Interview exclusive de l'avocat tunisien Ftouh Souhail par drzz.fr

Publié le par danilette

Dimanche 16 janvier 2011

 

Drzz.fr : Ftouh Souhail, vous êtes avocat, représentant d'avocat sans frontières pour la Tunisie, et vous vivez à Tunis, vous écrivez également pour Drzz.fr. La question qui est sur toutes les lèvres est celle de la menace intégriste. Les islamistes représentent ils une force politique crédible, sont ils capable de terroriser les prochains dirigeants du pays, et imposer, à terme, la Charia ?

 

Ftouh Souhail : La question des islamistes est très présente aujourd’hui en Tunisie après la chute de Ben Ali. Le mouvement islamique va respirer de nouveau dans le pays. Le chef en exil du mouvement tunisien Ennahda, Rachid Ghannouchi, prévoit de retourner dans quelques semaines dans le pays. Ghannouchi qui est en exil à Londres depuis 1989, a ordonné que des responsables de son mouvement, dont le parti est interdit, de négocier des accords avec des partis laïques tunisiens comme le Parti Démocratique Progressiste et le Parti Communiste Ouvrier.

 

La protestation en cours en Tunisie, qui a balayé le régime du président Zine El Abidine Ben Ali, est de nature à ouvrir la voie vers l’islamisation de la vie politique. Les leaders islamistes, ceux du mouvement intégriste Ennahda, comptent réviser le statut de la femme parce qu'il est parmi les plus avancés du monde arabo-musulman. Il est possible aussi qu'ils obtiennent une autorisation pour travailler dans le pays.

 

Bien que les tunisiens se soient débarrassés d’un régime considéré comme mafieux, ils risquent de se retrouver avec un Parti Religieux qui tentera de convaincre la population tunisienne que l’islam politique est une meilleure alternative contre la corruption du clan Ben Ali.

 

Il faut ici noter que Ben Ali a joué un grand rôle dans la coopération, dans la lutte contre le terrorisme, et la montée des intégrismes. En contrepartie, il a réussi à obtenir le silence de l’Occident sur plusieurs affaires de corruption. La famille élargie du président était fréquemment présentée comme le carrefour de la corruption en Tunisie.

 

Drzz.fr : Quel est l'état de l'opposition ? Écrasée par Ben Ali, elle est peu organisée, peu structurée, et elle n'a pas de programme. Y a t-il des figures emblématiques ? De quelle tendance se réclament t-elles : libérales et progressives, ou socialistes ?

 

FS : Au lendemain de cette journée historique du 14 janvier qui a débouché sur la fuite du président Zine El Abidine Ben Ali, le camp des démocrates et des militants des droits de l'homme reste très affaibli. Le régime de Ben Ali a, durant des années, dévoré la société civile, et il a basé sa légitimité sur une pratique systématique de brutalité politique et sécuritaire, en totale violation des libertés fondamentales.

 

Les partis politiques d'opposition reconnus dans le pays sont tous des « partis cartons » comme on dit ici : Le Parti des Verts pour le Progrès (PVP, écologiste), le Parti Social-Libéral (PSL, libéral), le Parti de l'Unité Populaire (PUP, panarabiste, socialiste) et le Mouvement Ettajdid (gauche laïque).

 

Le seul parti réellement indépendant en Tunisie est le Parti démocrate progressiste (PDP).

 

Sauf que ce parti de gauche a noué une alliance avec la mouvance islamiste. De plus leurs prises de positions anti-israéliennes et antisémites sont constamment relayées dans les différents médias arabes, et en l’occurrence par la sulfureuse Al jazeera Qatari. Je l’ai déjà décrit comme un parti fasciste parce qu’il voulait empêcher le pèlerinage juif en Tunisie

 

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