Israel va-t-il abandonner le mont Sion au Vatican ? David Jortner

Publié le par danilette

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Israel va-t-il abandonner le mont Sion au Vatican ?

Une partie du monde juif s’inquiète des négociations avec le Vatican sur le Mont Sion même si le détail de cet accord est loin d’être connu. Certains juifs orthodoxes y voient une tentative chrétienne de "reprendre Jérusalem".

Au terme de négociations fort discrètes, Israël serait récemment parvenu à conclure un accord « historique » avec le Vatican, selon lequel il céderait à la papauté une partie de sa souveraineté sur le mont Sion, à Jérusalem. Pour l’heure, on ne sait trop la forme juridique que prendrait cette cession. Ce que l’on peut affirmer, c’est qu’après de multiples rencontres durant plusieurs années entre le vice-ministre des Affaires étrangères Danny Ayalon et le cardinal Jean-Louis Tauran, chef du Conseil du Vatican pour le dialogue inter religieux, l’envoyé du Pape aurait finalement accepté de payer les impôts fonciers pour toutes les propriétés que possède l’Église catholique en Terre sainte. En échange, Israël se serait engagé à reconnaître une certaine « souveraineté » à l’Église sur ses bâtiments construits sur le mont Sion.

Le problème – et l’enjeu –, c’est que cet endroit abrite aussi la tombe du Roi David. D’autres rois de l’ancien royaume de Judée y reposent également, tandis que la yéchiva de la « Yeshiva Diaspora », fondée en 1967 par le rav Morde’haï Goldstein y possède l’ensemble de ses locaux. Les responsables de la yéchiva craignent que le Vatican ne veuille transformer le site en un lieu de pèlerinage pour des centaines de milliers de catholiques et y assurer des services religieux : « Naturellement, cet afflux de visiteurs permettrait d’augmenter les recettes touristiques de l’État. Mais Israël ne risque-t-il pas de perdre son âme et son identité dans cette affaire ? », dit-on dans la yéchiva. De plus, certains font valoir que satisfaire cette revendication territoriale sur le mont Sion pourrait entraîner d’autres revendications de la part de l’Église catholique, en particulier sur le mont des Oliviers à Jérusalem et sur le site de Capharnaüm en Galilée.

Pressions diplomatiques
Pour réaliser ses objectifs, le Vatican s’est lancé dans une politique de lobbying tous azimuts. En janvier 2004, à l’occasion d’une conférence œcuménique à la Yeshiva University de New York, les cardinaux présents ont essayé de convaincre les grands rabbins : « Rendez-nous nos lieux saints, il en va de votre sécurité ! » À cette époque, l’ex-président Moché Katsav et l’ancien maire de Jérusalem Ehoud Olmert avaient été également approchés.

Plus récemment, Mgr Jaeger, l’un des envoyés de Benoit XVI, a demandé à la Cour Suprême américaine de statuer si oui ou non Jérusalem faisait partie du territoire national israélien… De leurs côtés, le patriarche émérite de Jérusalem, Michel Sabbah, et son successeur, le Patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, ont interpellé la Maison-Blanche, les Nations-Unies et la Ligue arabe.

Pour l’heure, la diplomatie souterraine se poursuit. Bien que le Parlement israélien n’ait pas été associé aux tractations en cours, la marge de manœuvre des négociateurs israéliens est assez mince : comment en effet contenir tout à la fois un Vatican soucieux d’affirmer son autorité sur Jérusalem, et garantir à la Knesset - et l’opinion israélienne, encore sous-informée - qu’il ne s’agit que de concessions mineures ?

Les motivations du Vatican
● L’analyse de l’historien Asher Edar, juif d’origine allemande qui vit en Israël : « Pour comprendre pourquoi le Vatican est soudain intéressé à affirmer sa souveraineté sur le mont Sion, il faut remonter à l’époque de Charlemagne, qui fut le fondateur du Saint-Empire romain germanique, c’est-à-dire l’outil militaire du Vatican pour la conversion de l’Europe au christianisme. C’est dans la capitale de cet empire, Aix-la-Chapelle, que fut construite la première cathédrale. Or - et là le passé rejoint le présent - lorsque le Kaiser Wilhelm II, Empereur d’Allemagne, vient à Jérusalem en 1898, son objectif est de promouvoir Jérusalem dans une chrétienté politiquement dirigée par l’Allemagne et spirituellement par Rome. C’est pourquoi il fait construire, sur le mont Sion, un immense bâtiment religieux (l’église de la Dormition, achevée en 1910) qui est la réplique exacte de celle construite par Charlemagne à Aix-la-Chapelle, 1 200 ans plus tôt ! Or le pape actuel Benoit XVI, né Joseph Ratzinger, est un Allemand déterminé.

