L’« unilatéralisme constructif », ou la défaite politiquement correcte, Shmuel Trigano

Publié le par danilette

 

L’« unilatéralisme constructif »,

ou la défaite politiquement correcte

 

Shmuel Trigano  mai 2013 

 

Une inquiétante nouvelle nous est parvenue du leadership israélien ces dernières semaines. Elle tient toute dans un nouveau concept stratégique, « l’unilatéralisme constructif », forgé par l’Institut d’Études de Sécurité Nationale.

 

La proposition est simple : se retirer des territoires de Judée-Samarie, y renoncer à la souveraineté israélienne, évacuer les centaines de milliers d’Israéliens qui s’y trouvent, qu’il y ait ou non un accord avec l’OLP et le Hamas, tout en y laissant l’armée israélienne. Tout esprit sain y verrait une décision catastrophique qui ne ferait qu’accentuer sur le plan international l’impopularité de la présence armée d’Israël dans ces territoires sans que pour autant qu’il y ait de paix, et surtout sans compter l’ébranlement structurel de la société et de la population israélienne que cela entraînerait. Un beau cadeau aux Palestiniens ! L’exemple du retrait de Gaza est donc resté lettre morte.

 

Ce développement doit être mis en rapport avec le phénomène rationnellement inexplicable, je dirais même hallucinant, que de voir et entendre une bonne partie des politiciens israéliens s’invectiver pour s’accuser de ne pas avoir fait la paix. Ne voient-ils pas, n’entendent-ils pas ce qui s’y dit, ce qui s’y montre et qui prouve que le nationalisme palestinien a des ambitions impériales et qu’il aspire d’une façon ou d’une autre à une domination de tout le territoire d’Eretz Israël ? Ils sont pourtant à un kilomètre de l’Autorité Palestinienne qu’ils ont créée de toutes pièces. « Deux peuples, deux États » n’est qu’un mantra auto-hypnotique qui prépare la marche à plus ou moins long terme vers un seul État, palestinien.

 

Le syndrome psychique des pacifistes

Seule la psychologie peut expliquer une telle situation. Un véritable syndrome psychique est en effet à l’œuvre dans le pacifisme juif. La raison et l’expérience empiriques semblent sans ressources pour le contrer. Un psychiatre américain, Kenneth Levin, a publié dans les années 2000 un livre éclairant intitulé Le syndrome d’Oslo. Les illusions d’un peuple assiégé (1), dans lequel il compare cette attitude à celle des enfants abusés par leurs parents et qui s’accusent de la chose parce que cela nourrit l’illusion que, s’ils se réforment, ils redeviendront bons aux yeux de leurs parents qui, alors les traiteront mieux. Regarder la situation en face les obligerait à reconnaître leur incapacité à  changer la situation et donc à préserver l’illusion qu’ils la contrôlent. A modifier la vision de leurs parents.

 

« L’unilatéralisme constructif » est l’aveu d’impuissance de ceux qui ont produit et entretenu les illusions d’Oslo en fermant systématiquement leurs yeux devant une réalité contradictoire qui aurait pu et du les conduire à réajuster leur conception et leur politique. Il signe leur incapacité à faire face à leur échec, au point de continuer à vivre seuls (le sens de l’« unilatéralisme ») leur rêve éveillé, même sans leur cher « partenaire de paix », tout en s’accusant ou plutôt, et bien plus gravement, en accusant d’autres Juifs d’être responsables de la haine inextinguible de leurs ennemis qu’ils ont besoin d’innocenter pour se croire dans le vrai.

 

L’admettre ce serait en effet reconnaître un échec de stature historique qui a mis en danger l’avenir du peuple juif. L’admettre ce serait mettre en danger leurs positions acquises. Ils optent alors pour une fuite en avant, au risque de l’auto-destruction et surtout de la destruction tout court. Vers quelle impasse tout cela nous conduit-il ?

 

Quelque chose ne tourne pas rond dans la psychologie des Juifs. Il y a urgence à procéder à une réforme morale profonde.

 

Note :

 

1 -Cf. Controverses n°4, février 2007, « Kenneth Levin, « Les Juifs, les Israéliens et le psychisme de la personne maltraitée ». Cf.: http://www.controverses.fr/pdf/n4/levin4.pdf(téléchargeable).

L’auteur est aussi cité par Martin Sherman dans sa chronique du Jerusalem Post du 10 mai 2013, « The two-state psychosis: The Oslo Syndrome revisited ».

 

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