L'économie israélienne va bien, pas la population par Jacques BENILLOUCHE

Publié le par danilette

 

SLATE : L'économie israélienne va bien, pas la population

par Jacques BENILLOUCHE 

Dans ce petit pays, dix grandes familles et dix grands groupes contrôlent les activités économiques essentielles et dégagent des marges anormales profitant de leur impunité et de leur contrôle du marché.

 

http://www.slate.fr/story/42231/economie-israelienne-va-bien-pas-la-population

 

Les manifestations du boulevard Rothschild commencent à dévoiler un aspect méconnu de l’économie israélienne: des inégalités de plus en plus grandes. Les louanges ne manquent pas sur une économie dynamique, calquée sur celle de la Californie, au point que la majorité des sociétés préfèrent être cotées au Nasdaq plutôt qu’à la Bourse de Tel-Aviv.

La politique économique mise en place par le ministre des finances du gouvernement Sharon en 2003, Benjamin Netanyahou, a donné naissance à une génération d’oligarques née sur le modèle russe. Une grande similitude existe entre la politique israélienne de réformes et la politique de privatisation de Boris Eltsine.

Réformes brutales

Le premier ministre actuel avait décidé d’audacieuses réformes profondes, souvent impopulaires parce que marquées du sceau du libéralisme. Netanyahou décida une baisse importante des impôts couplée avec la refonte du système des retraites et de l’assurance maladie. Il décida en particulier des réductions drastiques du budget avec une réduction des allocations de chômage afin de forcer les gens à travailler plutôt qu’à recevoir des aides de l’Etat. Les populations arabes et les juifs ultra-orthodoxes furent les premières victimes de ces mesures.

Mais d’une situation de récession, il mena l’économie à une croissance impressionnante: 1.3% en 2003, 4,8 % en 2004, 5,2 % en 2005, 5,1 % en 2006 et 4% en 2010. La Bourse israélienne retrouva dès la fin 2004 ses records de l'an 2000 tandis que 2006 fut l'année des records d'investissements étrangers avec un total de plus de 23 milliards de dollars. Le Bureau Central des statistiques a confirmé que le taux de chômage atteignait 5,7% en mai 2011, soit le taux le plus bas depuis 20 ans.

Le nouveau budget a été voté avec peu d’avancées sociales alors que toutes les couches de la population, la classe moyenne et la classe pauvre en particulier, sont à présent touchées. Certes l'économie israélienne avait été bâtie à l’origine sur le modèle soviétique des premiers dirigeants travaillistes historiques avec pléthore de bureaucratie.

Le choc imposé à l’économie par Netanyahou fit entrer le pays de plein pied dans le système capitaliste moderne, sauvage pour certains, caractérisé en Israël par un grand secteur public doublé d’un secteur industriel en forte croissance faisant d’Israël le second pays en nombre de sociétés cotées au Nasdaq. D’ailleurs, la dernière crise économique mondiale n’a pas été ressentie en Israël avec la même intensité qu’en Europe et seules les entreprises ayant uniquement axé leur développement sur les Etats-Unis ont souffert.

Dix oligarques

Les manifestations actuelles jettent une suspicion sur les odes à la réussite d’Israël dans le domaine de l'informatique et de la biotechnologie et imposent de parler de l'autre Israël: celui du vrai pouvoir économique détenu par une dizaine de familles, expliquant ainsi les similitudes avec l’histoire économique russe.

Israël a réussi à fonder une dynastie d’oligarques qui ont profité de l’aubaine des privatisations. Dans l’ordre de leur richesse, les dix familles Ofer, Wertheimer, Arisson, Techouva, Khan, Saban, Federman, Zevledovitz, Steinmetz et Levaïev ont alors touché le jackpot. Une seule exception cependant pour limiter la comparaison: les privatisations se sont déroulées en Israël visiblement de manière transparente et sous contrôle d'une autorité de régulation indépendante.

Ainsi, une dizaine de familles gère l’économie israélienne, en toute transparence. Trois gros distributeurs se partagent 60% de la grande distribution avec Supersol qui contrôle à lui seul 40% du marché, imposant ainsi les prix des denrées et les bas salaires de son personnel. Cette pénétration n'a nul équivalent dans les pays occidentaux. Le premier distributeur français sous l’enseigne des Centres Leclerc détient 17% du marché hexagonal, tandis que Wal-Mart contrôle 20% de la distribution au U.S.A et Tesco 25% au Royaume-Uni. Lire la suite

 

Publié dans Israël

Commenter cet article