Entre le diable américain et le démon alaouite, Mordechai Kedar

Publié le par danilette

                 

 

Les bruits de guerre s'amplifient et se rapprochent. Les heures qui passent rapprochent le Moyen-Orient de l'heure de vérité où les masques vont tomber : l'attaque américaine contre Assad. À ce jour, mercredi matin tous les médias arabes se concentrent sur l'attaque imminente contre la Syrie.

 

À ce stade, les Arabes et les Musulmans ont perfectionné leurs positions et clarifié leurs attitudes parce que les questions importantes ne peuvent plus être éludées : est-ce que vous soutenez l'attaque contre la Syrie, pays arabe à majorité musulmane, ou est-ce que vous vous y opposez ? Est-ce que vous soutenez Assad ou les Américains ? Le Moyen-Orient se portera-t-il mieux après la chute d'Assad ? Qui va bénéficier de cette attaque ?

 

De nombreux porte-parole arabes comparent avec l'attaque similaire qui a eu lieu il y a dix ans et demi contre Saddam Hussein, un autre « président de destruction massive », chargé d'envoyer beaucoup d'Arabes au paradis, qui a été relégué dans les poubelles de l'histoire en mars 2003, après avoir infligé des souffrances indescriptibles à son peuple et à son pays. Par une grande ironie du sort, Bachar El Assad s'était opposé à l'attaque contre Saddam car il comprenait qu'une intervention étrangère pour régler les problèmes du Moyen-Orient n'aurait pas de bons résultats. Il est possible que Bachar ait craint le jour où lui-même risquait de se tenir devant un peloton d'exécution sous commandement américain.

 

La comparaison avec les événements irakiens évoque le chaos qui s'est produit après l'élimination de Saddam Hussein. Les attaques terroristes suicides ont entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes jusqu'à ce jour et des conflits incessants entre les tribus, les organisations djihadistes, les milices et les différentes confessions et groupes ethniques, qui ont entraîné la désintégration de l'Irak sombré dans un marais de sang, de feu et de larmes.

 

Les média arabes posent des questions importantes concernant l'attaque attendue :

 

Est-ce qu'Assad va réussir à survivre à l'attaque ? La plupart des intervenants lient la réponse au type d'attaque, à son ampleur et sa durée : si l'attaque est courte, très ciblée et non pas massive, alors on suppose qu'Assad survivra et continuera à massacrer son peuple avec les moyens conventionnels qui ont causé la mort de plus de 100 000 syriens puisque le monde occidental hypocrite les accepte.

 

D'autre part, si l'attaque couvre une vaste zone comprenant des objectifs civils et militaires et si elle se poursuit pendant une longue période, alors il y a très peu de chances qu'Assad y survive parce que son armée a été affaiblie, que le l'Hezbollah va prendre une raclée et que les milices rebelles vont lui faire ce que les tribus libyennes ont fait à Kadhafi.

 

Est-ce que l'armée syrienne et le groupe qui est au pouvoir vont continuer à être fidèles à Assad, alors qu'ils vont subir cette attaque par sa faute ? On peut supposer qu'il y aura encore plus de défection aussi bien dans l'armée que parmi les civils, mais ce n'est pas ce qui mettra fin au pouvoir d'Assad parce qu'il remplace au fur et à mesure les défections par d'autres meurtriers.

 

Est-ce que l'attaque va se limiter à des cibles militaires ou bien inclura-t-elle des objectifs civils et des infrastructures civiles et économiques ? La plupart des intervenants arabes privilégient, du moins au début, une attaque sur des cibles militaires mais si cela crée l'impression qu'Assad transforme sa défaite en victoire, alors l'offensive se prolongera et visera des objectifs gouvernementaux.

 

Quelle sera la réaction des amis d'Assad, la Russie et l'Iran ? Ces pays ont déjà prévenu qu'ils ne vont pas rester les bras croisés. La Russie va probablement éviter une intervention militaire directe pour que cela ne dégénère pas en guerre avec les États-Unis. L'Iran cependant pourrait chercher une escalade avec les pays du golfe en lançant des attaques sur plusieurs installations pétrolières, ce qui pourra provoquer une panique et faire grimper les prix du carburant dans le monde.

 

Est-ce qu'Assad va essayer de se venger des États-Unis en attaquant Israël ? C'est une chose possible et Israël doit être prêt. De plus il y a un grand risque d'augmentation des attaques terroristes iraniennes contre les ambassades américaines et les bases militaires américaines dans le monde.

 

Est-ce qu'Assad va utiliser des armes de destruction massive contre Israël ? Probablement pas, parce qu'alors Israël pointerait ses missiles sur le cou d'Assad pour séparer sa tête de son corps.

 

Est-ce que dans l'ère post-Assad, la Syrie va se désintégrer comme l'Irak ? De toute façon, la Syrie ne fonctionne déjà plus comme un pays uni : les Kurdes dans le nord-est du pays appellent désormais leur territoire, « le Kurdistan occidental » et cette zone a plutôt bénéficié d'un calme relatif au cours des deux dernières années, malgré quelques affrontements entre les Kurdes et les Djihadistes qui essaient de les enrôler contre Assad.

