L'antisémitisme, nouvel impératif des régimes arabes, Mudar Zahran

Publié le par danilette

La dernière carte des dictatures arabes, l'antisémitisme

Par Mudar Zahran, journaliste et universitaire palestinien, pour Hudson Institute New York

Titre original : Anti-Semitism: The New Necessity for Arab Regimes (L'antisémitisme, nouvel impératif des régimes arabes)

 

Traduction : Objectif-info

 

Depuis plus de soixante ans, la haine soigneusement distillée par les gouvernements arabes prenait pour thème le sionisme et Israël plutôt que le judaïsme et les Juifs.

 

Cependant, depuis 2008, les journaux jordaniens ont lancé une attaque féroce sur presque tout les sujets touchant au judaïsme.

 

Comment expliquer qu'un Etat en principe modéré comme la Jordanie adopte une orientation aussi violemment antisémite ?

 

La réponse à cette question est simple ; la majorité palestinienne de ce pays, qui est opprimée, a voulu conquérir de nouveaux droits civils ces dernères années. En réponse, le gouvernement jordanien a déclenché une rhétorique antisémite enflammée pour détourner son attention.

 

Il semble que les régimes arabes aient besoin de nouvelles méthodes pour se préserver de la colère de leurs peuples et la détourner sur des boucs émissaires. Naturellement, il était hors de question que ce soit vers les Etats-Unis ou l'Europe, et les Etats communistes "infidèles" n'existent plus. Une fois encore, les régimes arabes s'en sont pris à Israël comme "source de tous les maux" sans parvenir à rendre sa force à ce thème dont leur population est lasse après des décennies de propagande. Le Plan "B" des régimes arabes a consisté à susciter un activisme religieux plus déterminé en lui serinant continuellement que les Israéliens ne sont que "l'une des pièces d'un projet juif plus vaste pour contrôler le monde."

 

Aujourd'hui, le message s'est nettement modifié ; les termes et définitions utilisés dans les média ont subi des modifications radicales à l'initiative de nombreux gouvernements. Le terme "Juif" a été substitué au terme "sioniste" et pour les plus modérés des média arabes, les "négociations de paix" sont devenues "l'opposition juive à la paix… ou à la paix mondiale."

 

La tendance antisémite des émissions de TV arabes est passée à la vitesse supérieure ces dernières années. Les émissions construites sur des thèmes antisémites sont devenues banales dans la plupart des 300 réseaux de télévision par satellite, y compris les chaines de télévision et les autres réseaux de média appartenant aux gouvernement arabes pro-occidentaux, tous sans exception, qui passent de l'antisémitisme au soutien sans fard au terrorisme.

 

Les exemples de ce phénomène sont innombrables. En janvier 2010 la télévision d'Etat jordanienne diffusait une interview de l'ancien premier ministre Faisal Al-Fayez qui menaça Israël de "six millions de candidats jordaniens prêts pour des attentats suicide." Al-Fayez qui était sénateur à l'époque, a été nommé récemment président de la Chambre basse du Parlement jordanien.

 

En outre, l'Etat jordanien et les média télévisés privés ont lancé une campagne massive contre la nature juive de l'Etat l'Israël faisant sans scrupule un saut de l'antisionisme à l'antisémitisme.

 

En Jordanie, les média populaires contrôlés par le gouvernement diffusent autant d'anti américanisme que de propagande antisémite. Dans les média jordaniens, des expressions comme "l'impérialisme américain" , "le complot américain diabolique", "l'idéologie anti arabe des troupes américaines d'occupation", et "l'alliance judéo-américaine pour détruire la Oumma [Nation] arabe" sont des slogans martelés tous les jours, souvent par des rédacteurs ayant un statut de fonctionnaire du gouvernement.

 

En même temps, l'antisémitisme ne sert pas seulement à maintenir les peuples opprimés des dictateurs du monde arabe sous contrôle ; il sert aussi à convaincre leurs alliés occidentaux de l'existence d'un puissant courant fondalentaliste qui se manifeste sous forme d'antisémitisme comme d'ailleurs d'anti américanisme.

 

Tout cela donner aux gouvernment occidentaux le sentiment qu'il faut apporter de l'aide à des régimes arabes oppressifs, confrontés à une population "anti américaine et anti occidentale".

 

La dernière innovation de la propagande des régimes arabes, sa conversion à l'antisémitisme, sert en même temps le vieil objectif qui consiste à créer de toutes pièces un ennemi que leur peuple puisse, haïr, accuser, maudire, et à l'occassion combattre, permettant aux classe dirigeantes de conserver leurs avantages et de rester au pouvoir.