● Pour Joël Bainerman, chercheur et conférencier, diplômé de l’Université de Toronto, la démarche du Vatican s’inscrit dans une perspective eschatologique : « L’Église est une structure qui, depuis toujours, travaille à très long terme. Depuis des siècles, Rome veut reprendre Jérusalem. L’ambition finale du Vatican est d’y réaliser la fusion des trois religions monothéistes et d’établir, depuis Jérusalem, un gouvernement mondial, une sorte de super Nations Unies ! C’est sur cette vision de la fin des temps que s’appuie la diplomatie du Vatican. Parmi les responsables israéliens, bien peu comprennent cette idéologie. Et le Vatican en profite. En 1992, Teddy Kollek, alors maire de Jérusalem, essaie de convaincre la Knesset d’accorder un statut spécial au Vatican - l’extra-territorialité - sur ses lieux saints. La même année, Yossi Beilin et Shimon Pérès entreprennent des pourparlers secrets, que l’Intifada viendra interrompre… Mais les émissaires du Vatican ne désarment pas : de même qu’Israël a abandonné la gestion du Mont du Temple au Waqf musulman, ils multiplient les manœuvres pour qu’Israël se désengage du mont Sion ! »

La réaction des rabbins
Si les grands rabbins d’Israël ne se sont pas encore prononcés officiellement sur cette affaire, d’autres responsables religieux - les rabbins Yoël Schwartz, Israël Ariel, Dov Meir Stein, Hillel Weiss, Avraham Dov Ben Shor, Yishaï Babad, Yishayahu Cohen Hollander, Méїr Halevi Hakak, Mordé’haї Kislev, Ezra Tepper, Pin’has Ben-Zvi - dénoncent les tractations en cours et appellent à la vigilance.

« La revendication territoriale du Vatican sur le mont Sion se situe dans la droite ligne de dépossession et de destruction du peuple juif initiée par l’Église depuis 2 000 ans. À sa création, l’État d’Israël, qui fonde sa légitimité sur la Torah et les prophètes, a restitué au peuple juif la pleine propriété de sa terre. C’est pourquoi le Code pénal de l’État d’Israël interdit tout transfert de propriété de la terre à des étrangers. Toute personne, qui négocie et signe des accords tendant à modifier les prérogatives de l’État dans ses lieux saints, lève la main contre la Torah, contre sa propre foi, son peuple, sa patrie et la maison de ses Pères. Il nous appartient de réaliser la promesse d’Isaïe (62,6) : ’ Vous qui faites appel au souvenir de l’Éternel, ne prenez aucun répit. Ne vous accordez point de trêve, qu’Il n’ait rétabli Jérusalem et n’en ait fait un sujet de gloire dans le monde. ’ »

Source : Par David Jortner, Hamodia, 29/2/2012

 

 


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Commenter cet article

Laurent petit 09/03/2012 21:32


Je suis amusé, mais un peu triste aussi de voir autant de faits (vidéeo, textes, témoignages) à l'appui de vos critiques sur les extrêmistes de certains bords, mais aussi autant de jugements de
consciences vis à vis du Vatican. Pour ma part, je m'interdis toujours, même si le tentation existe, d'essayer d'imaginer les pensées d'autrui. C'est c'est un exercice qui a mené à l'inquisition.
Ainsi, en disant le Vatican veut ceci, veut cela, vous analysez en réalité non pas ce qu'il veut, mais ce que vous trouvez confortable qu'il pense.


Vous parlez de David : vous avez raison.


N'est-ce pas David qui disait :


"Heureux qui a pour appui le Dieu de Jacobet met son espoir enl'Eternel


 Il a fait le ciel, la terre la mer et tout ce qu'ils contiennent


 Il est éternellement fidèle à sa parole


 fait valoir le droit des opprimés, donne du pain à ceux qui ont faim


 l'Eternel met en liberté les prisonniers


 l'éternel rend la vue aux aveugles, redresse ceux qui sont courbés


 L'Eternel aime les justes, et veille sur les étrangers


 soutient la veuve et l'orphelin, tandis qu'il bouleverse la vie des pervers.


 Le Seigneur règnera à jamais, ton Dieu, ô Sion, d'âge en âge.


Mais dans sa grandeur, David n'en n'avait pas moins les mains pleines de sang, et c'est donc Salomon qui fut chargé de construire le Temple.


 


Le bien et le mal sont pour nous yeux bien difficiles à distinguer mélangés. Pour David aussi. Pour nous aussi, quand nous sommes tentés de percer les arrières-pensées des gens.


 


Shalom.