L'épuration ethnique des juifs en pays arabes, Emma Dressou

Publié le par danilette

Article de 2009
Judenrein, nettoyés de toute présence juive ! Voilà ce que sont devenus les pays arabes. Qui réclame le « droit au retour » des Juifs sur leur terre natale ? Qui demande le partage de ces « territoires » ancestraux qu’ils occupaient avant même la présence arabe ? Qui s’est préoccupé de leur immense détresse psychique et financière lorsqu’ils ont débarqué en France ou ailleurs, dispersés aux quatre vents, acculturés, arrachés à leur terre, abandonnant leurs morts, dépossédés de leurs moindres biens ?
Pour ne prendre que la Tunisie, où la Ghriba suffit à attester une présence juive plusieurs fois millénaire (ne dit-on pas qu’elle fut construite sur une pierre datant de la destruction du premier Temple de Jérusalem ?), il est clair que le Protectorat n’a été qu’une « parenthèse » de l’histoire, car avant et après celui-ci la relation Juifs-Arabes était tout sauf idyllique

Avant le Protectorat français : pogroms et brimades

Comme s’exclame Albert Memmi, lui-même Juif tunisien « Allons je vois bien qu’il faut parler plus net : la fameuse vie idyllique des Juifs dans les pays arabes, c’est un mythe ! La vérité, puisqu’on m’oblige à y revenir, est que nous étions une minorité dans un milieu hostile; comme tels, nous avions toutes les peurs, les angoisses, le sentiment constant de fragilité des trop faibles …la cohabitation avec les Arabes n’était pas seulement malaisée, elle était pleine de menaces, périodiquement mises à exécution…J’ai vécu les alertes du ghetto, les portes et les fenêtres qui se fermaient, mon père arrivait en courant après avoir verrouillé son magasin en hâte parce que des rumeurs sur l’imminence d’un pogrom s’était répandues. Mes parents faisaient des provisions dans l’attente d’un siège, qui ne venait pas nécessairement d’ailleurs, mais cela donnait la mesure de notre angoisse, de notre insécurité permanente. Nous nous sentions alors abandonnés de toute la terre, y compris hélas des autorités du Protectorat » Albert Memmi « Juifs et Arabes » éd. Gallimard, 1974 p.50

Quant aux brimades, il suffit de rappeler la touchante coutume de la chtèka, ou « coup sur la tête » que n’importe quel Arabe avait le droit de donner sur un passant juif, ou encore celle qui obligeait les Juifs à descendre du trottoir dès lors qu’ils croisaient un Arabe…

Après l’Indépendance : spoliation et nettoyage ethnique

Dès la proclamation de l’Indépendance, une méthode d’épuration « soft » très au point permit de se débarrasser des Juifs (qu’ils soient de nationalité française ou tunisienne) tout en les spoliant :

Alors qu’une partie de la population juive avait cru possible de continuer à vivre dans leur pays devenu état tunisien , « qu’ont fait les Tunisiens ? Tout comme les Marocains et les Algériens, ils ont liquidé-avec intelligence et souplesse- leurs communautés juives. Ils ne se sont pas livrés à des brutalités ouvertes comme dans d’autres pays arabes ; ce qui d’ailleurs aurait été difficile après tant de services rendus, l’aide d’une partie de nos intellectuels ; à cause aussi de l’opinion mondiale…mais ils ont étranglé économiquement la population juive. Pour les commerçants c’était facile : il suffisait de ne pas renouveler les patentes, de refuser les licences d’importation ; en même temps, on avantageait leurs concurrents musulmans. Dans l’administration, ce n’était pas plus compliqué : on n’engageait pas les Juifs ; ou on mettait les anciens agents dans des difficultés linguistiques insurmontables que l’on n’imposait pas aux Musulmans. De temps en temps, on envoyait en prison un ingénieur, ou un grand commis, sur des accusations mystérieuses, kafkaïennes, qui affolaient tous les autres. » op. cit.p.54

Sans compter, qu’à l’occasion de tel ou tel événement extérieur, les flambées de violences, avec comme point culminant l’incendie de la Grande Synagogue de Tunis en 1967, continuaient à dissuader ceux qui « résistaient » et devenaient, privés de protection, l’objet de défoulement privilégié des foules haineuses.

Et c’est ainsi que poussés à l’exil, sans un dinar en poche –partir avec le moindre argent était passible de prison !-, les Juifs tunisiens quittèrent leur pays, abandonnant tout ce qu’ils avaient construit par leur seul travail : les maisons dans lesquelles ils étaient nés et dans lesquelles leurs aïeux étaient morts, -maisons aussitôt investies par des familles arabes-, leurs commerces –commerces sur lesquels firent aussitôt main-basse leurs concurrents-, ou leur cabinet médical ou juridique -cabinet sur lequel louchait l’ami ou confrère arabe et qui, à force de harcèlement, les avait poussés dehors.

Aujourd’hui : déni et révisionnisme

Bien sûr 1500 Juifs environ restent à Djerba et Tunis et à peu près autant au Maroc. « Protégés » par le pouvoir comme au temps de leur « dhimmitude », espèce en voie de disparition, ils constituent une sorte de zoo à la fois caution morale sur la scène internationale « voyez comme chez nous les Juifs sont bien traités » et argument révisionniste : « les autres n’ont pas été chassés, ce sont eux qui ont voulu partir » (et pour cause !!!)
Le « droit au retour », voire la création, sur une portion du territoire tunisien, d’un état « judéo-tunisien », les juifs tunisiens seraient largement en droit de les réclamer !
Serait-ce si incongru ? Nettement moins que ce que les Palestiniens réclament : un état « palestinien » dans une partie de la Palestine historique « la Cisjordanie », plus Israël dans lequel devraient revenir les « réfugiés »…palestiniens ! Pas très logique tout çà ? Très logique au contraire ! Pour préciser : un pays arabe « pré-inexistant »,-la Cisjordanie- mais déjà « néo-judenrein » (les quelques 200 000 habitants des colonies de Judée-Samarie, berceau du peuple juif, devraient quitter les lieux sans que l’on exige d’ailleurs la moindre réciprocité pour le million et demi d’Arabes israéliens !) plus un autre état arabe- Israël - livré « clés en mains » celui-là, et avec une population juive presque aussitôt minoritaire…En clair le dernier avatar du projet d’épuration ethnique en « terre arabe ».

 

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