L'extermination inachevée, Shmuel Trigano

Publié le par danilette

L’EXTERMINATION INACHEVÉE

 

Shmuel Trigano  A partir d’une chronique sur Radio J du vendredi 19 juillet 2013.

 

La décision de l’Union Européenne d’assortir tout lien contractuel entre elle et Israël d’une clause déclarant que « Jérusalem-Est » et la Judée Samarie ne font pas partie de l’État d’Israël représente une montée en puissance brutale de la mise au ban internationale d’Israël. L’Union rejoint ainsi le mouvement de boycott, dit « BDS ».

 

D’où vient le boycott ?

Rappelons que c’est le camp arabe qui a planté le décor du boycott international d’Israël dans les années 1950, sans doute sous l’influence des nazis réfugiés dans les pays de la Ligue arabe, notamment l’Égypte et la Syrie, après la défait allemande, qui ont joué un très grand rôle dans la propagande de type nazi (1) qui a affecté Israël dans l’opinion arabe et sans doute dans le traitement des communautés juives du monde arabe qui furent directement victimes de ce boycott jusqu’à leur expulsion et leur spoliation (2). Les Arabes furent à la bonne école du boycott nazi des années 1930 envers les Juifs allemands. Aujourd’hui c’est le « partenaire de paix » de Ramallah qui conduit un boycott mondial d’Israël sur les campus occidentaux, dans le commerce et l’opinion publique internationale, en présentant Israël comme un pays pratiquant l’Apartheid. Ce boycott n’est que la continuation du précédent boycott et l’Union Européenne vient de s’y joindre.

 

Un diktat

La clause en question équivaut à un diktat dans la mesure ou elle impose à Israël de se soumettre aux directives européennes s’il souhaite passer des accords avec l’UE. Mais c’est un diktat tout ce qu’il y a de plus sournois car il ne s’assume pas comme tel ni politiquement puisqu’il ne peut être mis en œuvre que « par la bande », à l’occasion d’accords de type commercial, universitaire ou scientifique, et sans recours à la violence - l’UE est trop distinguée !- mais par le biais d’un « auto-bannissement » soft. Si Israël ne signe pas cette clause, il s’exclurait en effet « de lui même »… Il en serait le seul responsable.

 

C’est une loi d’exception qui ne touche qu’un seul pays au monde.

Elle n’est en aucune façon fondée sur le droit international car le statut de la Cisjordanie n’est pas celui d’un territoire « occupé ». Les lignes sont celles de l’armistice de 1948, résultats d’une guerre d’agression arabe, puis celles du cessez-le-feu de 1967, guerre de survie d’Israël contre une agression arabe et qui avait abouti aux « Trois non » de Khartoum, déclaration par laquelle les États arabes refusaient tout accord avec Israël.

 

Cette loi contredit un autre engagement de l’Europe avec la résolution 242 du Conseil de sécurité qui ne préconise d’issue au conflit que par la voie de la négociation et parle du statut de territoires et non pas des territoires.

Elle constitue une disposition inique et discriminatoire au regard des propres engagements de l’UE sur d’autres arènes internationales. Quelle boycott de la Turquie pour l’occupation de Chypre ? Et de la Chine pour celle du Tibet ? La morale européenne n’est « morale » que par intermittence.

Elle méconnaît les responsabilités des Palestiniens, OLP comme Hamas et l’absence de volonté de paix dont témoignent leur société et leur politique et pratique une politique de deux poids, deux mesures, c’est à dire de discrimination.

 

Le côté archaïque

Décidément, l’Europe n’en finit plus avec l’extermination des Juifs, car le diktat européen hypothèque l’avenir d’Israël, sous la menace permanente du monde arabo-islamique et notamment de l’Iran nucléaire envers qui elle a fait un profil bas dont l’histoire retiendra le côté démissionnaire.

 

L’UE s’est faite depuis 40 ans la militante zélée de la cause palestinienne. Ce n’est pas le résultat d’une humeur mais un élément fixe de sa constitution qui remonte aux années 1970 après le premier choc pétrolier, suite à la guerre de Kippour et qui fut l’élément du marchandage du « Dialogue Euro Arabe » : du pétrole contre le soutien européen à la cause palestinienne (3) et l’ouverture de ses frontières à l’immigration du monde arabe.

 

Cependant cette obsession européenne n’est pas seulement économiquement intéressée. Elle est trop tenace et systématique. Il faudrait évoquer ici tout ce qu’elle a suscité sur le plan politique. Elle est complexe et donne dans la perversion psychique dans la mesure où l’obsession de la Palestine se nourrit à la mémoire de la Shoah telle que l’UE l’a instituée depuis l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, sur une modalité victimaire et « universaliste », dans laquelle elle puise le sentiment de moralité justifiant sa politique israélienne (4).

 

Sans doute s’estime-t-elle coupable du drame palestinien car elle a la faiblesse de croire qu’Israël est une création artificielle de l’Europe, conséquence de sa faute envers les Juifs, ce qui la rend éternellement débitrice envers le monde arabe, victime de ses défaillances. Car à ses yeux la seule raison de l’existence d’un État d’Israël est la Shoah, comme l’expliqua si bien De Gaulle dans sa fameuse sortie sur « le peuple juif sûr de lui même et dominateur ». Jusque dans ses défaillances et son sentiment de culpabilité, elle exerce ainsi un droit d’hypothèque sur Israël qui l’autorise à cette brutalité en toute bonne conscience.

 

La question de Jérusalem et de la Judée-Samarie – outre le problème politique concret qui est posé – est d’autant plus significative au regard de cette conception qu’elle symbolise la personnalité historique et souveraine du peuple juif, sa condition non victimaire, indépendante de l’Europe. C’est justement ce que veut casser et empêcher l’UE car celà impliquerait qu’Israël n’est pas le camp pour personnes déplacées qu’elle voudrait qu’il soit, comme un asile charitable et humanitaire dans sa dépendance.

 

L’enjeu est formidable pour le peuple juif : rien moins que son existence comme sujet souverain de l’histoire. Il se joue aussi à l’intérieur du peuple juif car une partie de l’opinion juive est terrifiée par l’assomption éventuelle de la personnalité historique de l’Israël éternel. C’est cela qui se joue avec Jérusalem et la Judée Samarie. Un enjeu métaphysique.

 

Notes :

 

1 -  Cf. Joël Kotek, Au nom de l'antisionisme : l'image des juifs et d'Israël dans la caricature depuis la seconde Intifada, avec Dan Kotek, avant-propos de Plantu, Bruxelles, Éd. Complexe, 2003.

2 -  Cf. S. Trigano (dir), La fin du judaïsme en terre d’islam, Denoël, 2009

3 -  Une histoire magistralement étudié par Bat Ye’or dans son livre Eurabia, l’axe Euro-arabe, Jean Cyrille Godefroy, 2006, une analyse de tous les traités européens signés à cette occasion entre l’Europe et la Ligue arabe.

4 - J’en ai fait une analyse approfondie dans Les frontières d’Auschwitz, les ravages du devoir de mémoire, Biblio-essais, LP-Hachette, 2006.

 


Publié dans Shmuel Trigano

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Elie de Paris 25/07/2013 11:24


Une seule solution, meme si elle nous coute cher, boycotter à notre tour TOUS les boycotteurs, ne plus rien leur vendre, qu'ils ne profitent plus de notre medecine, notre technologie, notre
armement, notre savoir agricole etc...ils finiront bien par souffir du manque.On va souffir ? mais on souffre déjà!!!...