Illusions d’optique occidentales, Jean-Pierre Bensimon

Publié le par danilette

Le diagnostic des dirigeants occidentaux sur le chaos actuel au Moyen-Orient semble gravement faussé par trois illusions d'optique, explicables sans doute autant par la naïveté que le calcul :

- la confusion entre le terroriste et le djihadiste;
- la sous-estimation du risque stratégique global posé par un Hamas militarisé;
- l'idée que l'Iran, reconnu comme puissance régionale, pourrait jouer un rôle stabilisateur.

Il y a eu au cours de l'été cette héroïque défense d'Israël arrosé sur tout son territoire par une épouvantable pluie de 4.500 roquettes. Elle suivait les enlèvements de trois de ses adolescents au sortir de leur école, et leur froide exécution, un traumatisme inouï pour la nation. Pendant près de deux mois, dans un concert d'alarmes stridentes, toute une population s'est ruée nuit et jour dans les abris, les entrées d'immeuble et les magasins, quand elle ne se couchait pas à même le sol, à distance des véhicules, comme le prescrivaient les consignes. A peu près au même moment l'État islamique (EI) prenait Mossoul et étalait dans les média, avec toute l'arrogance de sa foi, les destructions massives, la déportation des habitants, les boucheries de masse, les décapitations, l'enlèvement et la vente des femmes. 

L'Occident a tressailli devant ces horreurs, y voyant l'œuvre du "terrorisme islamique." Il était d'autant plus inquiet de l'avènement de ce "terrorisme" qu'après la décomposition de l'État syrien, l'État irakien se disloquait à son tour, annonçant un risque généralisé sur les structures politiques du Moyen-Orient. 


En revanche, dans le cas d'Israël arrosé de roquettes, si le Hamas était désavoué du bout des lèvres, Jérusalem devenait la cible d'une campagne médiatique féroce en Europe. Jacques Attali, l'un des plus vils, accusait "le gouvernement d'Israël... de tirer aveuglément sur les civils palestiniens." François Hollande parlait de "massacre" et Laurent Fabius de "carnage" pour désigner les tentatives d'Israël de mettre fin au déluge de feu, et de neutraliser les tunnels d'attaque contre son territoire. Le Hamas se transmutait en "résistant" plus qu'en "terroriste," et, à la différence de l'EI, son attaque brutale de la démocratie voisine était ramenée mezzo voce à un simple épisode d'un conflit d'importance secondaire, localisé et sous contrôle.

Double illusion: l'EI n'est ni "terroriste" ni "résistant," pas plus que le Hamas. Ils sont l'un et l'autre djihadistes. La menace de l'EI est "stratégique," mais celle du Hamas l'est tout autant. L'EI et le Hamas sont deux bras d'une même pieuvre qui s'acharne sans répit à modifier les cartes du pouvoir dans la région, en rêvant de soumettre un jour le monde entier à la "vraie religion." 

Terrorisme ou djihadisme?

Le terrorisme consiste à utiliser une violence parfois sans limites, comme les bombes au milieu de la foule, à des fins politiques, hors de toute légalité, et sans épargner les civils. Il escompte que la terreur provoquée par les destructions, les mutilations, et les morts, désorientent ses adversaires et les fassent céder. 

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Publié dans Jean-Pierre Bensimon

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