 

Est-ce qu'Assad va se venger contre ses voisins turcs et jordaniens qui soutiennent activement les rebelles ? Peut-être aussi dans sa dernière heure, lancera-t-il tout son stock de missiles pour que le plus possible d'ennemis et de rivaux l'accompagnent en enfer. Ce scénario ne peut pas être exclu complètement.

 

Dans le monde arabe, quand une attaque comme celle prévue se produit, elle est accompagnée par de profondes questions concernant l'ensemble de la région : pourquoi ne sommes-nous pas capables, nous les Arabes et Musulmans, de s'occuper de nos conflits par nous-mêmes ? Pourquoi avons-nous besoin des forces occidentales, qui sont hérétiques, pour nous sauver de nous-mêmes ? Pourquoi la mission de la ligue Arabe est-elle toujours d'inviter les forces de l'OTAN pour faire notre sale boulot à notre place, le sale boulot que la nation arabe devrait faire si elle en était capable ?

 

Des questions similaires avaient été soulevées en Égypte en septembre 1994 à propos de la Conférence des Nations Unies sur la Population et le Développement (PNUD) qui s'est tenue au Caire et s'est intéressée, entre autres sujets, aux droits des femmes. Deux positions antagonistes ont émergé : les représentants musulmans se sont opposés à l'élargissement des droits des femmes alors que les représentants des pays occidentaux essayaient à tout prix de promouvoir leurs droits. Hiba Saad al - Din , le rédacteur en chef de « Sawt al Nisa » (La Voix Des Femmes) dans le journal « al-Shaab », l'organe des Frères musulmans en Égypte, a alors soulevé une question embarrassante : « pourquoi est-ce que les ennemis de l'islam (c'est-à-dire les pays occidentaux chrétiens infidèles) sont ceux qui se battent pour les droits des femmes musulmanes ? Est-ce que nos cheikhs et nos imams ne sont pas suffisants pour protéger les droits de nos femmes plutôt que ceux qui cherchent à saper le monde musulman ?

 

Ces jours-ci, dans le contexte de l'attaque prévue contre la Syrie, les porte-parole arabes soulèvent des questions similaires : pourquoi est-ce précisément les Américains, qui soutiennent Israël et les ennemis des arabes, qui sont prêts à aller en guerre et investir leur richesse et sacrifier leurs soldats pour nous sauver, nous Arabes et Musulmans de l'emprise de nos dictateurs sanguinaires qui nous assassinent indistinctement ? D'un autre côté, il y a ceux qui attaquent les États-Unis de vouloir faire tomber Assad et comment les Américains ne comprennent-ils pas que si Assad tombe les organisations de type Al Qaïda prendront sa place et transformeront la vie dans ce qui reste de la Syrie en un enfer sur terre ? Et peut-être que les Américains veulent transformer la Syrie en Afghanistan ou en Irak, en prenant prétexte d'être préoccupé du sort des citoyens syriens ? Et quel est le rôle d'Israël de pousser les Américains à éliminer la Syrie et la menace qu'il représente pour Israël ? À quoi ressemblera la Syrie après la chute d'Assad ? Est-ce qu'elle deviendra un satellite américain ? Ou peut-être un autre territoire sur lequel établir des implantations israéliennes ? Un des porte-parole d’Al Jazeera a déclaré dans un soupir : « que Dieu ait pitié du Golan », voulant signifier que le Golan est perdu pour la Syrie parce que « désormais nous allons devoir négocier le reste du territoire syrien après que les États-Unis et Israël l'auront occupé ».

 

L'attaque prévue soulève également des questions exprimant une grande préoccupation pour le sort des citoyens syriens sans défense : est-ce qu'une attaque sur les stocks d'armes chimiques ne va pas créer un désastre écologique qui risque de tuer les personnes vivant à proximité ? Est-ce que les agences de renseignement américaines et leurs alliés savent quelles sont les cibles appropriées et celles qui ne le sont pas ? D'autre part est-ce qu'on pense vraiment qu'Assad aurait laissé ses armes chimiques dans leurs locations habituelles ? Ces derniers jours, depuis la déclaration publique américaine de son attaque contre la Syrie, il semble clair que l'armée d'Assad a dispersé ses stocks d'armes de destruction massive, donc comment et où les Américains vont-ils attaquer ? Et peut-être qu'Assad a déjà transféré ses armes chimiques en Irak à son grand ami Nouri Al Maliki, le premier ministre chiite de l'Irak tout comme Saddam Hussein avait transféré ses armes chimiques et biologiques en Syrie avant l'attaque de la coalition en mars 2003 ?

 

Est-ce que le régime d'Assad va permettre aux inspecteurs de l'ONU de quitter la Syrie avant l'attaque ou bien va-t-il retarder leur sortie et même les utiliser comme boucliers humains pour protéger les stocks d'armes chimiques qui restent en Syrie ?