 

Encore que ce ne soit pas facile. Les régimes arabes sont désormais face à des citoyens mieux informés. A l'âge d'Internet et de la mobilité, les Arabes ont accès à toute l'information qu'ils désirent ; il n'est tout simplement plus possible de leur faire croire tout ce que leur dit leur gouvernement sur "l'entité sioniste" qui a été le bouc émissaire de tous les échecs. Comme toute opposition critique ou pacifique est immédiatement considérée comme un "complot sioniste" c'est aussi la justification permettant d'opprimer les peuples arabes.

 

Néanmoins, le témoignage incisif d'un essor de l'antisémitisme dans ses formes les plus crues, celles de début du 20ème siècle, est fourni par les média arabes. A la différence d'Al-Manar, la TV controlée par le Hezbollah, les média arabes étaient en général anti israéliens et anti sionistes, pas particulièrement antisémites.

 

Le contrôle féroce des media arabes par les gouvernements n'est pas vraiment un secret. En dépit des proclamations et des engagements à respecter la liberté des média, de nombreuses organisations internationales traitant de la liberté de presse ont rapporté que les pays arabes répriment systématiquement la liberté d'expression. Pire, ils contrôlent méticuleusement les sources de la plupart des média donnant du crédit à l'idée que l'antisémitisme est soigneusement entretenu et protégé par de nombreux régimes arabes.

 

Un récent rapport de la Ligue contre la diffamation de New York, illustrait l'antisémitisme de plusieurs journaux jordaniens dont certains appartenaient à l'Etat. Au même moment, Reporters sans Frontières notait dans un récent rapport que le gouvernement jordanien exerçait une lourde censure sur les média.

 

Cependant, en ce moment, le sauvetage des régimes arabes s'alimente à la souce la moins prévisible: Oussama Ben Laden

 

Deux jours après le lancement de l'attaque des Etats-Unis contre les Talibans afghans, suite à l'attentat du 11 septembre, Ben Laden avait fait le serment télévisé, devant des millions d'Arabes, que "l'Amérique et tous ceux qui y vivent de connaitront plus jamais la paix ni la sécurité tant qu'il n'en sera pas de même pour nous en Palestine."

 

Ben Laden n'avait jamais mentionné la "Palestine" auparavant, dans aucun de ses discours. Il appartient de plus à une école ultra orthoxe de l'islamisme qui considère que la lutte des Palestiniens contre Israël est une lutte pour la terre, et non pas pour Dieu, et qu'elle ne relève donc pas du Jihad.

 

Depuis, plusieurs attaques terroristes d'Al Qaeda se sont parées d'une double légitimité: celle qui découle de la haine de l'Occident et celle qui découle de la haine des Juifs, légitimation même partagée par des groupes arabes non musulmans comme les militants marxistes et socialistes arabes. Cela a aussi été vrai pour les attaques contre des Israéliens au Kenya ou pour le complot visant à mettre des bombes dans des synagogues à Chicago. Le résultat a été un extraordinaire succès médiatique pour Ben Laden qui est désormais pour de nombreux arabes, y compris non musulmans, "un sauveteur de la Palestine", et "un combattant contre les Juifs diaboliques", et pas un méchant barbu.

 

C'est la même formule qui a été habilement reprise à leur compte par de nombreux gouvernements arabes. La Jordanie s'en est emparée depuis longtemps de même que de nombreux Etats du Golfe à qui appartiennent la plupart des réseaux d'information arabes.

 

Aujourd'hui, l'antisémitisme est indispensable à la survie de nombreux régimes arabes, en plus de leurs forces de police brutales et de leurs services de sécurité sans pitié connus sous le nom de "Moukhabarat ".

 

Les régimes arabes qui jouent à ce jeu ne réalisent pas que cette fois, leur subterfuge risque bien de provoquer leur disparition: l'Islam politique a repris à son compte le thème de l'antisémitisme qui ouvre des portes à tous les scénarios extrémistes. Cela peut coûter le pouvoir aux dictateurs arabes à partir du moment où leurs populations opprimées feront la transition entre "la haine des Juifs" et "l'amour de l'islamisme et du fondamentalisme".

 

En attendant, le monde civilisé devrait prendre conscience de son coté que son alliance avec les régimes arabes oppressifs doit être rééxaminée, reconsidérée. Les régimes en place ne sont pas pro occidentaux, ils ont passé à l'évidence avec lui un mariage de raison et ce genre d'union est fragile comme en a témoigné récemment la Tunisie.

 

Visiblement, l'impudence et l'oppression des régimes arabes pourrait en fin de compte déstabiliser la totalité du Moyen Orient, d'autant que ces derniers jouent la carte très alarmante de l'antisémitisme.

 

Mudar Zahran est un Palestinien de Jordanie, journaliste et universitaire; il réside au Royaume Uni comme réfugié politique.
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