L'hiver arabe, Giulio Meotti

Publié le par danilette

 

http://www.ilfoglio.it/zakor/877

En commençant par l'Egypte, il faut se préparer à une société désoccidentalisée, statique, construite sur les lignes d'un État totalitaire du VIIème siècle.

"Les révolutions ne font pas pleuvoir de l'or", c'est un titre éloquent du journal arabe Asharq al Awsat.

Dans un rapport publié le mois dernier, l'Institut de Finance internationale [the Institute of International Finance] prédit que la croissance en Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie et Tunisie chutera de 4,4 % en 2010 à 0,5 % cette année.

L'Égypte est un cas d'espèce pour analyser les conséquences financières du soi-disant Printemps Arabe au Moyen-Orient car c'est le centre de la culture et de la politique du monde arabe. Ce qui s'y produira dans les prochains mois façonnera l'avenir du Moyen-Orient.

Le 25 janvier, le jour même de la première grande manifestation anti-Moubarak, une mission du FMI quittait le Caire en déclarant que la croissance annuelle du PIB était de 5 %, que le système bancaire était solide et la balance des paiements équilibrée.

Après le soulèvement, le PIB s'est effondré, diminuant de 4 % au premier trimestre de l'année.

Bien que la révolution ait soulevé les espoirs de nombreux Égyptiens désireux d'un avenir prospère, libre et démocratique, la crise a détruit l'économie de la nation. Depuis le début des protestations, l'Égypte a perdu près de 10 milliards de dollars, presque un tiers de ses réserves en devises étrangères.

Le taux de croissance globale a diminué de 10 % et la production industrielle locale a diminué de plus de 12 %. Le nombre de jeunes chômeurs a doublé et la bourse a perdu une grande partie de sa valeur. L'industrie du tourisme baisse à un rythme alarmant, 35 %.

Comme le journal égyptien, Al Masri al Ayoum l'explique : « au pied des pyramides de Gizeh, le site le plus populaire du pays et la destination incontournable des visiteurs du Caire, pas un seul touriste occidental n'a été vu durant un jour de semaine ». Les hôtels sont vides et les tour-opérateurs internationaux n'offrent plus l'Égypte dans leurs destinations. Le taux d'occupation des hôtels  stagne à 33 % au Caire, 36,5 % à Alexandrie, 33,5 % dans le sud du Sinaï, 30 % sur la mer Rouge, 23 % à Luxor, 16 % à Assouan 23,1 % sur les hôtels flottants (croisières).

Depuis les pyramides de Gizeh jusqu'aux hôtels de la mer Rouge, le nombre des touristes se réduit à un mince filet portant un coup dévastateur aux millions d'Égyptiens qui vivent du tourisme.

Les riches hommes d'affaires égyptiens quittent le pays : 30 milliards de dollars sont sortis l'Égypte depuis le début des protestations. Sur la place Tahrir, les manifestants ont réclamé « un tourisme qui respecte les normes de l'islam » et le personnel navigant des vols Air Égypte a organisé une protestation pour réclamer le droit de porter le Hijab (voile intégral).

La confrérie des Frères Musulmans est sur le point d'imposer l'aumône obligatoire (Zakat) et un système de régulation des oeuvres religieuses (la confrérie avait déjà envisagé la mise en place d'un système socialiste dans un cadre islamique à l'époque de Nasser).

La Fraternité tente également de mettre en place le développement d'un tourisme « propre » en provenance d'Iran, d'Arabie Saoudite et des Etats du Golfe. Des islamistes étudient aussi la création d'une « police des moeurs » et Sobhi Saleh, une étoile montante de la fraternité étudie le projet destiné à purifier les lois et mettre en oeuvre la Charia en Égypte (interdire l'alcool dans les espaces publics et rendre le port du foulard obligatoire pour les femmes).

Il y a 50 ans, les femmes d'Alexandrie, appelé autrefois « le petit Paris » pour son style occidental, se promenaient sur la plage en bikini1. Désormais si les femmes se rendent à une plage publique, elles doivent être couvertes des pieds à la tête d'une Burka.

Le magnat chrétien le plus important, Naguib Sawiris est confronté à des menaces de mort et à un boycott parce qu'il a publié une image de Mickey et Minie en tenue islamique.

Entre 2004 à 2006, il y a eu une série d'attentats meurtriers dans les stations balnéaires de la mer Rouge, dans le Sinaï, mais l'afflux des touristes avait vite repris son rythme. Les analystes prédisent maintenant que la baisse d'activité post-révolutionnaire est bien plus grave que le ralentissement qui avait suivi le bain de sang de Luxor en 1997, quand un commando terroriste avait massacré 58 touristes occidentaux sur le site des temples de Thèbes et des tombes des pharaons.

Désormais le groupe à l'origine de ce massacre, la Jamaa Islamiya se présente aux élections législatives après qu'une amnistie générale ait été approuvée par l'armée égyptienne, concernant des centaines de terroristes, y compris ceux du Jihad islamique dont fait partie le nouveau chef du mouvement terroriste Al Qaïda, Ayman Al Zawahiri (leur action la plus connue a été l'assassinat du président Sadate en 1981).

Cette stagnation islamisée peut être le début d'un long hiver arabe : une société statique, desoccidentalisée, construite sur les lignes d'un État totalitaire du VIIème siècle. Comme l'a écrit hier le plus grand quotidien égyptien, Al Ahram : « le rêve islamiste d'établir un État islamique en Égypte est désormais plus proche que jamais d'être réalisé ».

Il y a quelques jours, des égyptiens laïques ont lancé un cri de ralliement hystérique « 1 million de bikinis » destiné à imiter la campagne des islamistes pour « 1 million de barbes ». Il est facile de deviner qui va gagner.

adapté par Danilette


note de la traductrice
1 voir l'article Alexandrie sur wikipedia "L'ouverture du canal de Suez, en 1869, a marqué une nouvelle ère pour Alexandrie : elle devient la principale place de commerce du pays et son port, le premier du pays. Une société brillante et cosmopolite s'installe : Grecs, Italiens, Français, « Levantins », mais aussi minorités égyptiennes, comme les coptes et les juifs forment cette riche société, qui disparait en grande partie sous Nasser." Les femmes en bikini sur la plage n'étaient pas des musulmanes...

 

Publié dans Giulio Meotti

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