Hommage à Aliaa Elmahdy, résistante égyptienne contre le machisme musulman

Publié le par danilette

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En ces temps sombres où de gros nuages annoncent la mutation fatale du Printemps arabe en Hiver islamique, où vous avez dénoncé avec justesse la faute de nos politiques contribuant « naïvement » au remplacement des tyrannies « laïques » par des théocraties islamiques, alors que les menaces sur les droits des femmes se font de plus en plus visibles, où les barbus triomphants promettent l’application de la charia, et alors que place Tahrir les « jeunes révolutionnaires » semblent avoir été remplacés par des hordes de prédateurs qui s’en prennent aux femmes journalistes, je m’interroge quant à votre silence envers l’égyptienne la plus célèbre du monde, actuellement, à savoir la jeune Aliaa Magda Elmahdy, mieux connue par son surnom de « blogueuse nue du Caire ». Ou alors j’ai manqué un article ?
Aliaa Elmahdy est la compagne de Kareem Amer, emprisonné plusieurs années par le régime de Moubarak pour avoir critiqué la dérive islamique de l’université Al-Azhar. Cette jeune femme de 20 ans serait  étudiante en médias et communication à l’université américaine du Caire.

 Celle qui  se définit d’abord comme « laïque (et athée), libérale, féministe, végétarienne et individualiste » fut le mois dernier  à l’origine d’un évènement Facebook, « Porter le voile en solidarité avec les femmes », condamnant le port du voile obligatoire pour les femmes et encourageant les hommes à poser en hijab pour soutenir son initiative. A la fin du mois d’octobre elle récidive en postant une photo d’elle nue sur son blog :

http://arebelsdiary.blogspot.com/2011/10/nude-art.html

Elle pose crânement uniquement vêtue de bas et chaussures rouges, et d’un nœud rouge dans les cheveux. Mais son regard est triste: elle explique qu’elle veut protester contre la montée de l’obscurantisme en Égypte et les violences faites aux femmes. Elle dénonce le fait que depuis les années 70 les modèles nus ont été bannis de l’enseignement  des Beaux-Arts, à cause des interdits islamiques sur le corps humain..  Elle reposte ensuite la même photo, censurée de trois manières différentes, au sexe, à la bouche et aux yeux, indiquant ainsi comment la femme est bridée dans sa liberté de parole, sa visibilité dans l’espace public et sa sexualité.  A noter qu’elle n’est pas la seule à poser: d’autres hommes et femmes ont apporté leur contribution en se dévêtant aussi. D’autres photos apparaissent au fur et à mesure que le succès du blog grandit. Des caricatures s’y ajoutent: une femme se dépouille d’une burqa comme elle écarterait les mâchoires d’un crocodile. Des personnages des Simpson regardent Aliaa à la télé.

Au cours du mois de novembre les médias la révèlent et l’initiative de la jeune femme provoque un tollé chez les Égyptiens, y compris chez les soi-disant « laïques » qui courageusement se désolidarisent d’elle. Selon eux son initiative, en choquant les masses conservatrices, donnerait du grain à moudre aux islamistes. Son geste est jugé plus scandaleux que ceux des militaires qui ont fait passer des « tests de virginité » à des jeunes manifestantes arrêtées place Tahrir au motif qu’elles auraient dormi sur la place en compagnie des hommes. Plus scandaleux que les jeunes nervis islamistes qui violent les journalistes femmes au même endroit depuis quelques jours. Mais en même temps des centaines de messages d’encouragement viennent des quatre coins du monde, d’Europe et de l’Amérique principalement, mais aussi semble-t-il de quelques musulmans laïcs du Maghreb et  d’Iran, de Mauritanie…et même d’Arabie saoudite ! laissant entendre qu’il existe une opposition à la loi des mollahs et des imams, une opposition certes minoritaire face au conservatisme de la « rue arabe ».
Parallèlement en soutien à la jeune égyptienne, un groupe de femmes israéliennes s’est déshabillé  -pudiquement derrière une banderole sur laquelle on pouvait voir écrit en hébreu et en anglais : « Amour sans limite ». Une pancarte brandie clamait : « Montrez que vous n’avez pas peur ».

http://www.youtube.com/watch?v=Whh5MmxYKm4

Mais la grande masse des égyptiens, séduite par les islamistes qui ont su récupérer la révolution, rejette cette jeune blogueuse décidément trop imprégnée des « vices » de l’Occident. Insultes et menaces de mort fusent à son égard. La pauvre Aliaa Elmahdy peut ainsi constater que nulle n’est prophète en son pays. Un collectif d’étudiants islamistes -dont des femmes-  demande l’application de la charia à son encontre. Théoriquement elle risque 70 coups de fouet…ou pire. Maintenant ses proches craignent pour sa sécurité.
Il y a 4 jours a couru la rumeur de son lynchage place Tahrir. On voit en effet une jeune femme brune malmenée sur la vidéo ci-dessous;

http://www.youtube.com/watch?v=ppKCawOSlHY&feature=related

Il paraîtrait que ce n’était pas elle, en tout cas cette vidéo montre crûment  la situation faite aux femmes libres en Égypte, et ce qui peut arriver demain à Mlle Elmahdy. Certains commentaires sont édifiants. Nous sommes toujours dans l’immonde logique du « Elle l’a bien cherché. » Il y a eu les mêmes réactions nauséabondes lors des viols de Caroline Sinz et d’autres journalistes femmes.

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Marie 07/12/2011 23:49


Quel courage ! Je suis absolument ébahie d'admiration pour cette jeune femme à l'esprit libre.