L’Affaire Guéant : un symptôme pathologique Shmuel Trigano

Publié le par danilette

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La dernière affaire médiatique en forme de controverse autour des déclarations de Claude Guéant sur les « civilisations » constitue un événement très significatif du point de vue sociologique, c’est à dire du point de vue de la forme et non du contenu. Remarquons tout d’abord un fait central : l’islam n’a jamais été désigné si ce n’est indirectement, même par Claude Guéant, mais c’est ce que tout le monde a pourtant entendu, au point que le CFCM ait sommé le ministre de dire si ses propos visaient bien l’islam.

Mais ce qu’il y a de bien plus intéressant, c’est que la comparaison avec la Shoah et les Juifs n’a pas tardé à fuser, là aussi, avec l’intervention du député socialiste de la Martinique, accusant le ministre de promouvoir une idéologie nazie promettant les musulmans à un avenir de camps de concentration, et rappelant à cette occasion, de façon apparemment aberrante, la mémoire de l’esclavage.

Sans me prononcer sur le fond idéologique de cette affaire et en l’étudiant comme un symptôme d’une pathologie collective, je retiendrai 3 choses.

Premièrement – et c’est ce que nous savons depuis plus de 10 ans - l’islam est l’objet d’une sanctuarisation dans le débat public. C’est le mot, c’est la chose à ne même pas proférer. On peut en mesurer l’épaisseur si on compare cet état de faits à la critique idéologique, virulente ou sourde, dont le judaïsme, le christianisme, l’Occident, la modernité sont, par contre, les objets soir et matin.

Il y a là l’expression d’un jugement de valeur déséquilibré et discriminatoire, qui implique un classement hiérarchique, réputé moral alors qu’il infériorise et criminalise d’autres « civilisations » qui elles sont bien nommées et assignées à l’infamie. C’est là qu’est avant tout le scandale : la condamnation permanente des uns et l’innocentement permanent des autres. Quand on se livre à ce jeu de massacre, aucune « civilisation » ne peut être épargnée.

Deuxièmement, cette sanctuarisation prend systématiquement la mémoire de la Shoa en otage pour se légitimer.

Cela ne signifie pas que les Juifs s’en retrouvent valorisés. Bien au contraire, car la sanctuarisation de l’islam, si prégnante dans le discours médiatique, s’accompagne de la délégitimation et de la diffamation permanentes d’Israël, du sionisme et des Juifs fondamentalement coupables de génocide : en 1948, à Djénine ou à Gaza.

De là à se demander s’il y a un rapport de cause à effet entre les deux phénomènes il n’y a qu’un pas. Et c’est ce déséquilibre général dont la gauche réputée « éclairée » est grandement responsable qui conduit une partie de l’électorat juif, chrétien ou laïque à aller vers le FN.

Troisièmement, il en découle que la Shoah est devenue dans cette galère un mythe, une figure rhétorique sans plus grand rapport avec sa réalité. C’est un argument de discours complètement creux qui peut ainsi se voir retourné contre les Juifs. Les vrais usufruitiers de la Shoa ce sont effectivement aujourd’hui les Palestiniens, « victimes des victimes » comme le disait l’idéologue du post-colonialisme, Edward Saîd.

Ce système-là, bi-polaire (sanctuarisation de l’islam-diffamation d’Israël), n’est le fait en apparence ni des Juifs, ni des musulmans – il faut le souligner – mais des élites des médias, de la politique, de l’intelligentsia. Elle mériterait une étude en soi qui a à voir avec la conscience collective.

Ce qui est fascinant, c’est de constater avec quelle rapidité les gardiens du sanctuaire se sont levés comme un seul homme dans cette affaire, comment le CFCM a mis en demeure le ministre sans se voir désavoué, comment le parti socialiste en a fait un cheval de bataille électoral, voire comment Claude Guéant a voulu créer une affaire sans en avoir l’air. Je me souviens que le CRIF a été brutalement éconduit quand il a protesté après la scandaleuse émission de Fr2, « Un œil sur la planète ». Institutions nationales comme journalistes furent unanimes à rejeter cette protestation.

La solitude que l’on peut ressentir en tant que Juifs à ce moment précis n’en est que plus terrible, accablante, écrasante. Inquiétante.

Chronique sur Radio J du vendredi 10 février

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