigeants syriens et iraniens sont en effet furieux contre la direction du Hamas qui ne s'est pas engagée aux côtés du régime syrien dans sa guerre contre les djihadistes qui inondent le pays et sèment la mort et la terreur.

Le Hamas est considéré aujourd'hui en Iran et en Syrie, comme un mouvement qui a trahit ses bienfaiteurs. Damas qui offert l'hospitalité à la direction du Hamas pendant des années, et Téhéran qui l'a grassement financé et généreusement armé.

À mon avis, la cargaison de missiles n'était pas destiné au Hamas mais à d'autres organisations, l'une dans le Sinaï - probablement Ansar Bait al-Maqdis - et l'autre à Gaza : le Djihad islamique. Ces deux organisations sont actuellement au service de la stratégie irano-syrienne qui vise trois objectifs principaux :

1- Mettre en place une menace stratégique avec des missiles sur Israël à partir du Sinaï et de la bande de Gaza pour dissuader l'État hébreu d'attaquer l'Iran.

2- Saboter les étroites relations entre Israël et l'Égypte.

3- Se venger du Hamas pour sa trahison envers la Syrie et l'Iran.

Le troisième objectif - se venger du Hamas - nécéssite une explication. Israël tient le Hamas pour responsable des attaques contre Israël, même si elles sont menées par des organisations dissidentes comme le Djihad islamique.

Le programme irano-syrien consiste à permettre au Djihad islamique de tirer des missiles stratégiques sur Israël afin que celui-ci frappe le Hamas en représaille, et devienne ainsi le bras de la vengeance de la Syrie et de l'Iran. Si cette explication est exacte, Israël doit prendre une décision stratégique quant à ses relations avec le Hamas, ayant le choix entre deux possibilités:

1- Israël pourrait renverser le régime du Hamas au nom de la menace stratégique qu'il représente pour Israël. Ceci permettrait à l'OLP de reprendre le contrôle de la bande de Gaza et de l'unifier avec la deuxième partie de l'État palestinien en Judée-Samarie.

2- Israël ne voit pas en l'OLP un partenaire pour la paix. C'est pourquoi il n'est pas son intérêt de permettre à l'OLP de reprendre le contrôle de la bande de Gaza. Le Hamas sert d'avantage les intérêts israéliens en ce sens qu'il a pris le contrôle de Gaza en 2007 et scindé le pouvoir palestinien en deux entités, mettant ainsi fin au rêve palestinien d'établir un État unifié.

La première option justifierait une guerre ouverte avec le Hamas pour renforcer l'OLP, alors que la seconde obligerait Israël à maintenir le régime du Hamas qui affaiblit l'OLP.

Jusqu'à présent, Israël n'a pas précisé ses intentions vis à vis du Hamas et cette ambiguïté tend à appuyer la thèse de la deuxième option. Et dans l'hypothèse où quelqu'organisation que ce soit s'en prendrait à Israël, ce dernier aurait toute latitude pour mettre oeuvre la première option.

Mais malgré les avantages que représente cette ambiguïté, Israël devrait adopter une attitude plus claire : car l'OLP n'a pas renoncé à son projet de détruire Israël, Jérusalem doit mettre fin au rêve de l'établissement d'un État sous l'autorité de cette organisation.

Le Hamas a entamé un processus à Gaza, et Israël doit le poursuivre en Judée-Samarie en établissant dans cette région sept émirats dans sept villes pour préserver le caractère rural de cette zone. L'établissement de ces sept villes-pays libèrerait la majorité de la population arabe de Judée-Samarie du contrôle israélien, tout en permettant ainsi à Israël d'octroyer la nationalité israélienne aux résidents de ces espaces ruraux. Ces cités-États s'appuyeront sur les tribus locales qui sont de véritables entités, et non en fonction des fantasmes de certains intellectuels palestiniens et de retardés mentaux israéliens qui croient en l'existence d'un seul peuple palestinien uni à Gaza et en Judée-Samarie.

Il existe un peuple palestinien tout comme il existe un peuple syrien, irakien, libyen ou soudanais. La réalité sociale et culturelle au Moyen-Orient est fondée sur l'existence de tribus, de groupes ethniques (arabes, kurdes, etc...), religieux (musulmans, druzes, alaouites, chrétiens, etc...), communautaires et sectaires (sunnite, chiite, etc...). Seuls les Etats s'appuyant sur un groupe homogène peuvent survivre dans cette région, et fournir à leurs citoyens une vie décente.

Israël doit fonder sa politique sur cette réalité, et non sur les rêves et les fantasmes d'un nouveau Moyen-Orient.

Mordechai Kedar est directeur du Centre des études du Moyen-Orient et de l'Islam à l'université de Bar-Ilan en Israël. Source 

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