Janusz Korczak

Publié le par danilette

 Le nom "Janusz Korczak" est un nom de plume, choisi par le jeune Henryk Goldszmit au moment de se présenter à son premier concours littéraire. 

Si on sait que le véritable nom de Korczak est Henryk Goldszmit, on sait moins que le choix de son pseudonyme est lié à l’histoire et à la littérature polonaises.

C’est le héros d’un roman historique dont l’action se situe au XVIIe siècle, écrit par J. I. Kraszewski, écrivain polonais du XIXe siècle. Il est brave et généreux. Il combat avec courage les Turcs. Il triomphe de tous les obstacles et obtient à la fin la main de sa bien-aimée.

En 1898, [la revue] Kurier warszawski (Le Courrier de Varsovie) organise un concours littéraire pour les jeunes. Henryk Goldszmit, étudiant de 2e année de médecine, âgé de vingt ans, y envoie un drame en quatre actes.

L’écrivain polonais Igor Newerly, ancien secrétaire du docteur Korczak, décrit dans son livre les circonstances[2] :

« Alors qu’il passait des examens, en recopiant à la hâte sa pièce de théâtre intitulée Par où ? (Któredy ?), Henryk s’est souvenu qu’il n’avait pas encore élu un nom d’emprunt. Sur sa table de travail se trouvait à ce moment-là le roman de Kraszewski[1] Histoire de Janasz Korczak et de la belle-fille du chevalier porte-glaive, ce qui lui a donné l’idée de signer sa pièce de ce nom. Plus tard, le typographe assemblant les lettres des noms des lauréats du concours a commis une erreur dans le prénom. »

Ainsi Janasz Korczak est devenu Janusz Korczak. Ce fut la première distinction littéraire de Korczak.

Le choix du nom de personnage de Kraszewski était-il dû au hasard ?

Korczak appartenait à une génération qui le lisait avec ardeur. Dans un récit écrit sous forme de journal intime intitulé Spowiedz motyla (Confession d’un papillon) et publié en 1914, il décrit ses impressions des lectures de La Rochefoucauld, de Victor Hugo, de Jules Verne, des poèmes d’Asnyk (poète polonais). Il y parle surtout de son attitude envers Kraszewski.

À la date de 15 janvier il note : « Il y a des moments où tout me dégoûte mais quand je pense que tous les grands hommes traversent des épreuves, je me sens moins seul. En ce moment, je lis la biographie de Kraszewski. Je vois dans sa vie la ressemblance à la mienne. »[4]

Après avoir lu Heurs et malheurs[5] de Kraszewski, Korczak note qu’un homme blessé se cache dans le coin le plus sombre comme un animal. D’un autre livre (Jaselka), il recopie la citation sur le bonheur, qui commence par : « Le bonheur c’est l’espoir et les rêves ».

Cependant le roman qu’il admire le plus est Le Sphinx[6]. Le 3 décembre il écrit à son propos : « C’est l’émotion la plus forte depuis ma lecture de Par le fer et par le feu[7]. Récemment, je ne te comprenais pas, Maître, et je disais que tu étais ennuyeux. J’étais si bête quand je portais ce jugement naïf, insolent et fou. Je te respecte, je t’aime et je t’adore. Tu es le Sphinx qui sait tant de choses ! […] Tu sais décrire l’âme humaine qui croit, doute et recouvre la foi. […] Quel beau tableau de Varsovie de cette époque-là et quelle belle description de Rome ! Maître, que ton ombre me protège ! »

Ces vœux de jeunesse, écrits d’une façon si exaltée, ont été d’une certaine manière exaucés. Le brave et généreux personnage de Kraszewski a accompagné toute l’œuvre littéraire de Janusz Korczak. Il a gardé ce pseudonyme jusqu’à la fin. Barbara Sniadower, juin 2003.

 

Lire l'article Siadnower, Barbara : « L’origine du pseudonyme de Janusz Korczak », inédit Association Frse J. Korczak, 2 p. [en ligne sur korczak.fr]


 

***

Janusz Korczak était en Pologne, avant la guerre, la personnalité scientifique la plus en vue et la plus respectée dans le domaine de l’enfance. Ami des enfants, médecin-pédiatre et écrivain, il est entré dans l’Histoire le jour de sa déportation au camp d’extermination de Treblinka, avec les enfants du ghetto de Varsovie qu’il n’avait pas voulu abandonner (cf. le film de A. Wajda :Korczak, 1989).

« Le fait que Korczak ait volontairement renoncé à sa vie pour ses convictions parle pour la grandeur de l’homme. Mais cela est sans importance comparé à la force de son message », disait Bruno Bettelheim.

 

Depuis le début du siècle, Korczak œuvrait à une refonte complète de l’éducation et du statut de l’enfant, sur des bases constitutionnelles entièrement nouvelles, privilégiant la sauvegarde et le respect absolu de l’Enfance. Ses multiples écrits pour enfants et pour adultes (Comment aimer un enfantLe roi Mathias 1er), l’exemple de ses deux orphelinats modèles organisés en républiques d’enfants (« Dom Sierot » créée en 1912 et « Nasz Dom » ; en 1919), ses émissions de radio, son journal national d’enfants (« Maly Przeglad ») ont fait la joie de générations entières de petits polonais.

En artiste tout autant qu'en scientifique et clinicien dévoué, il incarnait une véritable pédagogie du respect, une école de la démocratieet de la participation qui font aujourd’hui universellement référence.

 

Sur le plan pédagogique, l’œuvre de Korczak s'inscrit dans la lignée de la « pédagogie active » et de « l’École nouvelle », aux côtés de :

Janusz Korczak lui-même est de plus en plus étudié comme l’un des précurseurs de la pédagogie institutionnelle et de « l’autogestion pédagogique ». Ce n'est pas le cas (par méconnaissance sans doute…), mais il pourrait tout aussi bien être aussi reconnu comme un « pédagogue autogestionnaire », aux côtés de Paul RobinSébastien Faure etFrancisco Ferrer (1859-1908), anarchiste espagnol qui reste le seul pédagogue avec Korczak à avoir été assassiné pour ses idées(pour ce dernier, en les mettant en actes jusqu'au bout sans chercher à s'enfuir dughetto de Varsovie).

Dans le domaine des droits de l’enfant, il est aussi le précurseur reconnu de la mise en pratique des droits positifs de l’enfant (droits d’expression, de participation, d’association, etc.) officiellement établis le 20 novembre 1989 par les articles 12 à 17 de la Convention des Nations Unies pour les droits de l’enfant (CIDE, cf. texte multilingue), un texte et un acte politique majeur dont il exigeait l’élaboration depuis la fin du XIXe siècle.

Soixante ans après sa mort, l’histoire et l’œuvre littéraire, pédagogique, philosophique et sociale du « Vieux docteur », encore méconnues en France, interpellent plus que jamais l’ensemble des pratiques et des regards des adultes sur les enfants et les jeunes.

 

 Pour en savoir plus sur Korczak : http://korczak.fr 

 

Publié dans Tikoun Olam

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