Hiver arabe, Giulio Meotti

Publié le par danilette

 

 

Hiver arabe

Le soi-disant "printemps arabe" pourrait être le commencement d'un long hiver comme l'écrit l'expert israélien Benny Morris. Même le New York Times, avec de nombreuses semaines de retard à cause de la naïveté de Thomas Friedman et Roger Cohen, s'est rendu compte que la "nouvelle Egypte" éprouve de la sympathie pour l'Iran et le Hamas. Bientôt sera remis en cause le traité de paix de Camp David, symbole de la dissipation graduelle du conflit panarabe contre Israël. link

 © - FOGLIO QUOTIDIANO, Giulio Meotti

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Le Caire lève le blocus de Gaza, autorise les médias du Hamas, reprend ses relations avec l'Iran. Israël s'inquiète.

« Printemps égyptien, hiver israélien », voici le titre de l'article qu'un des grands historiens et analystes israéliens, Benny Morris, a écrit pour le magazine National Interest. « Pour les Israéliens, ce printemps arabe comme certains l'appellent  (qui pourrait avoir été plutôt un automne arabe) montre clairement des aspects obscurs que les Occidentaux préfèrent ignorer. Le New York Times lui ne l'ignore pas puisqu'il a publié hier en première page un article sur la nouvelle tendance politique égyptienne qui est empreinte de sympathie à l'égard de l'Iran et du Hamas.

La réouverture par l'Égypte du point de passage de Rafah est un signal important. Durant le régime d'Hosni Moubarak, le blocus était crucial pour empêcher l'approvisionnement en armes du Hamas. L'ex-régime avait même commencé la construction, tout juste interrompue, d'un mur d'acier et de ciment contre les Islamistes de Gaza. Israël s'est déclaré préoccupé par la décision de l'Égypte de rouvrir de façon permanente l'unique point de passage non contrôlé par l'armée de Jérusalem. Cette décision pourrait avoir des conséquences stratégiques importantes pour la sécurité israélienne. Sans le blocus il est en fait impossible pour l'Égypte d'empêcher l'importation d'armes à Gaza. 

Selon le New York Times, même l'accord signé entre le Fatah et le Hamas en dit beaucoup sur la nouvelle direction égyptienne. « C'est un grand changement politique » titrait un des plus grands quotidiens du Caire, Al Masri Al Youm. C'est en fait le Ministre des affaires étrangères du Caire, Nabil Elaraby, qui a servi de médiateur entre les parties, Moubarak aussi avait déjà cherché à favoriser un rapprochement en espérant renforcer le leadership affaibli d'Abou Mazen (Mahmoud Abbas). L'accord tracé au Caire ne prévoit ni la reconnaissance d'Israël, ni l'abandon de la lutte armée. Il y a aussi la question de l'Iran : l'Égypte était restée l'unique pays arabe sans relation avec Téhéran. Il y a quelques jours l'Iran a nommé son premier ambassadeur au Caire depuis 1979. Dans la région les menaces augmentent : concernant l'attentat de Marrakech on met en avant l'hypothèse d'islamistes salafiste du groupe « justice et bienfaisance » illégal au Maroc. Des sources de renseignements parleraient même de l'implication d'un citoyen italo-marocain, Kassem Britel. 

L'agence de sondages la plus prestigieuse  du Moyen-Orient, le Pew Forum a publié un sondage selon lequel 54 % des Égyptiens estiment que l'accord de paix avec l'État juif doit être suspendu. Nabil Fahmy, doyen de l'école d'administration publique à l'université américaine du Caire a déclaré hier au Washington Post que « s'il y avait eu un système démocratique à l'époque d'Anouar el-Sadate, le président n'aurait pas pu signer les accords de Camp David ». Le pacte qui avait marqué la fin de la guerre panarabe contre Israël est entré en crise. 

Mercredi des centaines d'Égyptiens provenant de l'université et des différentes forces politiques ont manifesté en face de l'ambassade israélienne du Caire, demandant une interruption immédiate et unilatérale de tout rapport diplomatique et économique avec Israël. « Il faut cesser le gaz » a été le slogan le plus scandé, allusion aux exportations égyptiennes de gaz naturel vers l'État juif. 

Le gaz égyptien constitue 40 % des besoins internes d'Israël. Le gazoduc a déjà été l'objet de deux attentats dans le Sinaï et le Premier égyptien, Essam Sharaf, vient d'annoncer que l'accord fait l'objet d'une révision. Le Ministre israélien des infrastructures, Uzi Landau a déclaré que son pays se préparait à d'autres perturbations de l'approvisionnement en gaz egyptien. Cela concerne l'accord avec Israël mais également avec la Jordanie. Les seules exportations vers Israël constituent un tiers des ventes du gaz égyptien à l'étranger. Selon le magazine financier israélien Globes, le coût payé par Israël pour l'interruption de la fourniture de gaz s'élève à un montant d'un million et demi de dollars par jour. Jérusalem doit y répondre par la combustion de pétrole en s'appuyant sur des entreprises privées. 

L'accord sur le gaz entre le Caire et Jérusalem a été le premier du genre après la signature du traité de paix il y a 30 ans à Camp David. Moubarak l'avait surnommé : « le pipeline de la paix » car pour la première fois un accord commercial unissait les Arabes et les Juifs. Le nouveau Ministre des finances égyptien, Samir Radwan a déclaré simplement : « nous n'avons pas besoin de l'investissement de l'ennemi ».Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a répondu depuis Jérusalem : « ennemi ? Il me semble qu'il existe un traité de paix ».

 di Giulio Meotti © - FOGLIO QUOTIDIANO

 Adapté de l'italien par Danilette

Publié dans Giulio Meotti

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