 

Les médias arabes rapportent largement les paroles des officiels syriens répétant en boucle que si la Syrie est attaquée, Tel-Aviv sera touchée. Certains analystes arabes déclarent que ces paroles sont la preuve que « le muscle le plus important dans le corps d'un chef d'État arabe est sa langue » ce qui signifie qu'ils ne font que parler, qu'ils n'agissent pas et que les menaces contre Israël sont des menaces creuses. Il rapporte également les paroles de certains hommes politiques israéliens qui déclarent qu'il est préférable pour Israël de laisser un Assad affaibli en place plutôt que d'avoir à traiter, à la frontière avec Al Qaïda, qui ne respectera aucun accord qu'Assad a signé avec Israël. [rappel de la traductrice : Assad n'a signé aucun accord avec Israël]. D'autres commentateurs arabes ne cachent pas leur espoir qu'Assad attaque vraiment Tel-Aviv pour prouver qu'Israël n'est pas invincible et que les Israéliens à la haute technologie mais aux forces mentales en déclin, misant leur confiance dans des systèmes d'armements sophistiqués, ne valent pas mieux que les Arabes sans technologie qui possèdent des combattants fidèles à leur patrie arabe et à leur objectif historique d'éliminer Israël.

 

D'autre part, des informations commencent à filtrer sur le départ d'Assad pour l'Iran mardi soir, « pour consultation ». Si ces informations s'avèrent exactes et qu'il a effectivement quitté la Syrie, peut-il rentrer dans son pays avant le déclenchement de l'attaque ou bien va-t-il choisir de gérer la défense de la Syrie de loin, d'un endroit plus sûr ? Et si ses forces découvrent qu'il les a abandonnées, vont-elles continuer à se battre pour lui ? Et que vont faire les Alaouites quand ils découvriront que leur président a fui ? Vont-ils déclarer un État dans la chaîne de montagnes An Nusayriyah, dans la partie occidentale de la Syrie où se trouve leur mère patrie ?

 

Mais le plus grand indicateur de la tension qui règne dans le monde arabe est, exactement comme chez nous, le marché monétaire. Ces derniers jours, le marché monétaire arabe sous tension a enregistré des mouvements frénétiques et on ne sait pas comment il va évoluer. Et comme la source principale de tension est située dans le Golfe, principalement à cause du voisin iranien de l'Est, les marchés de ces pays sont aussi nettement dans le rouge. Ils souffrent mais vont s'en remettre bien vite : la hausse du prix du pétrole va largement compenser les pertes du marché.

 

©Adapté de l'hébreu par Danilette © Pour toute reprise, lire ici 

Mise à jour, dernières corrections à 9h30

 

Publié dans Mordechai Kedar, Syrie, USA

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elie de paris 31/08/2013 23:57


Consulter son
profil27 août 2013 à 11:31 


O pôvre
de nous....



Consternant , la proportion de va't'en guerre parmi les occidentaux... Accros au jeux vidéos pratiqués pendant les conseils de ministres ??Les biens-pensant de la rue préconisent la bombe
atomique, ou le hautement bactériologique, armes pourtant réputées pour demeurer dissuasives, puisque mortelles pour ... tout le monde. Poutant les gouvernants occidentaux s'y mettent, alors
que les questions déterminantes restent non résolues, à savoir: y-a-t-il eu armes chimiques, si oui qui les a utilisées, et dans quel but ?( le conventionnel fonctionne très
bien, 100.000 morts /2 ans). Les armes de tous poils circulent très biens depuis le pillage des entrepôts libyens après la remarquable intervention occidentale pro-islamo-salafiste mais-enfin-
chacuns-ses goûts... On peut préférer en effet les armes de feu Saddam Hussein, qu'avait receptionnées Hassad père pendant la "guerre du golf ".


Mais voilà que nos "va-t'en guerre" ne sont pas approuvés par leur parlement.. Qu'est-ce  à dire ? Qu'après 2 ans de gesticulations , leur hésitation pitoyable conforte  les tyrans
actuels et encouragerait  les prochains ?? Pauvre monde chrétien occidentale tétanisé , et déja arrivé au point de non-retour, après l'heure, "c'est plus l'heure"...et ils y vont
quand-même, les Hollandes, les Cameron, les Obama, ,alors qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil depuis 2ans en Syrie, dont, comble de la fantaisie ridicule, le chef était invité par des
présidences à des défilés militaires !!! Nous étions comme des réveurs !!!


 
( Dr. Kissé Suila cf.chap. XXVI dans son fameux :

andre 30/08/2013 16:49


Sur l'imprevisibilite des dictateurs arabes:


souvenons-nous que Saddam Hussein avait incendie l'ensemble des puits de petrole du Koweit. On peut donc s'attendre a tout. Il est incomprehensible que le monde ne s'occupe pas serieusement de la
bombe iranienne en preparation, susceptible d'amener des desastres sans commune mesure avec la presente horreur syrienne.


Croit-on vraiment qu'un "geste' de punition du pouvoir syrien, hors de tout projet clairement defini, resoudra quoi que ce soit ?